Marc Lambron
Marc Lambron
La parole d'une femme dans son siècle, empreinte d'érudition, d'élégance et d'indépendance.Ces entretiens entre Monique Lévi-Strauss (née en 1926) et Marc Lambron sont l'occasion d'un échange riche et foisonnant. Éminente chercheuse et intellectuelle, elle a accompagné son mari dans ses voyages majeurs, a relu ses écrits et fut étroitement associée à ses diverses recherches. Elle nous raconte ici des pans de cette vie riche et de plain-pied dans son siècle : une vie partagée pendant cinquante-cinq ans avec Claude Lévi-Strauss, chacun conservant néanmoins son indépendance intellectuelle et ses domaines de réflexion.C'est aussi l'occasion pour elle de revenir sur certains moments poignants et intimes de son existence. Fille de mère juive à qui le père a imposé de vivre en Allemagne de 1939 à 1945 sous le IIIe Reich, elle a vécu les perquisitions de la Gestapo ; ils reviendront finalement en France en 1945. Sa mère américaine l'emmène ensuite à New York ; c'est à son retour des États-Unis qu'elle rencontrera Claude Lévi-Strauss chez Jacques Lacan, dont elle fut une grande amie.Elle ne manque pas d'évoquer également les sciences humaines et le structuralisme qui ont nourri sa pensée, et de revenir sur les expéditions à travers le monde de son ethnologue de mari, ainsi que sur les grands événements du XXe siècle et de ce début du XXIe.Monique Lévi-Strauss et Marc Lambron nous aussi donnent à lire leur connivence au coeur d'un échange intellectuel à bâtons rompus, une balade entre deux esprits, un dialogue entre deux esthètes, où fusent dans une parole étayée leurs centres d'intérêt communs : art, littérature, sciences et événements du monde.
Au fil des années, en parallèle avec essais, journaux ou romans, Marc Lambron a réalisé de nombreux entretiens avec écrivains, acteurs, chanteurs, créateurs de mode, artistes en général. Pour la première fois, il rassemble les transcriptions d'une soixantaine de ces rencontres selon le verbatim alors enregistré puis transcrit par ses soins. On y trouvera de grands disparus, Jeanne Moreau, Juliette Gréco, Charles Aznavour, Raymond Devos, Françoise Gilot, Johnny Hallyday, Karl Lagerfeld, Jane Birkin, et du côté des écrivains Alberto Moravia, Tom Wolfe ou Martin Amis. Beaucoup de cinéma : les actrices françaises les plus en vue, de Catherine Deneuve à Isabelle Adjani, d'Isabelle Huppert à Fanny Ardant, y apparaissent, tout autant que des Anglo-Saxons tels Robert Redford, Faye Dunaway, Woody Allen, Charlotte Rampling ou John Malkovich. La réputation de mutisme d'un Sami Frey ou d'un Hedi Slimane s'y trouve démentie, tandis que Patti Smith, Gérard Garouste ou Philippe Starck, parmi beaucoup d'autres, y revisitent leur carrière. Au fil de ces entretiens, l'auteur cultive continument une même approche : proposer à ses interlocuteurs, regardés comme des personnages de roman, de se livrer à une sorte d'autobiographie parlée, de la naissance d'une vocation à ses accomplissements majeurs. Pour la plupart conduites en longueur, ces rencontres offrent comme la photographie verbale d'un parcours restitué par le locuteur lui-même. L'ensemble constitue une archive unique mise en perspective, de vive voix, sur le mode de la confidence et de la remémoration.
