Étienne Barilier
Étienne Barilier
Et si la mémoire n’était pas un simple stock de souvenirs, mais le ciment même de notre humanité ? Dans La mémoire, Étienne Barilier explore avec profondeur et poésie comment le passé, toujours présent, façonne notre avenir.
Le mensonge est-il un mal absolu ? Ne peut-il parfois se mettre au service d'un bien, d'une vérité supérieure ? Cette question, de saint Augustin à Vladimir Jankélévitch, en passant par Pascal ou Kant, a divisé les penseurs. Peut-être existe-t-il, dans certaines circonstances, un mensonge vertueux, voire sacrificiel. Mais ce qui est sûr, c'est que le mensonge n'abolit pas la vérité. Il l'éclaire au contraire de sa lumière noire, a au moins la vertu de la faire apparaître par contraste. Voilà cependant que notre siècle a changé tout cela, et remplacé le mensonge par ce qu'on appelle la «postvérité». On ne ment plus, on fabrique des vérités alternatives, des simulacres jetables. La réalité même, alors, se dérobe sous nos pieds. Les personnalités politiques parmi les plus déterminantes pour la marche du monde travaillent énergiquement à cette dérobade. Ce malheur est-il sans recours? À travers une brève histoire du mensonge en dialogue avec Homère, Molière ou encore Rousseau, cette lecture nous indique à la fois que la postvérité n'est pas un mensonge comme les autres, et que notre culture nous donne encore des espaces et des réserves pour résister à ses ravages.
Fils de pasteur, et de santé fragile, dans un village des années 1950, l'auteur fait du monde et de ses rudesses, mais aussi de la religion et de ses exigences, une expérience anxieuse. Dieu, appelé au chevet de l'enfant malade qu'il était alors, ne s'y est pas rendu. Soixante ans plus tard, son épouse sera victime d'une maladie mortelle, et Dieu n'aura pas cillé davantage. Cependant, cette épouse était croyante. Mais sa foi fut heureuse. Elle ne voyait pas la douleur partout, et n'en faisait pas un argument. L'amour ne lui était pas blessure. Pour elle, Dieu n'était pas absent: il suffisait d'aimer la vie. Revenant sur certains événements marquants de son existence, abordant avec simplicité de grandes questions comme celle du Mal, de la mort, de la foi ou de l'amour, Étienne Barilier nous livre ici un texte intime et lumineux, qui bouleverse et nous retient encore bien après sa lecture.
Sommes-nous dans une utopie cauchemardesque ? Dans un présent accablant ? Dans un futur certain ? Dès le début, cet étrange récit d'amour, fantastique et réaliste, immobile et fiévreux, nous place au coeur d'une énigme. Le narrateur, un jeune peintre faussaire, idéaliste et désespéré, se rend à Venise, dans le palais d'un personnage qui se prétend comte, et pour lequel il a réalisé la copie presque parfaite d'une Madone de Bellini. En récompense, il se voit offrir le spectacle de robots d'amour, de golems féminins, collectionnés par son hôte. Acceptera-t-il, en guise de salaire, l'un de ces êtres d'artifice, plus perfectionné que tous les autres - non pas une poupée-ordinateur, mais une humaine savamment décervelée, privée de toute volonté propre, éternelle car amputée de mémoire, idéalement belle car identifiée à sa beauté ? Chez le jeune homme, le désir l'emporte sur la peur et l'horreur. Il accepte le cadeau. Il va tenter de vivre, avec sa femme artificielle, l'antique rêve humain de possession totale et d'absolu. Cependant, l'« Eve future » ne comblera pas son amant. Le rêve se termine, d'une manière totalement inattendue et pourtant prévisible. En des pages où le fantastique se mêle à l'ironie, La créature met en scène, et comme en miroir, dans un vertige obsessionnel, le rêve d'esclavage et la soif de liberté, la passion de l'authentique et la fascination du faux, la conscience des limites humaines et l'impatience de ces limites. Nous sommes dans la tradition d'Hoffmann et de Villiers de l'Isle-Adam : le fantasme le plus débridé rejoint le réel, et l'invraisemblable atteint au vrai.
Borromini a été très présent aux yeux des Suisses sur leurs billets de banque, mais que sait-on de cet architecte célèbre, né près de Lugano en 1599? Cet ouvrage comble un vide. Beaucoup mieux, il prend place parmi les plus belles oeuvres que nous aura données un écrivain d'aujourd'hui. A Rome, ovp il séjournait à l'Institut suisse, Etienne Barilier se prit de ferveur pour le maître du baroque dont la vie nous est restée inconnue, à part son suicide. Du grand rival de Bernini demeurent les oeuvres. Il ne fut pas facile de percer les secrets de l'Oratoire des Philippins, de Saint-Charles-aux-Quatre- Fontaines, de Saint-Yves-de-la-Sapience¬Ö C'est par des visites assidues et des observations fascinantes qu'ont repris chair, en ces pages, de grandes figures du dix-septième siècle romain et le créateur d'une architecture éminemment personnelle. Il ne sera plus possible de fondre les travaux de Borromini dans 'le baroque', car on perçoit ici une destinée d'artiste qui va seul. Il demeure sans âge par sa passion des matières et des ordonnances constructives, mais frappé d'un respect aigu, on dirait pascalien, du limité et de l'illimité. Dans les mandats les plus contraignants il révéla son génie.
