Emmanuel Droit
Emmanuel Droit
Avril 1945, Berlin en ruines : la mort d'Hitler ne marque pas la fin du IIIe Reich. Emmanuel Droit révèle comment le régime nazi tente de survivre à Flensbourg, entre illusions et capitulation inévitable.
Ni complète ni irréprochable, la dénazification se donnait pour ambition de punir et de rééduquer une population allemande jugée coupable. Si cette politique publique épuratoire fut mise en oeuvre de manière différente selon les zones d'occupation, elle n'en fut pas moins vécue et partagée par des millions d'Allemands. Plus qu'une procédure politico-judiciaire, elle fut ainsi une expérience tant individuelle que collective, sociopolitique, de responsabilisation, de marginalisation et de réintégration. Dans cette enquête, Emmanuel Droit tente de cerner au plus près cette expérience majeure de l'histoire du XXe siècle. Entre exigence de transparence et volonté de soustraire certains faits aux puissances occupantes, puis aux autorités allemandes, de les passer sous silence ou de les travestir, il affronte la difficile question des liens entre vérité et histoire, mais aussi entre justice et pardon. Un travail qui fera date.
Leipzig, 1970. Derrière le rideau de fer, une famille est-allemande vit sous l’œil de la Stasi et le poids d’un régime qui contrôle tout.
30 avril 1945 : Hitler se suicide dans son bunker de la chancellerie de Berlin. Au même moment, au nord de la capitale du Reich, des unités de l'Armée rouge s'apprêtent à investir Demmin, une petite ville de Poméranie-Occidentale à la confluence de trois cours d'eau : la Peene, la Trebel et la Tollensee. En faisant exploser les trois ponts qui enjambent la ville hanséatique, les dernières unités de la Wehrmacht rendent impossible tout repli des habitants vers l'ouest de l'Allemagne. Pris au piège, terrés dans leurs caves, ces derniers attendent anxieusement l'arrivée des Soviétiques, présentés depuis des mois par la propagande nazie de Goebbels comme des "bêtes bolcheviques". Et puis tout bascule en quelques heures... Les Soviétiques transforment Demmin en un espace de violence, se livrant à des pillages et à des viols dans une ville en proie aux flammes d'un gigantesque incendie. Ce drame qui se joue à Demmin entre le 30 avril et le 4 mai 1945 est très particulier dans la mesure où ce déchaînement de violence conduit des centaines de personnes, à commencer par des femmes et des enfants en bas âge, à se suicider. Comment cette ville a-t-elle pu être le théâtre de cette "orgie de suicides" ? Ce suicide collectif a-t-il été le résultat d'un "mouvement de panique" ? A-t-il constitué de manière consciente une stratégie de sortie de guerre ? Dans quelle mesure le discours idéologique de fin du monde diffusé par les nazis a-t-il pu influencer le comportement collectif des habitants de Demmin ? En s'appuyant sur de nombreux témoignages, cette enquête historique cherche à comprendre et à donner du sens à cette "pulsion suicidaire allemande" en sortant des schémas interprétatifs globaux sur la violence de guerre.
30 avril 1945 : Hitler se suicide dans son bunker de la chancellerie de Berlin. Au même moment, au nord de la capitale du Reich, des unités de l'Armée rouge s'apprêtent à investir Demmin, une petite ville de Poméranie-Occidentale à la confluence de trois cours d'eau : la Peene, la Trebel et la Tollensee. En faisant exploser les trois ponts qui enjambent la ville hanséatique, les dernières unités de la Wehrmacht rendent impossible tout repli des habitants vers l'ouest de l'Allemagne. Pris au piège, terrés dans leurs caves, ces derniers attendent anxieusement l'arrivée des Soviétiques, présentés depuis des mois par la propagande nazie de Goebbels comme des "bêtes bolcheviques". Et puis tout bascule en quelques heures... Les Soviétiques transforment Demmin en un espace de violence, se livrant à des pillages et à des viols dans une ville en proie aux flammes d'un gigantesque incendie. Ce drame qui se joue à Demmin entre le 30 avril et le 4 mai 1945 est très particulier dans la mesure où ce déchaînement de violence conduit des centaines de personnes, à commencer par des femmes et des enfants en bas âge, à se suicider. Comment cette ville a-t-elle pu être le théâtre de cette "orgie de suicides" ? Ce suicide collectif a-t-il été le résultat d'un "mouvement de panique" ? A-t-il constitué de manière consciente une stratégie de sortie de guerre ? Dans quelle mesure le discours idéologique de fin du monde diffusé par les nazis a-t-il pu influencer le comportement collectif des habitants de Demmin ? En s'appuyant sur de nombreux témoignages, cette enquête historique cherche à comprendre et à donner du sens à cette "pulsion suicidaire allemande" en sortant des schémas interprétatifs globaux sur la violence de guerre.