« Je paie ma dette. Le petit garçon qui regardait est devenu l'homme qui se souvient. J'ai désormais atteint l'âge de mon grand-père lorsque je le côtoyais dans mon enfance. On croit parfois conquérir avant de comprendre que l'on retrouve. J'écris ici comme un être de la mémoire secondaire qui a vécu quelques étés d'avant dans un monde finissant. Sans ces fantômes, la main qui paraphe ne grifferait qu'une page blanche. Ces pauvres m'ont fait riche. J'ai le souci de ne pas décevoir leur digne passé. » A partir de la figure de son grand-père, Marc Lambron revisite une France perdue dans un texte bref qui a la densité d'un tombeau et la beauté d'une élégie. Pierre Denis nait en 1902 à Imphy, sur les bords de la Loire, dans la grande campagne nivernaise. La région, à la pointe du manufacturage des aciers spéciaux, est un des fleurons de la métallurgie française (un pied de la Tour Eiffel y sera forgé...). Orphelin de mère à 6 ans, placé dans la fermette de sa tante, alphabétisé à la communale, Pierre devient à 16 ans Compagnon du devoir, apprenti maçon et tailleur de pierre. A son retour de l'Algérie coloniale, il est embauché aux aciéries d'Imphy. C'est en 1929 qu'il épousera Léonie Lagarde, née quatre ans après lui à Imphy dans une famille nombreuse (6 frères et soeurs), vendeuse de vêtements, garde d'enfants et ménagère. De leur union naitra en 1931 la mère de l'auteur, Jacqueline, à laquelle ses mérites scolaires vaudront une bourse d'Etat pour aller étudier dans un collège à Nevers. Militant « rouge » en 1936 (« on a bien le temps de pâlir » disait-il...), Pierre sera Résistant dans la Nièvre pendant la deuxième guerre mondiale. Les maisons, les moeurs, la subsistance en autarcie, la vêture, la pêche, le patois, la parentèle éloignée : « tout cela peut paraître aussi lointain que la description d'un shtetl dans la Pologne d'antan. Et pourtant j'ai encore connu ce monde ». Un monde dont Jacqueline,« enfant du savoir », s'éloigne en devenant institutrice à Nevers et en faisant la connaissance de Paul, fringuant élève de l'Ecole militaire qu'elle rejoindra à Lyon. De leur union naîtra en février 1957 le petit Marc, quatre ans avant la mort de sa grand-mère Léonie et vingt ans avant celle de son grand-père Pierre.
« Est-ce que tu porteras l'épée ? » Telle est la première question que ses amis posent à une femme si d'aventure elle est élue à l'Académie française. La chose ne va pas de soi, puisque les ecclésiastiques et les femmes ne sont pas tenus de porter cette arme symbolique... On pourra lire ici l'allocution de Mona Ozouf, Présidente du comité d'honneur du comité de l'épée, celle de Pascal Ory, qui remettait son épée à Sylviane Agacinski, ainsi que les remerciements de la nouvelle élue. Ce volume inclut enfin le Discours de réception de Sylviane Agacinski, dans lequel, selon la tradition, elle prononce l'éloge de son prédécesseur au fauteuil 19, Jean-Loup Dabadie, et la Réponse de Marc Lambron, qui la recevait sous la Coupole le 14 mars 2024.
En plein désert, un géologue rencontre la princesse Greta. D'un ton farouche, elle lui ordonne : « Dessine-moi une chauve-souris ! » La princesse Greta vit sur une minuscule planète, intégralement bio. Mais des insectes menacent ses plants de quinoa et seule une chauve-souris peut les chasser avec une délicatesse écoresponsable. Avant de débarquer sur Terre, Greta a fait escale sur différents astéroïdes : l'astéroïde Charlie (Chaplin), l'astéroïde Ernesto (Guevara), l'astéroïde Frank (Sinatra), l'astéroïde, Karl (Lagerfeld), l'astéroïde Nelson (Mandela), l'astéroïde Janis (Joplin), l'astéroïde Albert (Einstein). À chaque fois, s'établit un échange drôle et piquant sur l'esprit d'enfance, le capitalisme, la révolution, la violence, le rock, la méchanceté des hommes, la nature. Jusqu'au jour où la princesse rencontre un pangolin, animal d'une sagesse antique, menacé par la race humaine, qui lui enseigne le langage du coeur et de l'amour...
