Henri Mitterand
Henri Mitterand
Quatre angles d'approche sont appliqués ici au genre romanesque : Une première partie de critique génétique, une seconde s'attache au temps et à l'espace à travers Zola, Maupassant, Céline, puis viennent cinq études sur la relation du romancier et de l'hi
Le roman reviendrait-il, de nos jours, à la grande tradition du récit de caractères, de moeurs, d'aventures et de destinée ? Ce serait une raison pour s'interroger sur les mérites des oeuvres maîtresses qui ont donné à cette tradition son esthétique, voire sa poétique. Il existe en effet, sans paradoxe, une poétique du réalisme et du naturalisme : elle induit chez le lecteur, inséparablement, le plaisir de la connaissance et le plaisir de la fiction, dans un même plaisir du texte, selon le mot de Roland Barthes. Chez Flaubert, Zola, Maupassant, et les autres, le regard et le signe sont associés, créant une vérité du roman qui est autre chose que la vérité dans le roman. Ne pas se laisser tromper donc par le discours sur le document humain, l'observation, la littérature exposante ou, en termes plus modernes, la mimésis. À l'inverse, ne pas dénoncer sans nuances l'illusion réaliste. Les contraintes de la forme romanesque et le cahier des charges de l'écriture réaliste, filtrent et transforment le regard ethnographique sans le détruire mais, au contraire, en le fortifiant. De là, naît l'ironie impassible de Flaubert, aussi bien que le tragique carnavalesque de Zola. Point de définition univoque, mais une diversité de configurations. Ainsi, s'ouvre au lecteur une source d'analyses fécondes, pourvu qu'il se détourne des catégories scolaires et de la vulgate critique.
Cet ouvrage propose aux élèves de 1res ES et S une préparation méthodique à l'épreuve de dissertation sur un sujet : la comédie au XVIIIe siècle vue sous les rapports entre maîtres et valets, le roman naturaliste. Sur chacun de ces thèmes, notre volume fournit : une présentation des auteurs, une présentation du genre, des fiches-oeuvres, avec résumés et commentaires généraux, 10 exposés-fiches de deux pages, couvrant l'étude des thèmes, des personnages, des techniques de composition, des idées, de l'écriture, de la place dans l'histoire littéraire, des relations avec d'autres oeuvres, etc., des plans détaillés de dissertations, des plans détaillés de lectures méthodiques, des documents annexes (lexique, citations, jugements critiques, tableaux synoptiques, bibliographies commentées, etc.). Les élèves trouveront ici à la fois un réseau articulé de connaissances historiques et critiques et un guide rigoureux et clair pour leur entraînement aux performances de l'examen.
Les stéréotypes de l'histoire littéraire ont défiguré l'oeuvre des grands romanciers de la « représentation » psychologique et sociale. Maupassant, le premier, avait pourtant démonté le concept de réalisme et de naturalisme et montré que l'effet de réel est en littérature le produit d'une illusion construite. L'impression de vérité naît des artifices de la fiction. L'observation des grands romans de la tradition dite « réaliste », de 1850 à 1940, montre en tout cas que leur survie et leur statut d'oeuvres tiennent à la virtuosité de leur recette technique et stylistique autant qu'à la validité de leur savoir sur l'homme et la société. Il arrive de ce fait que leur écriture les apparente à des oeuvres que la tradition scolaire et parfois leurs auteurs eux-mêmes leur ont opposées, et qu'elle recèle des éléments d'invention formelle et de modernité que la critique a inconsidérément attribués aux successeurs. Que valent, dans ces conditions, les mots et les classifications de la vulgate ? Le réalisme de doctrine a été mis en pièces par les réalistes eux-mêmes...
On ne peut plus tenir sur Zola les discours historique et critique que l'on tenait encore en 1952 lors de l'exposition célébrant le cinquantenaire de sa mort à la Bibliothèque nationale. Des "instruments d'analyse" nouveaux : la sociocritique, la narratologie, la psychanalyse, l'anthropologie culturelle... ont apporté de nouvelles profondeurs de sens et de nouvelles sources de rayonnement. On reconnaît que Zola est un "témoin de son temps", non seulement parce qu'il a écrit "l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire", mais aussi parce que son tableau historique des conditions sociales et des institutions est sous-tendu par la saisie anthropologique d'une culture dans ses fondements et d'une société dans ses conduites primordiales : les énergies de l'argent et du sexe. Tous les lecteurs ne saisissent pas la totalité des corrélations internes à l'oeuvre. C'est donc le rôle de l'analyse littéraire de reconstituer les réseaux qui tiennent le "monument" de l'oeuvre : cet art de la composition explique la permanence des romans de Zola.