Georges Kolebka
Georges Kolebka
Sucre d'ogre invite les jeunes lecteurs à découvrir un univers où l’imaginaire le dispute à la poésie. À travers des histoires courtes et percutantes, Georges Kolebka mêle humour, tendresse et une pointe de folie.
En général, les rois sont grands même quand ils sont assis. Les rois de ce livre sont déplorables même quand ils sont debout. Il est vrai que ce n'est pas du gâteau, d'être roi !
Georges Kolebka est un jardinier japonais. Ses textes visent à une sorte de perfection formelle et sentimentale, une forme de démesure dans la méticulosité. Les publier est un bonheur tant ils sont faits pour être imprimés, définitifs. Les nuages passent. Les personnages cherchent un instant minuscule de bonheur et de plénitude ; ils s'accrochent à une sensation, à un lambeau de souvenir. Ils perdent pied dans leurs rêves et recommencent avec une obstination radieuse qui les remplit d'espoir. Les détails les plus concrets, les situations les plus drôles, les miettes d'existence, tout les exalte et tout les pousse au songe. Ces textes courts forment le roman de la vie quotidienne vue par un oeil neuf, sarcastique et tendre, ils méritent donc la plus attentive curiosité. E.O. et P.F.
« Depuis l'époque où le monde était un jardin terrestre, les choses ont bien changé. Il est possible, toutefois, que la seule trace qu'il en reste soit la présence des femmes sur la terre. Tout ce qui est délices, succulences et générosités est incarné par elles, les femmes. Les bonnes femmes. De bonnes femmes comme Louise, qui quitte la maison parce que son mari a sorti les Limoges sans son autorisation, mais qui reviendra ; ou soeur Paule, qui danse en collant rose à l'occasion d'une vente de charité ; ou Agnès, qui écrit des lettres salaces par pure bonté d'âme. Ou comme toutes celles qui, dans ce livre, connaissent à la fois les secrets du don de soi et les recettes qui mettent l'eau à la bouche de ces bourdons lourdauds que sont les hommes. »
Ces neuf nouvelles de Georges Kolebka pourraient passer pour un petit guide de nos mélancolies hexagonales. C'est un voyage indiscret dans les pensées les plus intimes de toute une galerie de personnages apparemment « normaux », tels qu'on en rencontre tous les jours dans notre aimable civilisation urbaine : un médecin dépressif que dépriment les dépressions de ses patients, un industriel sadique et des cadres frustrés, un maniaque de la propreté dont la femme brouette des monceaux de détritus, un peintre atrabilaire, un amateur d'art ulcéreux, des dames flatulentes, des messieurs impuissants, un chercheur monomane, un couple obsédé par la charité, des amants programmés... Ce petit florilège des maux de notre temps, loin d'être déprimant, se révèle tonique, puisque l'humour, on le sait, même le plus grinçant, est le meilleur remède à la neurasthénie.
A mi-chemin de Woody Allen et du Monsieur Lambert de Sempé, il existe une race écrasée de petits hommes hypocondriaques, mal aimés, indestructibles et tout à fait piétinés par leurs semblables dont le destin pitoyable et la trajectoire comique - à force de fatalité - permettent de penser que celui qui est maniaque et dépressif, s'il est par surcroît brimé par son patron, harcelé par son éditeur, empêtré dans les conseils de son analyste et annihilé par les attentions maladroites de ses enfants, peut se raccrocher à la bouée d'un dernier espoir, et recourir à cette ressource ultime : celle de l'humour noir - ce grincement des opprimés, ce rire sous cape des faibles, cette force terrassante de ceux qui sont des nains chez eux. Ainsi se déploie le talent de Georges Kolebka lorsqu'il nous dépeint, avec la subtilité qu'on lui connaît, les affres de cinq personnages livrés à la solitude et la peur de vieillir. Ainsi triomphe sur le terreau des situations cocasses, sur le désenchantement des jours médiocres, la greffe de l'humour noir des Juifs de l'Est. Et il est peu de Kolebka des bords de Seine qui sachent mieux doser au fond de la tisane de leurs histoires mélancoliques l'herbe d'un pansement de rire sur une source de larmes.