L'Europe a inventé l'idée du Beau, et posé son équivalence avec celles du Bien et du Vrai, distinguant ces trois entités pour mieux les unir, ce que ne font pas toutes les civilisations. Mais tout en défendant cette triade, l'Europe n'a cessé de la mettre en question, de Dante à Simone Weil, en passant par Goethe, Nietzsche ou Dostoïevski. Si les oeuvres d'un Richard Wagner ou d'un Louis-Ferdinand Céline sont belles, n'est-ce pas en effet de la beauté du diable ? Faut-il renoncer à cette alliance du Beau, du Vrai et du Bien, qui fonde pourtant notre identité ?
La musique dans l'exil, et la musique de l'exil. Comment l'éloignement contraint de leur terre d'origine a-t-il affecté les oeuvres des musiciens qui ont vécu cette épreuve ? C'est à cette question qu'Étienne Barilier tente de répondre dans cet ouvrage, en scrutant les oeuvres qui expriment, voire thématisent l'exil. Selon le contexte historique (insurrection polonaise, révolution russe, stalinisme, nazisme...) ou l'« issue » de leur exil, il évoque ceux pour qui cela n'a pas eu apparemment grande conséquence sur la puissance créatrice (Stravinsky, Schnberg, Milhaud) et ceux chez qui il tarit peu ou prou la veine créatrice (Rachmaninov, Bartók) ; le retour peut être plus ou moins catastrophique (Prokofiev ou, dans des circonstances tout autres, Korngold). Un exil intérieur peut être contraignant jusqu'à la mort (Chostakovitch, Weinberg, Feinberg); il a été aussi prélude à l'assassinat en camp d'extermination, et suscitant des oeuvres de résistance (Ullmann, Schulhoff). Zemlinsky, Hindemith, Kurt Weill et bien d'autres illustreront ici comment le plus immatériel des arts, la musique, peut incarner le déchirement, la séparation et la permanence d'une identité. De cette fracture intime que le XXe siècle a lestée de sa douleur propre, Étienne Barilier développe des enjeux de civilisation qui, bien au-delà de la musique, touchent durablement notre époque.
Rien ne prédisposait Noor Inayat Khan (1914-1944), délicate fille d'un soufi poète et musicien, et d'ascendance princière, à devenir opératrice radio clandestine à Paris, en 1943, pour le service secret britannique mis sur pied par Churchill afin de combattre les nazis en pays occupé. Accepter une telle tâche signifiait, presque toujours, courir à la mort. Pourquoi Noor l'a-t-elle acceptée, comment s'en est-elle acquittée ? Beaucoup redoutaient qu'elle ne soit trop fragile, trop peu fiable. Elle n'a pas confirmé ces craintes, pas même quand le démantèlement de son réseau la priva de ses camarades et décupla ses responsabilités. Elle fut cependant capturée, à la suite d'une trahison. Prisonnière, elle fit preuve d'un grand courage, notamment lors de deux audacieuses tentatives d'évasion. Ce récit serre au plus près la réalité historique, se fondant même parfois sur des documents que les biographes de Noor Inayat Kahn ont ignorés. Cependant, il tente de raconter ce que les documents ne peuvent transcrire : la vérité des personnages, amis et ennemis, et, avant tout, la vérité de cette jeune femme naïve et complexe, sacrifiant sa vie en toute innocence, en toute conscience, jusqu'au martyre.
Le roman a pour décor le Paris du XIXe siècle, oscillant entre accalmies et luttes pour la liberté. Marqué par la mort prématurée de ses parents, Louis Lefèvre est élevé par sa tante. Choyé, le garçon fait pourtant montre d'un caractère farouche et ombrageux. Très jeune, Louis manifeste un don pour la composition et se réfugie dans la musique. Séduit par un idéal de justice sociale, Louis se joint aux journées révolutionnaires de 1848 et 1871 et rêve d'y consacrer une majestueuse symphonie.Malgré un talent hors pair, Louis rechigne à rendre ses oeuvres publiques. Son trouble mental s'aggrave : quasi-aliéné, rongé par la haine de soi, il détruit ses créations. Une suite de passions tragiques creuse le gouffre de sa folie : chez lui, l'amour du beau s'accompagne de l'attrait irrésistible de la violence qui le poussera à la transgression...Étienne Barilier est essayiste, romancier (Ruiz doit mourir, Buchet-Chastel, 2014 et Les Cheveux de Lucrèce, Buchet-Chastel, 2015) et traducteur. Ses nombreux essais témoignent de son engagement dans les débats d'idées de notre temps : Contre le nouvel obscurantisme (Zoé, 1995) ; Nous autres civilisations (Zoé, 2004), ou encore Que savons-nous du monde ? (Zoé, 2012).
En 1884, le Soudan est à feu et à sang. Le Madhi, ascète mystique et chef de guerre, veut rétablir l'islam dans sa pureté. Il s'oppose à la tutelle anglo-égyptienne. Pour chasser l'occupant étranger, il assiège la capitale Khartoum. La ville est défendue par le général anglais Charles Gordon. C'est un étrange militaire, sorte de saint laïc, aimé des Khartoumois pauvres, qu'il veut protéger envers et contre tout. Peu d'Européens restent dans la ville. Un ancien communard, un trafiquant pervers, un archéologue naïf, deux femmes intrépides... La menace aiguise et révèle leur caractère. Se fondant sur un épisode historique réel, Etienne Barilier restitue le vacarme d'une ville assiégée. Il nous emporte dans un roman à la fois ample et précis, lyrique et documenté, tragique et généreux. Un récit à l'actualité saisissante : les dirigeants actuels du Soudan sont des héritiers de l'idéologie mahdiste...