Jean-Pierre Abraham
Jean-Pierre Abraham
Un chantier naval, le vent qui change, une île pas loin, un château calme, une grande fille sur un voilier blanc, le rythme des marées, et mille petits bruits inquiets, clapotis, frémissements, craquements. Sensoriel, aux aguets, tendu vers le vent qui seul découvre ce qui se cache, ce premier récit de l'inoubliable auteur d'"Armen" tourne autour d'une émotion rare, celle qu'on éprouve soudain à la certitude d'avoir trouvé un lieu à soi. À sa façon d'arpenter le paysage, de frayer chaque chemin, inlassablement d'y revenir, de pousser jusqu'à ce que s'entrouvre un autre monde, la prose de Jean-Pierre Abraham possède une certaine splendeur.
Jean-Pierre Abraham a fait le choix du phare d'Armen comme on décide d'entrer dans un monastère. Ce sera le lieu de l'attente. Les mains occupées par les besognes routinières comme le moine est requis par le cycle des rites, le gardien de phare se fait guetteur de lui-même : « Si quelque chose doit surgir, ce ne peut être que du fond de moi. Et voilà que je guette encore, comme si on allait frapper à la porte ». Écouter ce livre c'est se faire gardien de phare. Il y a bien sûr toutes les tâches du métier, y compris histoires et anecdotes, mais il y a le reste, dont on sent que c'est le plus important. Il subit les tempêtes, on ne sait plus discerner celles de la mer de celles sous son crâne, il attend, il se tait, il regarde, il subit le temps qui passe... Durée : 04H00