Donatien Grau
Donatien Grau
Dix visionnaires racontent comment ils ont transformé les plus grands musées du monde. Musées vivants révèle les coulisses de ces institutions, entre héritage et révolution.
Nous écrivons l'histoire politique de l'Empire romain avec des lambeaux de texte. Nous nous fondons sur une bibliothèque lacunaire pour tisser les récits de notre civilisation. Et pourtant, nous avons à notre disposition un texte quasi intégral et qui émane directement de l'autorité impériale : la monnaie. Aucune autre entité de l'histoire humaine n'a produit un corpus aussi cohérent, aussi structuré, que l'Empire romain. Cet ouvrage entreprend, pour la première fois, de le considérer comme un texte autonome, c'est-à-dire relié aux autres formes de discours publics, notamment l'épigraphie, la glyptique et la statuaire, mais aussi appartenant à son propre espace, et surtout, presque complet. Mobilisant les derniers apports de l'histoire économique et financière des mondes anciens et de l'histoire des images, cette recherche en radicalise les leçons pour ouvrir un nouveau champ : celui de l'étude du monnayage impérial comme texte. Ce texte, par son unité conservée, permet de penser la structure même du régime impérial, et d'accéder au discours de l'Empire, à son autobiographie, au travers et au-delà de chaque règne. On découvrira dans ce livre de nouvelles approches du monnayage, sous la forme d'études de cas ; on se rendra compte de la présence, dans le monnayage même, d'une méthodologie textuelle ; on pourra lire, pour la première fois, un rassemblement de sources impériales et ainsi contredire un lieu commun trop fréquent, selon lequel le monnayage romain n'apparaissait pas dans les sources épigraphiques et littéraires. La contribution la plus importante de La mémoire numismatique de l'Empire romain, cependant, est méthodologique : en associant méthodes philologique, iconographique et analyse littéraire, c'est l'étude du discours impérial lui-même qui est ici proposée.
Cet ouvrage constitue la première étude philosophique d'une boutique qui défie le terme même de « boutique » ; elle a suscité la création d'une appellation nouvelle, qui, depuis, s'est démultipliée et répandue à travers le monde : concept store. Ce lieu porte le nom de l'adresse où il a été fondé à Milan, en 1990 : 10 Corso Como. Réunissant galerie d'art, librairie, restaurant, hôtel, espace de vente de vêtements et d'objets, il est devenu une véritable institution, et a ouvert de nouveaux sites à Pékin, Shanghai, Séoul et bientôt New York. Manifestant la vision de sa fondatrice, Carla Sozzani, figure centrale de la mode, 10 Corso Como invite à repenser les catégories que nous considérions les plus figées - le temps, le goût, la contemplation -, et à entrer dans une existence merveilleusement instable, où nous sommes rendus sensibles à toutes les choses qui existent avec nous ; un musée à ciel ouvert. Emanuele Coccia est maître de conférences à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. Il est notamment l'auteur de La Vie sensible (2010), du Bien dans les choses (2013) et de La Vie des plantes (2016), tous trois publiés chez Payot-Rivages. Donatien Grau est chargé de mission pour les programmes contemporains auprès de la présidente des musées d'Orsay et de l'Orangerie. Il a conçu l'exposition de réouverture de la Getty Villa (Los Angeles), Plato in L.A.
Cet ouvrage met au jour un pan jusqu'alors méconnu de notre littérature moderne : le roman français à sujet romain contemporain. Apparu au début du XIXe siècle, sous la plume de Madame de Staël, avec Corinne (1807), il s'est développé au travers des deux cents dernières années, avec des oeuvres aussi importantes que Madame Gervaisais des Goncourt (1869), la Rome de Zola (1896), Les Caves du Vatican de Gide (1913), ou La Modification de Michel Butor (1957). Examinant ces oeuvres clefs du répertoire français, aussi bien que d'autres textes qui firent époque, Donatien Grau s'emploie à dégager la généalogie d'un genre, suite du récit de Voyage dans une ville dont la population fut multipliée par trente pendant la période, qui passa de l'état de désert à celui de métropole moderne, et du statut de capitale des États pontificaux à celui de capitale de l'Italie unifiée. Il met en évidence une lecture française de Rome - Paris et Rome étant les seules villes jumelées l'une à l'autre. Le roman, genre anti-religieux par excellence, doit s'y confronter à l'omniprésence du catholicisme ; et la fiction doit affronter la présence étouffante de l'histoire, qui avait, pendant des générations, empêché toute fiction contemporaine. Par ce biais, il nous offre un aperçu sur un rare moment où le temps se rend sensible à lui-même, dans la Ville éternelle.
