Eric Perrin
Eric Perrin
Dans le cycle de l'Épopée napoléonienne, le maréchal Ney (1769-1815) occupe la place d'un Roland ou d'un Bayard. Duc d'Elchingen et prince de la Moskowa par la grâce de l'Empereur, surnommé le « brave des braves », il s'illustre par sa vaillance et par une audace pas toujours réfléchie. Déifié par la légende, Ney l'a été aussi en raison de sa fin tragique. Il est fusillé au début de la seconde Restauration, pour s'être rallié à Napoléon pendant les Cent jours, au lieu de le ramener dans une « cage de fer », ainsi qu'il l'avait promis à Louis XVIII. Le maréchal Ney rejoint, à la barre des grands procès de l'histoire de France, Louis XVI, Bazaine, Dreyfus, Pétain. Cassure politique, le procès Ney a suscité une vive polémique, habilement exploitée par les Bonapartistes, les Orléanistes et les Républicains. L'exécution du « brave des braves », un matin gris du mois de décembre 1815, au carrefour de l'Observatoire, fait oublier l'irritabilité de ce « mauvais coucheur », sa nature mobile, et cette opinion sévère de Napoléon : « Il était bon sur un champ de bataille, mais je n'aurais pas dû le nommer maréchal. » L'exploration du fonds Ney, aux Archives nationales, met en lumière, à côté de sa vaillance, les contradictions et les faiblesses du plus célèbre maréchal de Napoléon qui, à défaut d'avoir été « un esprit », fut incontestablement « un caractère ». Fils d'un modeste artisan de Sarrelouis, il manifeste de l'orgueil pour ce qu'il est, et du mépris pour ce qu'il a été. Le « Lion rouge », comme on le baptisa, rugira de colère, une ultime fois, à Waterloo, avant de faire face au peloton d'exécution.
Éric Perrin s'est attaché à démêler le vrai et le faux dans la vie de François-Eugène Vidocq, ce personnage extraordinaire, dont la légende a été complaisamment nourrie par lui-même, grâce à ses fameux Mémoires (1827-1828), par les romanciers - Balzac en tête - qu'il a fascinés, par certains de ses biographes et, en dernier lieu, par une magistrale série télévisée. Vidocq, né à Arras en 1775, mort à Paris en 1857, acquiert dans sa jeunesse quelque notoriété dans la pègre, mais plus par ses évasions de la prison de Douai - et des bagnes de Brest et Toulon - que par ses délits. Las d'être en cavale, il propose, en 1809, à la Préfecture de police de trahir ses anciens amis en échange de sa liberté. Mouchard à l'essai dans les prisons de Bicêtre et de La Force, puis lâché dans Paris, il montre une telle efficacité, une telle intelligence et une telle intuition que, au grand scandale de beaucoup de monde, il devient le premier chef de la brigade de sûreté, en 1812. Nommé sous Napoléon, il le restera sous Louis XVIII et Charles X, en dépit de multiples ennemis, et malgré les pièges qui lui sont constamment tendus pour le faire tomber. Écarté en 1827, il publie des Mémoires qui achèvent d'en faire une grande vedette de son époque, et fonde la première agence privée de renseignements, où la clientèle afflue, et dont les résultats spectaculaires lui valent les attentions de la presse, de la justice et de la police officielle jalouse de ses succès. Les policiers "honnêtes" sont exaspérés par l'ancien forçat et par ses agents, tous issus du "milieu", ce qui n'empêche par Vidocq de redevenir, sous Louis-Philippe, chef de la Sûreté. Grand policier, manipulateur, dissimulateur, provocateur, opportuniste..., il passionne les journalistes et les écrivains. Il inspire son Vautrin à Balzac, son Jean Valjean à Hugo, et fournit l'essentiel de sa matière à Eugène Sue pour "Les mystères de Paris". Grâce à un gros travail de recherche, à de nombreux documents inédits qu'il confronte aux travaux de ses prédécesseurs, et aux écrits de Vidocq, Éric Perrin apporte un nouvel éclairage sur une des personnalités les plus célèbres et les plus controversées de son temps.