Frédéric Cossutta
Frédéric Cossutta
Cet ouvrage a pour objectif de guider l'étudiant dans l'approche de textes philosophiques, dont la difficulté peut parfois le décourager ou le désorienter. Suscitant une réflexion méthodologique, il permet à chacun de se familiariser avec les techniques de l'écriture philosophique, sans dispenser du travail d'analyse, ou s'y substituer. L'activité philosophique ne se réduit pas, en effet, au respect scrupuleux de protocoles de lecture, sous peine de restaurer un formalisme scolastique, et de stériliser la pensée. C'est pourquoi, tout au long de ce livre, à partir de la mise au jour de « régularités de fonctionnement » (la démonstration, les stratégies argumentatives, la métaphore...), l'auteur nous montre qu'un texte philosophique est un ensemble animé d'un mouvement interne, qui déploie un réseau de virtualités discursives, selon des règles et des modalités qu'on peut expliciter et analyser. Afin d'illustrer concrètement cette démarche, des analyses détaillées, des exercices, des sujets de recherche et de dissertation, sont proposés à la fin de chaque chapitre.
Un visage jaune aperçu à une fenêtre, une femme aux agissements mystérieux, et Sherlock Holmes confronté à un scandale qui défie sa logique.
Les auteurs de cet ouvrage (J.-F. Bordron, A. Bouvier, C. Giolito, D. Maingueneau, F. Cossutta) viennent d'horizons différents (sémiotique, sociologie cognitive, histoire de la philosophie, analyse du discours), mais ont en commun le souci de ne pas réduire les oeuvres philosophiques à leurs seules structures doctrinales, et prennent en considération leurs dimensions spécifiquement langagières et discursives. Ils s'interrogent sur la nature de l'argumentation philosophique, et proposent des modèles théoriques, permettant de relier les contraintes qu'une doctrine se donne dans la recherche de sa légitimité, avec les formes expressives présidant à leur mise en oeuvre. Le cartésianisme offre, à ce titre, un exemple particulièrement éclairant, puisqu'il prétend refuser le recours aux figures de rhétorique comme aux procédés scolastiques, et veut élaborer des formes d'expression qui garantissent simultanément la véracité et la communicabilité de son propos. En étudiant la langue, les modes d'exposition, les genres, les formes énonciatives et narratives adoptées par Descartes dans ses écrits, les contributions ici réunies montrent que, sous la clarté revendiquée d'une langue qui se voudrait celle de la raison même, s'opère un travail discursif complexe. Le philosophe doit, en effet, simultanément, dire au plus près et au plus juste ce qu'exige l'enchaînement nécessaire des raisons, et composer avec les reformulations ou les voix multiples qu'imposent la conversion du lecteur et les stratégies d'institution de la doctrine. Ce travail dans l'ordre du discours n'est pas dissociable de l'effort consenti pour philosopher, et c'est le mérite d'une théorie de l'argumentation philosophique de montrer comment une pensée fait oeuvre.