L'automne 2014, à Paris, fut marqué d'un événement artistique qui créa des débats à travers le monde : la Chocolate Factory, exposition de l'artiste californien Paul McCarthy, à la Monnaie de Paris, accompagnée, pendant quelques jours, de l'érection d'une sculpture gonflable sur la place Vendôme, Tree. On prit alors position, pour et contre cette oeuvre puissante, qui remettait en cause notre conception de l'espace public ; l'artiste fut attaqué physiquement ; et ce fut la question de la liberté de l'art, et de la liberté en elle-même, qui se trouva en jeu. Une oeuvre d'art avait ébranlé notre existence. En contrepoint des réactions qu'elle avait provoquée, l'exposition s'était aussi accompagnée d'une invitation faite au philologue Donatien Grau à concevoir, en dialogue avec l'artiste, un programme de conversations où certaines des figures les plus éminentes et les plus créatives de la vie de l'esprit français vinrent évoquer, à la Monnaie de Paris, leurs travaux, et inscrire cette oeuvre dans leur horizon. Ce livre rassemble ces paroles, à la fois réponses de pensées libres à une oeuvre exemplaire, et manifestations accessibles des recherches menées, de la numismatique à la sociologie, de l'histoire de l'art à la poésie, de la chocolaterie à la philosophie, par toutes ces figures qui vinrent ainsi s'exprimer. On y entend leurs voix, et on découvre, avec Paul McCarthy, l'extraordinaire ouverture actuelle des horizons de la pensée, en France.
Tiberius Claudius Nero naît en 37 de notre ère, arrive au pouvoir en 54 et meurt en 68, à trente et un ans. Dernier descendant d'Auguste, fils d'Agrippine, il est adopté par Claude, a Sénèque et Burrus pour conseillers, instaure un pacte social et politique ; sous son règne brûle Rome, sont persécutés pour la première fois les chrétiens, se trouve sans cesse révélée l'instabilité de l'Empire. Renversé par les militaires, il est contraint de se suicider. Ce ne sont pas ces seuls traits qui provoquent la passion. C'est la débauche, l'inceste avec la mère, le meurtre des deux épouses, les suicides imposés en série, la mise en scène d'un empereur en chanteur d'opéra, l'union avec les hommes. La figure de Néron a traversé l'histoire entière de l'Occident et inspiré au travers des siècles l'épigraphie, la numismatique, la littérature, l'art, et jusqu'au cinéma. Ce sont les péripéties de cette figure que retrace ici Donatien Grau. À l'interrogation "Qui est Néron ?", trop ambitieuse et finalement stérile du fait de l'absence de sources intimes, l'auteur préfère "Qu'est-ce que Néron ?", cherchant à démêler, plutôt que les bribes d'un savoir impossible, les fils d'une construction foisonnante et unique dans la tradition occidentale. Ce faisant, il ouvre un accès paradoxal aux arcanes de l'Occident, ses songeries les plus noires, comme ses rêves de lumière.