Produit de la guerre froide, née de la volonté de l'URSS de coordonner l'activité des polices politiques communistes, l'Internationale tchékiste s'enracine dans une idéologie inventée au milieu des années 1920 à la mort du fondateur de la Tcheka, Felix Dzerjinski. Le tchékisme se caractérise par sa capacité de transferts vers les démocraties populaires après 1945 et par sa résilience idéologique. Si chaque police politique défendait clairement des intérêts nationaux, ces derniers pouvaient parfaitement être compatibles avec un intérêt supérieur commun à tous les pays du bloc de l'Est. Au lieu d'opposer les dimensions internationale et nationale, l'auteur les associe dans le cadre d'une analyse à l'échelle d'un espace géopolitique encore trop souvent marqué par des clichés hérités de la guerre froide.
Produit de la guerre froide, née de la volonté de l'URSS de coordonner l'activité des polices politiques communistes, l'Internationale tchékiste s'enracine dans une idéologie inventée au milieu des années 1920 à la mort du fondateur de la Tcheka, Felix Dzerjinski. Le tchékisme se caractérise par sa capacité de transferts vers les démocraties populaires après 1945 et par sa résilience idéologique. Si chaque police politique défendait clairement des intérêts nationaux, ces derniers pouvaient parfaitement être compatibles avec un intérêt supérieur commun à tous les pays du bloc de l'Est. Au lieu d'opposer les dimensions internationale et nationale, l'auteur les associe dans le cadre d'une analyse à l'échelle d'un espace géopolitique encore trop souvent marqué par des clichés hérités de la guerre froide.
Entre 1949 et 1989, la RDA fut une dictature politique dont l'ambition totalitaire était de diriger la société et de former l'homme socialiste nouveau. La police politique aux ordres du régime communiste, la Stasi, constituait l'un des fondements de la domination politique : le ministère pour la Sécurité de l'État était le " bouclier et le glaive " du Parti socialiste unifié, le SED. Cette institution conspirative ne doit pas être seulement imaginée comme une organisation secrète et répressive au-dessus de la population qui observe la " vie des autres " et s'abat sur eux de façon arbitraire. À partir des années 1960, la Stasi conçoit de plus en plus sa fonction comme une mission de protection de l'État et de la société de la RDA dans une perspective paternaliste. Elle se définit elle-même comme un acteur éducatif au même titre que l'école. En se présentant comme une instance de surveillance politique et de " disciplinarisation " de la société, elle cherche à contrôler le comportement des jeunes en les " invitant " à s'autodiscipliner, c'est-à-dire à intérioriser certaines règles de comportements. D'une certaine façon, cette police politique exerce les fonctions que s'attribuait la police ordinaire sous l'Ancien Régime, à savoir celle de gouverner les hommes. Emmanuel Droit est agrégé et docteur en histoire. Il est maître de conférences d'histoire contemporaine à l'université de Rennes 2 et chercheur associé au Centre Marc-Bloch de Berlin. Il a publié Vers l'homme nouveau ? L'éducation socialiste en RDA (1949-1989), Rennes, PUR, 2009 et, avec Sandrine Kott, Die ostdeutsche Gesellschaft, Berlin, Links, 2006.
Réfléchir à la question des sources, des temporalités et du rapport de voisinage aux autres sciences sociales, telle est l'intention commune des jeunes chercheurs français et allemands réunis dans cet ouvrage. L'histoire du temps présent (Zeitgeschichte) est restée étroitement liée à ses origines, à la nécessité, tant politico-morale que scientifique, de se saisir et de se confronter aux catastrophes du « siècle des extrêmes ». Cette nouvelle génération de chercheurs entend toutefois penser le temps présent de manière différente. Elle affronte le triple défi de l'internationalisation de l'histoire du temps présent, de la pluralité des paradigmes théoriques et d'une histoire globale émergeant mutatis mutandis comme l'horizon incontournable et comme la « norme d'excellence intellectuelle ».