Francine Carrillo
Francine Carrillo
Faisant de chacun d'entre nous des frères et soeurs de Lazare, Francine Carrillo aiguise les mots pour dire la lassitude de vivre et entamer une « traversée de l'en-bas ». Car le Déliant, dont elle a l'art de déceler le passage, n'est pas un dieu à recette ou à performance. Présence à la fois discrète et puissante, on le reconnaît à ce qu'il ne se détourne pas des ombres: il en arpente les territoires pour travailler à dénouer ce qui en nous est mal attaché et nous porter vers l'Ouvert. Empruntant aux évangiles tous leurs récits de résurrection, des plus discrets aux plus subversifs, l'auteure nous conduit vers la lumière avec la grande délicatesse d'une femme qui sait tendre l'oreille à tous les frissons qui jalonnent nos existences: ceux de l'angoisse et ceux de nos résurrections. Quand on n'espère plus ni pain ni demain c'est là exactement là que le temps s'ouvre et délie sa promesse.
Dans ce texte traversé par un souffle poétique puissant, Francine Carrillo prétexte sa fascination pour les palimpsestes pour nous faire visiter le pré-texte de nos vies. Les palimpsestes, ce sont ces «textes écrits par-dessus un autre texte qui, tel un discret berceau, s'efface pour leur laisser vie». C'est en puisant dans la longue saga biblique ainsi que dans sa connaissance intime de la langue hébraïque et des profondeurs de l'âme humaine, que l'auteure donne à entendre le mystère limpide, manifeste et pourtant à peine déchiffrable qui soutient nos vies, les verticalise et les emmène toujours vers l'ouvert. Avec elle et Sarah, avec elle et Élie, Jacob, Abraham, le nom de Dieu devient le garant du peut-être, du «renversement du destin en destination». «J'ai faim de mots qu'il faut briser pour qu'ils produisent des étincelles.»