« C'était il y a cinq ans. En ce temps-là, on ignorait l'existence des Gilets jaunes et le futur virus qui partirait d'un marché chinois. Allant atteindre l'âge de soixante ans, j'avais décidé de tenir assidument un Journal, en écho à celui que j'avais rédigé deux décennies auparavant, publié sous le titre de Quarante ans. Le diariste est un scrutateur de l'aléa. Une élection présidentielle se profilait en France, on pouvait supputer que la période serait animée. Cette stimulante sismographie, incluant aussi les agréments de la vie privée, en un temps où l'on pouvait chaque soir jouir des conversations et des spectacles, allait placer la période sous le signe de la surprise. Qui aurait pu imaginer le stupéfiant rodéo qui verrait la marche d'un prétendant encore trentenaire vers l'Elysée ? C'était l'année chinoise du Coq de Feu. D'expérience, je savais qu'un Journal existe autant par le moment où il est écrit que par celui où il est publié. Le donne-t-on trop tôt, c'est presque une éphéméride. Tel un vin, il gagne à vieillir en fût : le temps est un excellent co-auteur, tant il ajoute de la perspective au révolu. Cinq ans seulement, 2017-2022, ont conféré à l'état du monde une allonge qui, en d'autres époques, eût requis plusieurs décennies. C'est pourquoi cette archive prend tout son sel, en contrepoint d'une nouvelle année électorale. »M.L.
Depuis 1990, Marc Lambron raconte ses valses avec l'époque, dans des recueils de chroniques intitulés Carnet de bal. Voici le quatrième opus, couvrant la période 2011-2019. Selon un usage établi, le désormais académicien français rassemble en rubriques les textes que lui ont inspiré l'air du temps. Retour sur des existences légendaires, regards sur la vie littéraire, portraits ciselés, profils politiques, traversées de la mémoire picturale ou cinématographique. Qu'est-ce qu'un monde, sinon la pluralité d'aspects et d'événements qu'enregistre un oeil avisé, toujours à l'affût des grâces et des comédies contemporaines ? Dans ce quatrième opus, au fil d'une centaine de textes, l'auteur dit adieu à Claude Lanzmann ou Karl Lagerfeld, revient sur les légendes de la famille Kennedy, croque avec alacrité des profils de la vie politique française, de Nicolas Sarkozy à Frigide Barjot et de François Fillon à Emmanuel Macron, se livre à d'étonnantes variations sur le jazz, le cinéma de Hitchcock ou l'histoire d'un ami meurtrier. Ayant développé ces dernières années une nouvelle activité de critique d'art, il nous guide dans un musée imaginaire qui court de Rembrandt à Picasso. Héritier des Variétés de Valéry et des Mythologies de Roland Barthes, mais aussi du Nouveau journalisme américain, l'auteur des Menteurs livre avec ce Carnet de bal 4 le fascinant kaléidoscope d'une psyché pour laquelle la vie se justifie par un style.
Ce volume reprend le discours de réception à l'Académie française de Marc Lambron, prononcé le 14 avril 2016, suivi de la réponse de Monsieur Erik Orsenna.Comme le veut la tradition, ces deux textes sont suivis du discours de remise de l'épée, prononcé par Jean d'Ormesson.
