Jocelyn Lachance
Jocelyn Lachance
Êtes-vous adophobe ? À l'ère du numérique, nombre d'adultes confrontés à des images mettant en scène la violence et la sexualité des adolescents s'inquiètent, convaincus que les nouvelles générations sont à la fois menacées et menaçantes. Pourtant, si le sentiment d'insécurité est bien palpable, la peur qui en découle ne résiste pas à l'épreuve des faits. Portés par les émotions plutôt que par la rationalité, impressionnés par les images plutôt que par les recherches et déroutés par ce qui est rendu visible sur nos écrans, les parents, les professionnels et les spécialistes tombent dans le piège de l'adophobie... et ils ont peur à la fois pour les ados et de leurs ados. À partir d'un examen de faits médiatisés depuis l'avènement de YouTube et de Facebook - du happy slapping à la propagande djihadiste, en passant par l'hypersexualisation et les sextos -, cet essai explore l'hypothèse selon laquelle l'adophobie a aujourd'hui un terrain fertile pour fleurir : un monde débordant d'images. Jocelyn Lachance est chargé d'enseignement à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (Laboratoire CNRS UMR-Passages). Il est également membre de l'Observatoire Jeunes et Société de Québec.
Comment les adolescents d’aujourd’hui perçoivent-ils la mort, entre rites numériques, deuils intimes et confrontations médiatiques ? Ce numéro de Frontières explore leurs rapports complexes à la fin de vie, du suicide aux pratiques funéraires 2.0.
Un décryptage de la culture adolescente, bienveillant et éclairé par un chercheur en socio-anthropologie qui depuis longtemps s'intéresse à ce sujet. Un ouvrage écrit comme un guide de voyage, très accessible. L'auteur, spécialiste de l'image et des réseaux sociaux, utilise son expertise pour conseiller les parents et professionnels accueillant les ados, toujours avec l'idée de dépasser les préjugés pour comprendre le sens profond de leurs pratiques numériques et sociales. Ces pratiques répondent à des besoins d'appartenance, de reconnaissance, d'exploration identitaire et émotionnelle, qu'il propose d'appréhender. Une lecture essentielle pour envisager l'adolescence non pas comme un problème à résoudre, mais un monde à explorer en évitant les pièges et les jugements.
« ``L'avenir, nous dit Morgane, 19 ans, c'est un mur, mais avec plein de trous. Mais je ne passe dans aucun, pour l'instant. Donc pour le moment, je regarde les trous.'' Les pieds plantés dans le béton du présent, les avenirs multiples se laissent à peine entrevoir par nombre de jeunes qui, comme Morgane, témoignent de la normalisation du sentiment de l'inquiétude dans leur vie, de la complicité des réseaux sociaux se présentant à la fois comme le moyen privilégié de sa régulation et l'amplificateur éventuel de ses effets, mais aussi des combats qu'ils mènent, à la fois dans l'espace intime de leur psyché et dans l'arène visible de la société. » À partir d'une enquête réalisée auprès de jeunes de 16 à 24 ans, cet ouvrage propose une lecture socio-anthropologique pour saisir les effets délétères de l'information véhiculée par des réseaux sociaux comme Tik-Tok. Il en révèle aussi un usage rituel qui régule les inquiétudes dues aux incertitudes de l'avenir. Dans un contexte marqué par les angoisses liées au réchauffement climatique, à l'agitation géopolitique et à l'injonction à prendre en main sa destinée, nous assistons à l'avènement parmi les jeunes générations de cet individu qui, dans le mouvement permanent de résistance face à ce qui l'inquiète, met régulièrement en jeu sa santé mentale...
Si les écrans se sont multipliés dans les foyers depuis plusieurs années, la possibilité de se connecter les uns aux autres en permanence a également bouleversé les individus jusque dans l'intimité de leurs familles. D'une part, la possibilité de joindre les enfants en temps réel, alors qu'ils prennent le chemin de l'école ou vont rejoindre leurs amis, a transformé l'expérience de séparation. D'autre part, l'intrusion de personnes extérieures à la famille, via les réseaux sociaux, bouscule de plus en plus souvent les temps familiaux... Dans ce contexte où règnent les technologies de la communication et s'impose la norme d'être connecté, branché, comment trouver le juste milieu pour accompagner les plus jeunes dans l'aventure numérique ? Car la tentation de la surveillance est grande dans un monde que les parents perçoivent comme dangereux... Cet ouvrage n'a pas pour objectif de légitimer ni de délégitimer les nouvelles formes de surveillance des enfants et des adolescents dans un monde connecté. Il cherche plutôt à dévoiler les effets insoupçonnés de cet usage spécifique des TICs au sein des familles, en faisant le pari que ses réflexions pourront aider les parents à effectuer, d'eux-mêmes et au gré des situations, de meilleurs choix en matière de pratiques numériques familiales. En s'appuyant sur la parole d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes, il montre comment la surveillance impliquant ces technologies est perçue par les jeunes et comment, plus généralement, ils vivent cette situation qui, parfois, perturbe la relation avec leurs parents.
Lire l'entretien avec l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart) À l'échelle individuelle, nous sommes nombreux à nous sentir démunis face à la puissance d'une organisation terroriste dont les adeptes sont prêts à mourir pour répandre le sang et la terreur. Que les champs de bataille nous paraissent lointains ou que l'épicentre du drame se déclare dans notre ville, les coups de feu retentissent dans nos foyers chaque fois que l'horreur envahit nos écrans. Sur le registre de l'imaginaire, nous sommes tous victimes du terrorisme. Dans ce monde submergé de photos et de vidéos diffusées par les populations victimes elles-mêmes, que pouvons-nous faire pour résister et protéger les plus jeunes de cette entreprise de terreur ? Cet essai propose une lecture de ce combat, que nous perdons chaque fois que nous abandonnons notre imaginaire à l'ennemi.