Tiberius Claudius Nero naît en 37 de notre ère, arrive au pouvoir en 54 et meurt en 68, à trente et un ans. Dernier descendant d'Auguste, fils d'Agrippine, il est adopté par Claude, a Sénèque et Burrus pour conseillers, instaure un pacte social et politique ; sous son règne brûle Rome, sont persécutés pour la première fois les chrétiens, se trouve sans cesse révélée l'instabilité de l'Empire. Renversé par les militaires, il est contraint de se suicider. Ce ne sont pas ces seuls traits qui provoquent la passion. C'est la débauche, l'inceste avec la mère, le meurtre des deux épouses, les suicides imposés en série, la mise en scène d'un empereur en chanteur d'opéra, l'union avec les hommes. La figure de Néron a traversé l'histoire entière de l'Occident et inspiré au travers des siècles l'épigraphie, la numismatique, la littérature, l'art, et jusqu'au cinéma. Ce sont les péripéties de cette figure que retrace ici Donatien Grau. À l'interrogation "Qui est Néron ?", trop ambitieuse et finalement stérile du fait de l'absence de sources intimes, l'auteur préfère "Qu'est-ce que Néron ?", cherchant à démêler, plutôt que les bribes d'un savoir impossible, les fils d'une construction foisonnante et unique dans la tradition occidentale. Ce faisant, il ouvre un accès paradoxal aux arcanes de l'Occident, ses songeries les plus noires, comme ses rêves de lumière.
Dans cette enquête au travers de la poésie grecque archaïque et classique, d'Homère à Platon, nous partons à la recherche des traces de ces moments originels de la création occidentale où la poésie, s'énonçant, se met en scène. On y découvre des figures de poètes dès les origines, une incarnation des plus profonds questionnements créateurs par les figures des muses et une parole poétique qui est en permanence à l'interface entre divinités et humanité, où les discours sont placés les uns contre les autres, dans leurs raisonnements et leurs contradictions. La poésie s'affirme comme l'espace commun du sacré et du profane, l'emplacement d'une parole autre, toujours mise en scène. L'ensemble du corpus canonique grec - celui-là même auquel est attribué le fondement de notre civilisation - est l'objet de cet examen : l'Iliade et l'Odyssée, la Théogonie, les Hymnes homériques, la poésie lyrique, les trois grands tragiques, Eschyle, Sophocle, Euripide, après eux le comique Aristophane, donnent à voir les oscillations d'une parole qui intègre les conditions de son énonciation et les joue dans la dramatisation de son ambition. Platon assume son rôle de sceau des poètes. La référence à des auteurs antérieurs, déjà explicite dans la poésie lyrique, est omniprésente. L'intertextualité est antique. En prenant au sérieux les textes et leurs variations, c'est à la substance même de cette parole poétique qu'il nous est donné accès.
Cette étude entreprend d'analyser, pour la première fois, la façon dont des protagonistes de l'art et de la littérature modernes intitulèrent leurs oeuvres. Si c'est au milieu du XIXe siècle que les peintres commencent à donner à leurs oeuvres des noms qui sont davantage que des titres de convention, l'histoire a commencé bien plus tôt pour les écrivains et les poètes. Des années 1890 aux années 1920, c'est le récit d'une émulation entre le mot et l'image qui est ici raconté. Mettant en parallèle et en relation les pratiques développées par Paul Gauguin et Alfred Jarry, Paul Cézanne et Émile Zola, André Gide et Henri Matisse, Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso, Francis Picabia et Tristan Tzara, André Breton et Max Ernst, Donatien Grau met au jour une polarité entre deux lignées, l'une accordant à la forme employée, poème ou tableau, toute son attention, avec un refus du contexte, l'autre voyant dans l'oeuvre d'art picturale ou littéraire une matrice politique, n'existant que dans la relation à l'espace public. Examinant aussi bien des chefs-d'oeuvre que des documents méconnus et inédits, tout en prenant en compte les cheminements individuels de chaque figure évoquée, cet ouvrage propose une nouvelle généalogie des pratiques littéraires et picturales, écrite à la lumière des titres. En effet, la nomination par les peintres et écrivains de leurs oeuvres, source de bien des inventions, se révèle être l'outil majeur qu'ils partagent : image et texte portent également des titres, et c'est un signe de la liberté de l'artiste moderne que de pouvoir les concevoir. La prise au sérieux des titres modernes pourrait bien offrir la clef de compréhension des rapports intimes entre les arts dans une époque canonique, où beaucoup reste encore à découvrir.
