Guénette Daniel
Guénette Daniel
Carmen quadratum parce qu'ici le chant est carré, peu lyrique ; carré également dans le sens où une construction rigoureuse préside à son élaboration. Il convient d'aborder ces textes par les quatre côtés de l'ouvrage. En ce sens, celui-ci repose sur une relation construite entre chacune des pièces des quatre mouvements du poème, dans leur ordre d'apparition dans chacun des mouvements. Carmen quadratum offre donc un seul et même poème, composé de fragments brefs et variés. Le poète s'y fait discret. S'il y est moins éloquent que dans le Traité de l'Incertain, il reprend néanmoins quelques thèmes de ce recueil. Il demeure perplexe face à des pratiques religieuses ou culturelles aberrantes, il aborde aussi des sujets plus aimables, tel le plaisir que suscite une chanson fredonnée lors d'une promenade. Parmi l'abondance des désastres, on rencontre des embellies.
« Un chien qui crève ! / M'ont crié des enfants ; voilà tout ce que c'est. » L'animal domestique se réduit-il à si peu de chose ? L'école des chiens n'aborde pas de front la question, mais elle y répond dans la mesure où son écriture témoigne de l'importance du lien qui, même à travers la mort, unit le narrateur à son animal de compagnie. La vie du chien semble insignifiante, tant elle est constituée de répétitions. Pourtant, au fil des jours, se trame une véritable histoire, emplie de petits rebondissements et de grands enseignements. À la fin, l'attachement atteint des proportions telles que le maître esseulé ne peut que tenter d'insuffler un certain regain aux cendres éteintes de son vieux compagnon.
Le doute apparaît ici comme un antidote à la folie meurtrière de ceux qui imposent leurs certitudes. Un certain dieu semble avoir la vie dure et s'ingénier, à travers ses prétendus représentants, à rendre l'existence des hommes tout à fait impossible. Devant la montée des intégrismes, force est de constater que l'intolérance religieuse n'est pas plus morte que ses dieux.