Comme tout le monde, Marc Lambron est intrigué par Ségolène Royal ou, plus exactement par ce que révèle la résistible ascension sondagière de cette créature en tailleur blanc et au sourire marmoréen. Que s'est-il donc passé, en France, pour que cette personnalité politique de « gaute » ? de « droiche » ? émerge, s'impose, massacre ses rivaux-éléphants, campe dans un imaginaire incertain (« travail, famille, matrie »), séduise par son « désir d'avenir » et devienne, qui sait ? le successeur élyséen du général de Gaulle et de François Mitterrand ? Bref : quelle fable nationale, et quel « roman des origines », est-on en train de lire à travers l'expansion de ce royalisme new-look ? Devant cette chimère idéologique, Marc Lambron s'interroge 1°) en romancier rompu au commerce des jeunes filles qui fréquentaient Sciences-po à la fin des annénes 1970 ; 2°) en spécialiste du « roman national » (tel qu'il l'a revisité dans son livre « 1941 ») ; 3°) en expert des métamorphoses politiques, intellectuelles et morales. Le tout donne un ouvrage crépitant, acide, brillantissime, avec dix formules étincelantes par page? Est-il « pro » ou « anti » Ségolène ? Franchement, telle n'est pas ici la question même si une certaine empathie est perceptible à l'endroit d'un ségolisme analysé comme « un virus de droite déréglant le logiciel de la gauche ». Beaucoup plus sévère à l'endroit de Jospin ou de Villepin, cette ballade au pays des idées françaises s'intéresse surtout à ce que la « Zapaterreur » révèle de notre société : son impatience moderniste et ses tétanies conservatrices ; sa nostalgie de « démocratie participative » avec ses archaïsmes autoritaires ; son esthétique « tupperware » et sa tentation mondialiste ; son « blairisme » spontané et poitevin? « Ségolène, observe-t-il, mélange la pensée providentielle et la république des professeurs, le pragmatisme scandinave et la béatitude charismatique ». C'est une sorte de « Fifi Brindacier avec forte tendance à la poigne ». Et si, au fond, la France avait, très précisément, envie de cela ?
Vingt ans après, quel miroir tend à notre époque le Journal d'un quadragénaire de la fin des années 1990, devenu un académicien des années 2010 ? Quels étaient alors les personnages publics, les événements privés, les bonheurs et les déboires d'un écrivain français ? Avec la patine du temps, on y trouve les portraits savoureux de figures alors rencontrées au fil d'une intense activité journalistique, tels Woody Allen, Isabelle Huppert, Philippe Sollers, Frédéric Mitterrand, Claudia Cardinale, Jean Paul Gaultier ou Alain Juppé. Ils tournent toujours dans notre actualité, mais étaient-ils les mêmes il y a vingt ans ? Cette année-là, Marc Lambron publiait chez Grasset 1941, roman sur les débuts du régime de Vichy. Engagé dans la bataille des prix d'automne, l'ouvrage cristallisa polémiques et passions en plein procès Papon. Au jour le jour, on suit dans Quarante ans les spasmes déclenchés par cette brûlure de la mémoire française, en même temps que l'on découvre le témoignage sans précédent d'un auteur jeté dans les jeux du cirque d'une rentrée littéraire. Au coeur intime de ce Journal, loin des tumultes parisiens, il y a le dialogue poignant que l'auteur engage avec son père dans les derniers mois de son existence. C'est un livre de deuil, c'est un livre de vie.
« Mon frère Philippe est mort le 17 juillet 1995, un peu avant midi, dans une chambre de l'hôpital de Villejuif. Il aurait eu trente-quatre ans une semaine plus tard. C'est le seul frère que j'ai connu, le seul que j'aurai jamais. L'image de Philippe allant vers sa fin n'existe en moi que par la brûlure qu'il a entretenue pendant des années, et qui dure encore. Pour parler de lui, pour aller vers lui, je suis contraint de revenir aux zones qu'il a éclairées et calcinées. Si grand soit l'amour, si fort le passé partagé, mon frère, à partir d'un certain moment, ne m'a plus été sensible que par la blessure. C'est à cette aune que je mesure combien je l'ai connu, combien je l'ai méconnu. On peut retracer de l'extérieur la vie d'un autre ; mais le deuil ne renvoie qu'à soi, oblige à retrouver en soi le souvenir de ce qui fut. »