Il se pourrait qu’une vie ne se dise qu’à partir du moment où l’on a dit les autres. Et peut-être s’est-on ainsi davantage révélé qu’en racontant les frasques d’une existence – voire tous ses hauts faits. Composer un autoportrait, aujourd’hui, ce pourrait donc bien être abandonner le « Je », et s’essayer à sentir ce qu’il reste une fois qu’on l’a laissé de côté. Assumer que soi, c’est d’abord les autres, et que la lentille de perception des autres pourrait bien être le moi. Non pas tant le récit, mais l’exposition des relations : assumer que l’on existe essentiellement dans les interstices, et non dans l’affirmation brutale d’une parole. C’est ainsi qu’il faut vivre. En assumant ce caractère liquide, il devient possible de se réinventer sans cesse, de croire toujours au miracle qui surviendra le lendemain. Le Je, c’est le texte qui fait glisser les figures les unes vers les autres et les unit, alors que, sans le texte, sans le Je, rien ne les aurait réunies. Tel est le miracle des rencontres.
Puisant ses sources aussi bien aux origines de la pensée occidentale, de Platon à la Renaissance, que dans l'art, la littérature, la philosophie et les séries télévisées d'aujourd'hui, cet essai invite à repenser notre quotidien dans une époque où on n'a jamais autant lu et écrit- mais où, paradoxalement, les livres ne forment plus qu'une partie minoritaire de cette vaste bibliothèque à ciel ouvert qu'est notre monde. A rebours d'un pessimisme ambiant qui prêche la fin de la lecture, Donatien Grau rappelle l'omniprésence du texte dans notre vie : sur internet, nos téléphones, nos ordinateur mais aussi sur les murs ou au travail. Difficile d'imaginer une journée sans lire... Pourtant, enfermés dans notre univers digital, nous avons cru à la nouveauté radicale de notre temps. Un temps où la lecture et l'écriture seraient devenues le pré-carré de quelques professionnels. Il n'en n'est rien et tout l'enjeu de cet essai est de retracer l'histoire de ce malentendu, de revenir sur l'opposition stérile fixée par la tradition entre philologie et philosophie, et de mettre en évidence des cas contemporains de lecture hors des livres mêmes. Peut-être alors pourrons-nous de mieux appréhender le sentiment de perte, d'abandon, de désarroi qui s'est imposé dans nos existences. Une existence où la séparation entre haute culture et culture populaire n'a en soi plus de sens, mais où les grandes oeuvres demeurent.
"D'autres pourraient proposer des récits différents, et j'aimerais qu'avec leurs connaissances, l'intersection de leur vie avec celle d'Azzedine, dont il avait su discerner bien avant tout autre combien elle serait fructueuse, ils écrivent une pièce de la Vie Alaïa. Mon métier d'historien m'a appris que, si l'on croit en la biographie, une personne, quand elle meurt, est à jamais inconnaissable en elle-même - si tant est que l'on puisse jamais connaître quiconque -, surtout si elle n'a laissé aucun discours, pas de mémoires. Azzedine, climatique, couturier, ne l'a pas fait. J'ai ici rassemblé quelques pièces, en témoin. L'inventaire de la Fondation, complet de tout y compris du plus modeste, permettra de compléter, d'en dire davantage sur cette vie au nom d'un homme qui la donna à toutes." Donatien Grau
La littérature française est connue, et critiquée, dans le monde entier, pour être une littérature du Moi. Que l'on mette en cause le narcissisme de ses écrivains ou que l'on loue la finesse de leurs analyses psychologiques, on n'échappe pas, dans l'examen de la création, à ce constat et à cette question. Or, à la légitimation de cette littérature conçue comme écriture de soi, un modèle a été donné : Marcel Proust. Et un moment fondateur a été assigné : le Contre Sainte-Beuve, ce recueil de textes publiés plus de trente ans après la mort de l'auteur d'A la recherche du temps perdu. Donatien Grau revient, ici, sur ce moment décisif et qui se révèle, à l'examen, plus trouble, paradoxal, mystérieux, que ne l'ont dit des générations de commentateurs. En rouvrant ce dossier que Proust avait gardé secret, en déployant toute son énigmatique complexité, il ouvre la voie à un renouvellement d'ensemble de notre pensée sur la littérature.