Emile Blanchard
Emile Blanchard
L'histoire de la Nouvelle-Zélande, faite d'études et d'observations fort diverses qu'on n'a point encore rapprochées, offre tous les genres d'intérêt. La première page de cette histoire fut écrite, il n'y a guère plus d'un siècle ; on écrira la dernière avant la fin d'un autre siècle. Alors, en effet, tout aura changé sur les terres dont le capitaine Cook et ses compagnons firent entrevoir les aspects, dont plusieurs explorateurs présentèrent ensuite des tableaux sombres ou attrayants. Les magnifiques forêts vierges, déjà bien endommagées, seront remplacées par des herbages et des champs de céréales ; les animaux remarquables et particulièrement caractéristiques seront détruits ; les anciens possesseurs du sol, qu'on appelait les sauvages, compteront parmi les races éteintes. A la nature primitive aura succédé la vie d'une nation européenne... L'heure est bonne pour retracer les événements survenus à la Nouvelle-Zélande, - nous avons pu en connaître des témoins, - pour apprécier le caractère, les moeurs, les idées, les aptitudes d'un peuple primitif existant dans une entière indépendance, - ce peuple amoindri, refoulé entre certaines limites, modifié par le contact de la civilisation, subsiste encore, - pour décrire enfin une nature particulière qui bientôt ne laissera que des vestiges, - nous avons sous les yeux tous les éléments dont se compose cette nature.
Dans l'étude des sociétés animales, celle des sociétés de fourmis est peut-être la plus suggestive, en raison de l'intelligence surprenante de ces petits insectes. (- M. Berthelot) Des études récentes ajoutent aux notions acquises et déjà fort répandues sur les moeurs de certains animaux des détails charmants et pleins d'intérêt. Nous avons à signaler des actes ; seule, la stricte réalité les rend dignes d'attention. Il s'agit de très petites bêtes ; des chétives créatures constituent de grandes sociétés et rappellent par plus d'un trait la vie des sociétés humaines. Ainsi avons-nous à considérer des aptitudes au travail, des passions vives, des sentiments variés, des relations sociales douces ou violentes ; seule, la juste appréciation des phénomènes psychologiques peut rendre notre histoire complète et véridique. Voulant nous immiscer dans la vie privée des fourmis, ce sera le grand attrait de voir l'intelligence aux prises avec mille difficultés. C'est bien l'intelligence qu'il faut dire ; toute autre expression serait absolument fausse.
L'homme jouit de la parole, et il en use dans de larges limites ; au contraire, l'animal le plus intelligent ne possède la faculté ni de désigner des objets, ni de traduire des sensations au moyen d'un langage articulé. Sous ce rapport, entre l'homme et la bête, la démarcation est saisissante. Elle a été invoquée à toutes les époques comme preuve du rang exceptionnel de l'humanité au sein de la création. Le physiologiste reconnaît cependant chez divers animaux une voix articulée... Ce livre explore la faculté de la voix chez l'homme et les hommes.