"Une silhouette portant le treillis réglementaire de War Correspondent se tenait là, en conversation avec quelqu'un que l'angle dérobait à ma vue. Les slacks tombant sur les rangers de campagne, la ceinture serrant la taille, l'étoile blanche cousue sur la manche ne trompaient pas. C'était l'uniforme d'un journaliste ou d'un photographe accrédité auprès de l'US Army. Mais le relâché élégant, la forme blousée que prenait la vareuse à l'évasement, et surtout la chevelure blonde frôlant les épaules ne laissaient guère de doutes : une femme. Vue de profil, elle me parut très belle. Une lumière étrange venue du hall adoucissait ses contours. On lui aurait donné trente-cinq ans, peut-être moins. Ses gestes rapides, son sourire étaient plutôt d'une continentale : elle portait un uniforme américain, mais quelque chose en elle trahissait l'Européenne. A un mot de son interlocuteur invisible, elle rejeta la tête en arrière, comme pour rire, et sa main vint glisser dans sa chevelure libre. L'éclairage, mais était-ce seulement l'éclairage, soulignait à distance une peau très blanche. Une blancheur de statue à jamais descendue du socle. Je ne pouvais entendre ce qu'elle disait, mais le mouvement des lèvres me parut correspondre à du français." Prix Femina 1993
"Une silhouette portant le treillis réglementaire de War Correspondent se tenait là, en conversation avec quelqu'un que l'angle dérobait à ma vue. Les slacks tombant sur les rangers de campagne, la ceinture serrant la taille, l'étoile blanche cousue sur la manche ne trompaient pas. C'était l'uniforme d'un journaliste ou d'un photographe accrédité auprès de l'US Army. Mais le relâché élégant, la forme blousée que prenait la vareuse à l'évasement, et surtout la chevelure blonde frôlant les épaules ne laissaient guère de doutes : une femme. Vue de profil, elle me parut très belle. Une lumière étrange venue du hall adoucissait ses contours. On lui aurait donné trente-cinq ans, peut-être moins. Ses gestes rapides, son sourire étaient plutôt d'une continentale : elle portait un uniforme américain, mais quelque chose en elle trahissait l'Européenne. A un mot de son interlocuteur invisible, elle rejeta la tête en arrière, comme pour rire, et sa main vint glisser dans sa chevelure libre. L'éclairage, mais était-ce seulement l'éclairage, soulignait à distance une peau très blanche. Une blancheur de statue à jamais descendue du socle. Je ne pouvais entendre ce qu'elle disait, mais le mouvement des lèvres me parut correspondre à du français." Prix Femina 1993
A Paris, aujourd'hui. Nathalie et François ont trente ans, de l'argent, un passé de viveurs. Ils inventent des jeux, prennent l'un sur l'autre des paris amoureux. Un soir, Nathalie met François au défi de conquérir une belle inconnue : Sylvia. L'entreprise de séduction tourne étrangement : de Paris à New York, le jeu s'endiable, le libertinage ouvre sur les abimes de la passion. Un homme, deux femmes. La jalousie, les miroirs, la cruauté, jettent le trio dans la nuit des masques, où chacun devient pour l'autre une proie. De la légèreté à la noirceur, cette comédie sensuelle, placée sous le signe de Lubitsch et de Laclos, est aussi le roman du déchirement amoureux, un apprentissage de la nuit.
A Paris, aujourd'hui. Nathalie et François ont trente ans, de l'argent, un passé de viveurs. Ils inventent des jeux, prennent l'un sur l'autre des paris amoureux. Un soir, Nathalie met François au défi de conquérir une belle inconnue : Sylvia. L'entreprise de séduction tourne étrangement : de Paris à New York, le jeu s'endiable, le libertinage ouvre sur les abimes de la passion. Un homme, deux femmes. La jalousie, les miroirs, la cruauté, jettent le trio dans la nuit des masques, où chacun devient pour l'autre une proie. De la légèreté à la noirceur, cette comédie sensuelle, placée sous le signe de Lubitsch et de Laclos, est aussi le roman du déchirement amoureux, un apprentissage de la nuit.
