France Théoret
France Théoret
À quinze ans, forcée de s'exiler avec sa famille dans un hôtel de campagne acheté par ses parents, la narratrice voit surgir les obstacles devant son désir d'apprendre. Celle qui se promettait un avenir auquel elle accéderait par les études se retrouve dans une fiction sordide, faite de services obligatoires, de buveurs invétérés, de sorties arrangées avec des maris potentiels dans d'autres hôtels de campagne. Fille à vendre, elle ne souhaite qu'une chose : regagner Montréal et faire de sa vie une oeuvre d'art.Dans ce court mais puissant récit, France Théoret exprime toute l'emprise du patriarcat traditionnel au Québec.
Je suis politisée. Au passé et au présent, je suis une écrivaine connue pour mes prises de position, ma participation à des manifestations, ma présence à des réunions politiques, mon travail d'essayiste. Je n'ai pas été, je ne suis pas et je ne serai sans doute jamais une écrivaine qui prend la parole en public, qui se prononce à haute voix, justifie ses positions devant les autres. La parole m'a été enlevée de tout temps et m'est encore enlevée. J'ai une pensée féministe et politique que je livre par écrit. Dans Écrits au noir, France Théoret signe un parti pris d'écriture. Elle y décrit le féminisme comme une oeuvre au noir, dévoile les sources littéraires de la féminisation de la langue. Invoquant ses affinités, de Claude Gauvreau, Antonin Artaud, Hannah Arendt, Simone de Beauvoir, Gabrielle Roy à Elfriede Jelinek, elle prend position en faveur de l'engagement politique. Elle refuse la littérature intimiste et ses dérives. Par des réflexions passionnées, l'écrivaine réfute inconditionnellement les langues de bois, les pirouettes formalistes et la marée noire du bavardage.
« Je réclame partout une nouvelle esthétique. La quête d'une écriture au féminin est à la racine d'une pensée littéraire. Il doit bien y avoir une littérature de femmes née de la pensée et du corps féminin, une constante semblable à un courant littéraire. » Dans La forêt des signes, France Théoret retrace sa venue à l'écriture et la genèse de ses livres. Elle évoque les oeuvres qui l'ont marquée (Artaud, Gauvreau, Millett, Woolf, Jelinek), ses origines sociales dont elle a cherché à s'émanciper et les mouvements qui l'ont nourrie (Refus global, La Barre du jour, le militantisme et la théorie féministes). En une puissante synthèse, Théoret creuse et met au jour les principes qui fondent son projet d'une écriture au féminin.
Louise Aubert prend la décision de quitter Mathieu Lord quand celui-ci entre au parti stalinien. Quinze ans plus tard, elle lui écrit une lettre dans laquelle, avec lucidité et courage, elle ose exprimer sa vision de leur histoire commune, marquée par l'absence de partage, l'autoritarisme et la cruauté mentale, au nom de l'amour. Dans le récit qui suit cette lettre, Louise se remémore, au fil des phrases notées dans ses cahiers, chacune des séquences de sa rupture avec Mathieu et démasque la duplicité d'une avant-garde intellectuelle. Poursuivant sa quête de langage inachevée, elle raconte comment elle se réinsère dans la société, s'affranchit de la censure intérieure et trouve sa liberté de dire. La Femme du stalinien est le dernier roman d'une trilogie dont les premiers titres sont : L'Homme qui peignait Staline [1989] et Les Apparatchiks vont à la mer Noire [2004].
Cette histoire d'oppression, au sein d'une famille catholique bien pensante, met en scène des interdits et des censures. Grandeurs et misères se succèdent. En échange de l'obéissance servile de ses filles, la mère promet de les soutenir contre le père tyrannique. Alors que les ménages s'établissent à Montréal ou dans les banlieues, les parents s'installent dans un hôtel aux quatre chemins d'un village désert. Une forêt impénétrable entoure le commerce où les clients habituels ressemblent aux personnages de Hugo et de Gorki. À l'arrivée, la mère jette aux ordures les livres destinés aux enfants. Le père multiplie ses discours d'arrière-garde condamnant la vie intellectuelle. Les deux soeurs rêvent très tôt d'une idylle, la seule réussite conséquente à Saint-Colomban. La cadette trouve un mari tandis qu'Évelyne, l'aînée, poursuit de longues études contre la volonté de ses parents. « J'avais une obligation de déracinement. Mes interrogations dépassaient ma personne, j'avais à vaincre l'inertie ambiante, la somnolence collective, la pensée qui avait capitulé. »