Liliane Atlan
Liliane Atlan
Une petite mer démontée avait jailli par terre, sur le côté, et j'étais emportée sans bouger, une voix parlait, sans mots, résonance intérieure d'une tension nommée dans ce rêve "petite hyène opiniâtre, perpétuelle". Je me réveille, rassurée, amoindrie, essayant de traduire avec des mots la Voix et je la diminue - je n'y puis rien - en message, "Sans ces petites mers soudaines et perfides la joie serait fermée". Je me rendors pour tenter de capter ce dont ces mots n'ont pu être qu'un signe, tout langage crépusculaire longe la vérité, être est-il autre chose qu'un incessant lapsus - Il n'est pas d'autre mot pour définir ce livre, fait de rêves, ou de morceaux de rêves, décrits dans leur logique, fuyante, cassée, nocturne.
Avant d'être une idée, un événement, une histoire, la Révolution est une personne. Silencieuse ou déchaînée, elle accompagne chacun jusque dans son lit. Même chose pour les peuples. Une commémoration comme celle du Bicentenaire de la Révolution française, en dehors de son parfum suspect d'opportunisme et de nostalgie, semble oublier cet aspect, faisant d'une « Révolution » un interlocuteur auquel on s'affronte, asservi ou libéré. Afin de rendre sensible ce point de vue, la Maison de la culture d'Amiens a demandé à des amis, des écrivains, des artistes, d'écrire "Une lettre à la Révolution" (leur Révolution intime ou tout autre). À l'idée de mort, associée à toute commémoration, nous avons préféré le témoignage d'une vitalité, l'affirmation d'une présence contemporaine, qui jongle avec l'Histoire mais s'en joue, la contourne ou l'affronte. L'ensemble des textes témoigne de cette idée : La Révolution c'est quelqu'un.