Qui n'est pas invité au bal de Marc Lambron ? Le chroniqueur le plus étincelant de Paris nous enchante avec ses carnets de bal où l'observation du monde le dispute à l'érudition. Une foule se presse à l'entrée de ce bloc-notes : voici Kate Moss « dont la bouche imite le canapé Mae West dessiné par Dali », Andrée Putman, « un faux air de George Sand coiffée par Carita », Richard Avedon, « un écrivain dont la plume était la lumière », Michael Jackson, « même les enfants ont un jour 50 ans », et du passé surgissent Rubirosa, « le sextoy aux mille fortunes », Françoise Sagan, l'Irrégulière Romy Schneider, Louis Malle, Yves Saint Laurent, tant d'autres, des fêtes, des lieux, des larmes aussi, car beaucoup, qui figurent ici, nous ont quittés. Un portrait de notre époque tout en strass.
Plongez dans Nephilim, un thriller haletant où une militante écolo, Nova Barakel, devient la cible d’une secte mystérieuse après avoir découvert un double meurtre.
Un grand couturier français décide de lever le voile sur les coulisses de sa carrière. Célébré pour son talent, il se sent dépassé par le culte dont il fait l'objet : la mode serait-elle devenue la nouvelle religion universelle ? Au fil de plusieurs entretiens, ce monstre sacré satirise tout ce qui le fait vivre : les égéries, la presse féminine, la télévision, le mimétisme mondialisé, la culture des apparences. Portrait au vitriol d'un milieu, Théorie du chiffon propose aussi, à travers le prisme de la mode, un regard sur l'époque. La crise et ses simulacres, les hommes et les femmes, les nouvelles lois subtiles et cruelles de la séduction. Sous un voile de gaze, une morale de la lucidité.
Marc Lambron nous a livré l'année dernière le premier volume de ses modernes « Mythologies » de sémillant sémiologue de la France politique contemporaine avec « Mignonne allons voir... » Un regard, un ton, un style : quand un vrai écrivain de talent s'empare de la chose politique, il a des choses à en dire qu'aucun journaliste spécialisé ne peut saisir ni exprimer. Et bien, dansez maintenant ! est le deuxième volet des « Mythologies » lambroniennes. Le premier était centré essentiellement sur Ségolène Royal, le second l'est surtout sur Nicolas Sarkozy, même s'il s'agit au fond toujours de la même interrogation sur les symptômes de la névrose obsessionnelle française. Tressage fin de choses vues et de considérations lumineuses (notamment sur les «quatre piliers » du pouvoir sarkozien et toutes leurs combinatoires possibles), le livre balaie une période qui va du 5 avril 2004 (date d'un d'un « dîner de têtes » au Ministère des Finances) à fin mars 2008 (incluant le remaniement post-municipales), en passant par un étrange dîner de la Revue des Deux Mondes, un déjeuner en tête-à-tête entre l'auteur et Ségolène Royal après parution de son livre sur elle, des considérations sur l'état du PS, un dialogue imaginaire avec « Jean Evrard » de Neuilly sur Seine (ou comment éviter que le Neuf-Trois ne déborde sur le Neuf-Deux)...
1974-2004 : d'une décennie à l'autre, comme mise entre parenthèses, tient la vie d'un écrivain qui tisse de mystérieuses correspondances entre deux époques. En 1974, Marc Lambron a dix-sept ans. Elève de la Khâgne lyonnaise du lycée du Parc, il néglige les manuels de latin pour promener ses cheveux longs dans les caves où l'on danse sur les Rolling Stones. Une jeune fille éblouissante, Marianne, occupe ses pensées. Elle est « lyonnaise par le goût des chansons et des venelles, italienne pour les blasons, française selon sa voix ». Trente ans plus tard, au cours de l'automne 2004, les temps paraissent se brouiller. Lors d'une session musicale dans les mythiques studios londoniens d'Abbey Road, l'auteur côtoie en chair et en os les idoles de sa jeunesse rock'n roll, rassemblés en un étrange bal des vampires autour de Scotty Moore, l'ancien guitariste d'Elvis Presley. Au même moment, l'énigmatique Marianne réapparaît dans sa vie. Une saison peut-elle en cacher une autre ? Les mirages du présent font-ils revenir les fantômes du passé ? A-t-on jamais perdu ce que l'on a aimé ? Entre les brumes lyonnaises et le fog londonien, c'est le fil de Marianne qui va nous conduire à travers le labyrinthe d'un temps perdu. Marc Lambron donne ici à la première personne, en contrepoint de son oeuvre romanesque, une autobiographie singulière et collective, parce qu'elle éclaire autant les époques traversées que l'homme qui nous y sert de guide. Cette Saison sur la terre évoque à la fois la Nadja d'André Breton pour le hasard objectif, la Sylvia d'Emmanuel Berl pour le récit d'une adolescence rêveuse chauffée au brasier des femmes, Les Mots de Sartre pour la genèse d'une formation. C'est le livre d'un amour innocent qui revient toujours, une confession mélancolique où l'auteur des Menteurs tombe le masque.
