Gil Darcy
Gil Darcy
Luc referma son manteau - ouvert pendant la lutte - et escalada rapidement le mur qui séparait le parc de l'auberge du jardin de la chapelle. Les moines allaient passer là, pour se rendre aux matines, et le monastère serait alors désert. Luc avait une demi-heure pour retrouver la trace de son agresseur...
Il ne s'adressait évidemment à personne en particulier. Sans doute, monologuer le soulageait-il. C'était un grand gaillard noueux, le visage rouge, les cheveux blonds et les yeux d'un bleu de porcelaine. Une fois, il avait dit à Monnier qu'il était de Caliente (Nevada). Sans doute, mais cet enfant des Montagnes rocheuses devait-il avoir pas mal de sang suédois dans les veines, à en juger par son allure. Avait-il beaucoup plus de vingt-cinq ans ? - On s'en sortira, fit Monnier, qui parlait l'anglais avec un accent belge prononcé. - Yeah, dit Morrisson, mais quand ? C'est là le problème, mon vieux.
Luc Ferran était pratiquement en vacances. "Pratiquement" en vacances... comme s'il existait de véritables congés dans ce métier. Bien sûr, au retour de sa dernière mission, le chef du N.I.D. - le massif général Gardner - avait dû reconnaître, de mauvaise grâce, qu'il n'y avait - pour le moment - rien d'absolument urgent, qui nécessitât sa remise immédiate dans le bain. Il pouvait donc, s'il croyait en avoir besoin, aller se détendre un peu dans la nature... Luc Ferran, ID 18 du Super-service de renseignement interallié, n'ignorait pas que l'exceptionnelle réputation dont il jouissait en sa qualité d'agent secret, lui imposait des obligations supplémentaires...
Plusieurs hommes venaient d'ouvrir la porte du hangar C. Dans la faible lumière du matin naissant, il était possible de voir qu'ils étaient en uniforme. L'uniforme US. Un tracteur se mit à ronronner, toussota et avança en tirant une longue silhouette mince. Il parcourut une centaine de mètres, et stoppa sur l'aire de stationnement. Le chauffeur descendit, et décrocha l'attelage avant de repartir. Une jeep troua la nuit de ses deux lanternes, et vint s'arrêter devant l'avion. Trois hommes en sautèrent. L'un d'eux portait une combinaison, telle qu'on en voit souvent en première page des magazines dits d'astronautique ou de science-fiction : l'équipement pour vol stratosphérique...
Il regrettait, bien sûr, mais d'une autre côté, il se sentait un peu soulagé. Une aventure avec une jolie touriste, c'est très agréable, mais celle-là était quand même un peu bizarre. Traiter de façon aussi désinvolte la perte de sa valise, perte dont il était tout de même un peu responsable... Quoi qu'elle ait dit, elle devait avoir quand même pas mal de choses, là-dedans. Des choses plus lourdes que deux bouteilles de vin...
N'eût été le cours gonflé du torrent, qui dévalait dans le ravin de Yanganuco, la joie aurait été sans réserve. Mais tout le monde savait que cette abondance extraordinaire de pluie, faisait courir à tout le monde le risque d'une avalanche. Il y en avait déjà eu plusieurs dans les vallées avoisinantes, et deux hommes avaient été assez gravement blessés. Elmer Finey jeta un regard morne par la baie vitrée de la salle où il était assis derrière son bureau. Originaire du Kansas, le lieutenant Finey dirigeait depuis plusieurs années l'une des nombreuses stations américaines réparties aux quatre coins du globe. Finey soupira longuement. À ce moment, il entendit une faible explosion et regarda sa montre.
Machinalement, Luc tâta les poches de son costume imbibé de pluie, et haussa les épaules. Même s'il avait eu encore des cigarettes, elles auraient sûrement été inutilisables. De toute façon, il n'en avait pas. Il ramena ses genoux sous son menton, et contempla les remous du fleuve avec un air sombre. Ne pas pouvoir fumer n'était pas ce qui le tracassait. C'était tout le reste : la malchance qui mettait en péril la fin de sa mission...
