Jean-Pierre Zarader
Jean-Pierre Zarader
Le cinéma de Philippe de Broca qui paraît bien sage, puisqu'il relève de la comédie et du film d'aventures, est en réalité un cinéma ravageur : il mord sur la pensée et la philosophie, explorant les jeux du réel et de l'imaginaire comme la lutte contre le temps et le destin. Il n'imite rien, n'adapte rien, il poursuit dans une forme filmique exigeante des interrogations qui sont celles de la philosophie depuis ses origines et que l'on retrouve parfois dans l'anthropologie avec Michel Leiris, dans la philosophie du langage de John L. Austin ou chez Jacques Derrida. Ce sont ces dialogues imaginaires qui permettent de saisir combien Philippe de Broca est un contemporain à venir.
André Malraux ne souhaitait pas que les textes publiés, aujourd'hui, sous le titre les Écrits sur l'art soient lus comme une histoire de l'art ou bien comme une esthétique, par refus, sans doute, d'aboutir à une théorie de l'art, à des concepts abstraits et figés, là où les thèmes mêmes de la métamorphose et de l'imaginaire excluent toute pensée systématique. Le « dictionnaire Malraux » conçu par Jean-Pierre Zarader apparaît dès lors comme une gageure : reconstruire sous forme de constellation cohérente les écrits épars de l'auteur du Musée imaginaire, et leur conférer, n'en déplaise à ce dernier, le statut d'une véritable pensée de l'art. Certes, il s'agit bien d'un abécédaire, mais qui, en vertu du mode d'exposition convaincant et séduisant adopté par Zarader, parvient à mettre en évidence ce que celui-ci nomme la « structure » et la « logique interne » des textes. Les « adresses » agencées par ordre alphabétique ne sont pas celles d'un « simple » vocabulaire. Ce sont pour chacune, précise fort justement l'auteur, « de petits essais qui tentent de saisir la pensée de Malraux dans ce qu'elle a de plus méconnu », et font valoir la portée théorique et conceptuelle d'une réflexion exigeante et passionnée sur la création artistique de notre temps. (Marc Jimenez) Jean-Pierre Zarader est agrégé de philosophie. Il est notamment l'auteur de Philosophie et cinéma (1997), et de André Malraux les Écrits sur l'art (2013). Il a participé au Dictionnaire de la pensée du cinéma (sous la direction d'Antoine de Baecque et de Philippe Chevallier, 2012) et au Dictionnaire André Malraux (sous la direction de Jean-Claude Larrat, 2015)
Si les « Écrits sur l'art » sont un discours de la maîtrise, soulignant l'accès de l'art à son autonomie et l'annexion par le Musée Imaginaire des oeuvres les plus réfractaires, ils sont aussi une pensée de la métamorphose qui, dans son inachèvement même, est du côté de l'immaîtrisable. Cette pensée de l'empreinte, dont la dimension philosophique est manifeste, véritable déconstruction d'une esthétique de la totalité, entre en résonance avec la pensée contemporaine. Elle conduit à poser la question : qu'en est-il aujourd'hui, alors que le dernier volume des « OEuvres complètes » vient de paraître, de la survie des « Écrits sur l'art » ? Cette survie, Malraux l'a pensée, comme Benjamin et Derrida, en termes de dialogue. On verra ici, les personnes mises à part, combien le texte des « Écrits sur l'art » peut dialoguer avec certains grands textes de la philosophie contemporaine. Qu'il s'agisse de Walter Benjamin, de Maurice Blanchot, de Jacques Derrida ou de Jean-Luc Nancy.--Although Écrits sur l'art is essentially about control, insisting on art's accession to autonomy and the annexation by the Musée Imaginaire of the most impenetrable works, it also represents thinking of the metamorphosis which, in its very incompletion, has something of the uncontrollable. The thinking of marks and traces, with its clear philosophical dimension - a veritable deconstruction of an aesthetic of totality - echoes contemporary thought. It raises a question: today, when the last volume of the "Complete Works" has just been published, how have the Écrits sur l'art survived? Malraux conceived that survival, like Benjamin and Derrida, in terms of dialogue. Here, apart from the people, we see to what extent the text of Écrits sur l'art enters into dialogue with some great works of contemporary philosophy, such as Walter Benjamin, Maurice Blanchot, Jacques Derrida and Jean-Luc Nancy.
Poison d'Avril ou la vie sexuelle de Lili Pute"Elle était chinoise et s'appelait Li Pût, ce qui dans l'argot pékinois signifie Poison d'Avril. Ses parents l'avaient ainsi baptisée parce qu'elle était née au mois de janvier et que donc, Dû Cû, le papa de Li Pût, avait fécondé sa mère en avril et par inadvertance, un soir qu'il s'était pété à l'alcool de riz à 90°. Le père de Li Pût , Dû Cû, était doker à Pékin. Comment ? Quest-ce que tu dis ? Ah ! y a pas la mer à Pékin ? Bon, alors il était tresseur de nattes ; ça te va ? Quand Li Pût naquit, c'était l'année de la Morue. Tout le monde te dira, depuis Saint-André-le-Gaz (38) jusqu'à Nankin, que naître sous le signe de la Morue, hein ? tu m'as compris ! Et c'est ce qui se passa, dix-sept ans plus tard, montre en main !