Le Livre: L'auteur laisse tomber ici le masque qu'il portait encore dans ses fictions « historiques » pour se dévoiler à travers les scènes fondatrices de ce roman des origines : son « Age d'homme ». Il lui a fallu pour cela se diviser en une trinité de personnages, Karine, Claire et Pierre, camarades en 1975 de la même hypokhâgne au Lycée du Parc à Lyon. Sur la photo de classe, Claire avait les cheveux teints au henné et portait des jupes gitanes. Karine, surnommée « la reine de glace » pour sa froideur d'apparence et son côté « Botticelli blafard », rêvait à la chaleur artificielle des défilés de mode. Pierre cachait sous la nonchalance du dandy les ambitions d'un technocrate cultivé. La vie les a séparés mais trente ans après ils se retrouvent, nostalgiques, dans les jardins de l'Observatoire. Trente ans de mensonges ? « Nous ne sommes pas des personnages de roman, mais des personnages de mémoires. » Nous allons les suivre par les récits autobiographiques entrecroisés, intimes, ironiques, à fleur de nerfs, qu'ils font de leur existence passée : une chronique sur le vif. Nous allons vivre avec eux la désillusion d'une génération d'hommes et de femmes qui commencèrent leurs études sous la férule des structuralistes pour connaître leur maturité sous l'oeil de la télé-réalité. L'université et la presse, la mode et la politique, la télévision et le sexe : dérives et icônes décrites avec une drôlerie de trait dont Marc Lambron a le génie. Comment on a basculé d'Althusser à Elodie Gossuin. Comment on a milité sur le campus de Berkeley, dérivé à Madrid pendant la Movida, suivi les cours de Foucault, pour finir floués sous Messier. Comment le Dieu-Langage fut converti au Roi-Dollar. Elle est loin, la révolution. Tous pourris ? Pas si sûr : ce roman montre parfois la probité des consciences. 1975 - 2004 : deux femmes, des vrais caractères entre Prada et le Collège de France, un homme, moins assagi qu'il n'y paraît, racontent aussi leur guerre de trente ans. « Gueules cassées de l'amour », entre le fléau Sida et la punition couche-culotte, le célibat et la famille recomposée. Ils se sont aimés, ils ne s'oublient pas, ils le disent ici en une ronde générationnelle, une danse amicale sur les cendres de l'époque.
" La plupart des textes de Carnet de Bal, II ont été écrits pendant les années 90 du siècle précédent, avec une intention : puisqu'on allait tirer le rideau sur une époque, il fallait s'y promener une dernière fois, retrouver les généalogies, dire d'où l'on vient. Les romans que j'écrivais parallèlement, L'oeil du silence, 1941 et Etrangers dans la nuit ont tenté de s'inscrire eux aussi dans ce mouvement. Il me semblait qu'il fallait proclamer la durée contre les conjurations de l'amnésie, et dire le gai savoir des choses données. Qu'y faire si j'ai passionnément aimé le XXème siècle, ses mythologies, ses écrivains, ses femmes fatales, ses illusions lyriques, ses mensonges ? A travers portraits, chroniques littéraires, rencontres, j'arpentais ces décennies qui furent mon premier pays. Voici réunis dans un carnet de bal les pas de quelques danses. J'espère avoir travaillé comme je le devais : il faut aimer ce qui fut et affirmer ce qui vient. Le XXIème siècle est là. J'avance comme chacun vers un autre pays, une autre terre du temps. En arrivant aux frontières, je jette sur la table quelques papiers d'identité et sollicite une nouvelle valse. ".