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
L'avion semblait jouer à cache-cache avec les éléments et disparaissait par moment derrière les masses cotonneuses. Il était seul dans le ciel hongrois. Un reflet naquit sur une de ses ailes, et mit en valeur l'étoile blanche de l'USAF. L'avion appartenait aux forces américaines stationnées en Europe. C'était un Super-Sabre F100 du dernier modèle. Les radars russes et hongrois avaient dû le localiser dès l'instant où il avait pénétré dans l'aire interdite.
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Les yeux bridés de Lajos se plissèrent encore plus, et il siffla entre ses dents, mauvais. "Discute pas ! D'ailleurs, je vais t'aider..." Guiseppe prit seulement conscience d'un fait : l'homme avec qui son frère discutait, avait disparu comme par enchantement. Cela sentait très mauvais pour eux. Soudain, il se souvint d'un matelot de pont qu'on avait retrouvé avec un couteau entre les deux épaules. Le bruit avait couru que c'était à cause de son bavardage...
Juan Lespina fit la sourde oreille. Il se souvint cependant de ce qu'il était advenu à son collègue, Pérez Jimenez, en semblable circonstance. Aussi avait-il préparé, dans le plus grand secret, un dossier qu'il avait intitulé : "Le livre noir de l'or noir", où étaient rassemblés, selon les confidences qu'il avait faites au Général Correia, suffisamment d'arguments pour soulever l'opinion publique mondiale, au cas où les pétroliers s'aviseraient à le jeter bas de son trône-podium.
Satisfait de lui-même et de la bonne marche de ses affaires, Aranda alluma un cigare et, sortant de sa poche la lettre que le facteur avait déposée à la distribution du courrier l'après-midi, il la relut. Trois fois, pour bien s'en pénétrer...
Rita Herson a été enlevée ! C'était la saison des orages. Luc Ferran le savait très bien, mais il était pourtant persuadé que la foudre n'était aucunement venue éclater dans le bureau ultra-moderne, où se centralisaient toutes les directives du N.I.D. (...) Il répéta lentement, presque syllabe à syllabe : Rita Herson a été enlevée ?
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La chaleur était insupportable. Une chaleur lourde, humide, poisseuse, chargée des miasmes de la jungle qui commençait aux portes de la ville. Sam Bennett ne parvenait pas à s'y habituer. La nuit, il dormait nu sous la moustiquaire de tulle et, le jour, il suait avec une désagréable sensation d'oppression. Il lui semblait que ses poumons se gonflaient de feu, et que l'air rejeté pouvait brûler, telles des flammes méphitiques jaillies des nasaux des dragons. Monrovia ne séduisait pas Sam Bennett...
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Rita Herson atteignit l'extrémité de la planche, et tordit son opulente chevelure dans un bonnet de bain. Puis, elle se tendit, droite et svelte, plongea en une courbe précise qui fit à peine rejaillir l'eau. Une bonne dizaine de specimens du sexe mâle, précédememnt occupés à somnoler sur le sable, s'aperçurent brusquement que l'heure était favorable pour le bain. Si, par hasard, la nageuse était paralysée par une crampe, lui porter secours était un devoir humain, après tout...
L'ombre avait envahi la vallée. Les deux hommes, toujours assis sur les bas-côtés du sentier, sentaient croître leur inquiétude. Que faisait Fejzi ? Il avait dit : "Une demi-heure", et une heure était déjà écoulée. Le plus petit des deux hommes, tassé sur lui-même, la tête rentrée dans les épaules, ses yeux de myope inutiles, cherchait à saisir, à interpréter, les bruits qui sollicitaient son ouïe...
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Prudemment, I.D. 18 s'approcha du point où le Japonais avait disparu, et se mit en devoir d'enjamber les arbustes. Son pied traversa aisément les branchages desséchés, et continua. En une microseconde, il revit l'image du Japonais qui avait disparu avant d'atteindre exactement le bord de la falaise. Il y avait une indentation à cet endroit-là, une sorte de cheminée que les broussailles lui avaient cachée. Une fissure au bout de laquelle le volcan grondait. Luc Ferran, désespérément, essaya de se rejeter en arrière, et il y serait arrivé si le sol sur lequel reposait encore son autre pied n'avait cédé sous le poids. À son tour, il disparut dans le gouffre...
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