Georges-Gabriel Bomier
Georges-Gabriel Bomier
Le type le regarde, mais on dirait qu'il ne le voit pas. Il est assis, non au volant, mais à la place du passager, de biais, le dos contre la glace, toutes portières fermées. La turbine de chauffage fonctionne, il l'entend tourner. Un truc évidemment à se trouver mal pour peu qu'une partie des gaz d'échappement pénètre dans la voiture. Mais aussi, à moins d'être incroyablement frileux, pourquoi laisser tourner ce moteur qui va d'ailleurs finir par caler ?
Le corps avait complètement basculé sur la banquette, la tête de côté. Un peu au-dessus de l'oeil, un trou béant. - Suicide, opina l'hirondelle. À sa place, j'aurais choisi un coin plus calme. Reste ici. Je passe l'appel... Un suicide ? Bien sûr. C'était si facile. Ça se tenait très bien, à part quelques petits détails que l'agent 2037 n'avait pas manqué de relever. Par exemple : les portes bouclées. Et les clefs introuvables. Il fallait supposer, pour être logique, que le gars, après s'être verrouillé à double tour, avait envoyé son trousseau dinguer dans la nature, où on le retrouverait peut-être, en cherchant bien. Bizarre mais pas impossible. Quant à se loger une balle dans la tête sans revolver, voilà qui révélait une nature par trop amie des complications. Or il n'y avait de revolver nulle part.
Elle pourrait sortir sur le palier, frapper à une porte, ameuter la maison : elle n'y pense pas. Elle rampe vers le téléphone, comme vers le seul salut possible, sans savoir si elle aura la force de l'atteindre. - Je n'y arriverai jamais... Ce bruit sec, comme étouffé, est-ce la porte de l'ascenseur qu'on ouvre et qu'on referme doucement ? Elle reconnaît à peine les bruits familiers de la maison. Plus rien, que le silence.