Rome 1960. C'est dans le décor de la Dolce Vita que Tina White, beauté américaine au casque de cheveux blonds, ensorcelle les hommes. Le reporter Jacques Carrère l'aime follement à travers les nuits d'été. Mais connaît-il le vrai visage de la femme qui le hante ? Actrice de Cinecitta ou masque tragique ? Pionnière de la drogue ? Tina, reine des énigmes, disparaît aussi vite qu'elle était entrée dans sa vie. New York, 1966. Tina, muse sous amphétamines, est devenue l'une des égéries d'Andy Warhol, le sphinx argenté de la Factory, le minotaure dans sa caverne. Elle agit en somnambule, possédée par le démon des années pop. Faut-il la fuir ou se damner avec elle dans le tumulte d'un impossible amour ? Doit-il céder à la passion de Kate, intellectuelle engagée ? Pourquoi ces deux femmes se ressemblent-elles tant ? Soeurs ou sosies ? Vietnam, 1967. Kate entraîne Jacques dans la guerre, au coeur de la jungle et des ténèbres, qu'ils franchissent ensemble telle une dernière épreuve sacrificielle. Pendant les années soixante, les hippies voulaient le bonheur tout de suite. Ce fut Apocalypse now et la pluie de napalm. Ecrit avec une puissance incomparable, Etrangers dans la nuit est la fresque de ce dernier âge lyrique, comme un adieu à l'innocence. Une femme aux deux visages nous guide et nous perd de l'autre côté du miroir : la frénésie de la guerre, l'enfer des drogues, l'utopie colorée des sixties. Marc Lambron est l'auteur, entre autres, de L'oeil du silence (Prix Femina 1993) et chez Grasset de 1941.
Tout commence dans la chaleur de l'été 1978. Un normalien en vacances s'amourache d'une séduisante jeune femme dont le père, Pierre Bordeaux, ambassadeur à Rome lui apparaît vite comme l'incarnation de cette manière déterminée et élégante qu'ont eu certains résistants de dire non à l'occupation allemande. Il l'interroge sur son passé et tombe alors sur une énigme : Pierre Bordeaux était à Vichy en 1941. Qu'y faisait-il ? Agent double ? Rond de cuir pour le Maréchal ou espion dormant de la résistance ? Voici que l'ambassadeur Bordeaux nous donne à lire sa chronique de l'année 1941 : Du temps où la France ressemblait à un paysage d'automne. Attaché d'Ambassade en 1938, Pierre Bordeaux est nommé dans un Madrid franquiste et calciné, loin de la drôle de guerre. Il voit la France qui capitule. Réclamé à Vichy par le directeur du cabinet civil du Maréchal, contacté par un gaulliste en imperméable, Bordeaux le faux-naïf va devoir ruser dans cette ville de cure, où règne un gouvernement aux airs d'opérette. Jusqu'à la rencontre avec Carla, journaliste cosmopolite et espionne, certes, mais qui le guidera du bon côté de l'espoir. Vichy vu par Lambron ? C'est une farce et une tragédie. C'est une capitale en miniature où l'on noie des complots dans un verre d'eau, c'est un labyrinthe de faux amis où Pétain vous hypnotise de son oeil bleu. Un slalom mortel dans les couloirs de l'Hôtel du Parc entre Benoist-Méchin et Giraudoux, Ionesco et Darlan, le Khédive et Rubirosa, les cagoulards et les speakers de Radio-Vichy. Une ville folle de rumeurs. Cruel et moqueur, Marc Lambron démontre qu'il y avait là, entre un homme et une femme, assez de passion pour que brûle toujours la mèche de la liberté.