Didier Decoin
Didier Decoin
20 juin 1791, une nuit qui aurait pu changer l’Histoire : Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants s’enfuient des Tuileries, croyant gagner la liberté.
1976 : Romilly-sur-Seine (Aube). Béatrice Saubin, 16 ans, est déclarée bonne pour la vie active par le conseil des professeurs de son lycée. pour le coup, elle va s'activer. Voyager. Avec une copine, elle part pour l'Italie. Joyeuse et libre Béatrice. Madame Michelot, sa grand-mère, chez qui elle vit depuis toujours, a eu la nuit du départ de sa petite-fille un pressentiment. Quelque chose de maudit s'est agrippé au wagon de Béatrice, qui ne la lâchera plus. 1980 : Penang, Malaisie. Béatrice, 20 ans, est arrêtée pour trafic de drogue. Au terme d'un procès retentissant, accrochée aux bras de Soeur Nicole Cardon, elle s'entend signifier, avant de s'écrouler, sa condamnation à mort par pendaison. Elle entre dans le quartier des condamnées à mort. 1982 : Cour Fédérale de Kuala Lumpur, Malaisie. Paul Lombard, l'un des plus grands avocats français, réussit, en quelques heures d'un suspense hallucinant, à sauver Béatrice de la corde. Sa peine est commuée en détention à perpétuité. 1984 : Roissy. Didier Decoin s'envole pour la Malaisie. Depuis des mois, il poursuit son enquête sur Béatrice Saubin. Il a rencontré sa grand-mère, sa mère, ses amis. Il a reconstitué l'itinéraire de la jeune fille depuis son départ de Romilly. Il lui reste maintenant à découvrir le théâtre du drame et à la rencontrer - elle. Il revient avec une intime conviction : Béatrice est innocente. Aujourd'hui, la vie de Béatrice Saubin cesse d'être une aventure vertigineuse pour devenir l'Affaire Saubin. Ce livre, cette histoire vraie, pour tout dire. Et la sauver.
Marie Stuart, reine d'Écosse après avoir été une très brève reine de France, mourut décapitée. Et ce fut, nous dit la chronique du temps, une mort très hideuse. Or, étrangement, la mémoire collective a triché avec la vérité. Elle a fait de ce supplice un moment de grandeur, et de cette condamnée usée par l'âge, la détention et la haine, une éternelle et ravissante jeune fille dans le souvenir des hommes. La dernière nuit raconte ainsi comment Marie Stuart, au milieu des femmes navrées qui l'assistaient, s'est préparée à devenir une légende - et comment elle y réussit. Malgré les châteaux et les chevauchées, les batailles et les meurtres, j'ai choisi d'écrire ce texte comme on enlumine une miniature. Pour célébrer les merveilleuses manigances de Marie au cours de sa dernière nuit, je me suis inventé une écriture à la fois fragile et éblouie. Une écriture pour moi unique, en ce sens qu'elle ne pourra jamais servir que cette seule histoire. D'où la tendresse très particulière que j'ai pour ce texte, et ma joie de le voir réédité. Après avoir été adaptée pour la télévision et le théâtre, La dernière nuit devait, je crois, retrouver sa première robe de bal : l'encre et le papier, et la complicité des lecteurs. Didier Decoin
Derrière le célèbre conteur Hans Christian Andersen se cache un homme aussi drôle que mystérieux. Didier Decoin nous révèle ses secrets, entre anecdotes savoureuses et portraits intimes, pour un voyage littéraire aussi instructif qu’enchanté.
Ce roman s'inspire d'une histoire vraie. Un soir de mars 1944 en Caroline du Sud, État ségrégationniste alors sous l'emprise du Ku Klux Klan, deux petites filles blanches prennent leur vélo pour aller cueillir des maypops, une variété de passiflore aux couleurs éclatantes. On retrouvera leurs corps sans vie dans un marécage d'eau croupie. Georges Stinney Jr., un jeune Noir de quatorze ans, a eu le malheur d'être le dernier à leur adresser la parole. Le garçon est accusé, condamné sans preuves après un simulacre de procès et exécuté deux mois plus tard sur la chaise électrique. Soixante-dix ans après, le procès sera réouvert. Didier Decoin, que les faits divers ont toujours inspiré, nous emmène à la suite de la juge Lucy Mc Gillish, chargée d'étudier la révision éventuelle du jugement, et de son greffier noir, Goliath, dans la ville d'Alcolu où l'odeur des marais prend à la gorge. Qui a tué les deux innocentes fillettes ? Qui avait intérêt à juger en toute hâte l'enfant d'une famille pauvre ? Voluptueuse et imagée, la langue du romancier nous transporte du paradis des maypops à l'enfer du petit George.
Empire du Japon, époque Heian, XIIe siècle. Après le décès brutal de son mari Katsuro, pêcheur de carpes et fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, Miyuki doit prendre sa place pour porter jusqu'à la capitale les beaux poissons aux écailles éclatantes. Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, Miyuki quitte pour la première fois son village et entreprend un périple à travers forêts et montagnes. Sur son chemin elle passera de temple en maison de rendez-vous, elle affrontera orages et séismes, la trahison des brigands et la cruauté des mères maquerelles, mais aussi la fureur des kappa, montres aquatiques qui jaillissent de l'eau pour dévorer les entrailles des voyageurs... Avec force et poésie, encre et couleurs, redécouvrez l'immense roman de Didier Decoin et son héroïne inoubliable Miyuki.
Certains ne font jamais rien comme les autres. Le jeune poulain O'Contraire est de ceux-là. Mais il arrive un jour où le plus farfelu devient le plus sérieux, où le plus faible devient le plus fort. Et O'Contraire, en marchant à reculons, va sauver les autres chevaux du haras : ceux qui toute leur vie n'ont appris qu'à marcher droit devant eux.
Nous sommes à Bizerte, en Tunisie, janvier 1921, sous le protectorat français. La vie serait presque douce pour le jeune docker du port de Bizerte, Tarik Aït Mokhtari, nageur longiligne et musculeux, s'il ne s'était heurté un matin, dans sa ligne de nage, à un obstacle infranchissable : il ne le sait pas encore, mais il s'agit d'un croiseur de bataille, survivant de la flotte impériale russe qui fuit l'irréversible et sanglante poussée des « rouges » et transporte à son bord toute une population d'exilés, de « blancs » aristocrates désormais appauvris, bousculés par le vent de l'histoire. Mais il ignore la guerre qui divise la Russie. Il vit à Bizerte, il est beau et pauvre, il a une soeur désirable, une mère veuve.Ce destroyer est-il « maskoun » ? Hanté, habité par un djinn, infréquentable pour le docker aux longs cils ? D'où vient le navire fantôme couleur d'âme grise ? Quel est son nom ? Que cherche-t-il à fuir ? Quelles horribles scènes de pogroms, de fermes incendiées quand les soviets lancent « le coq rouge », pillent, tranchent au sabre et fusillent, quelles images hantent à jamais les passagers du Georguii Pobiedonossetz ? Depuis le 18 décembre 1920, les Russes sont confinés à bord des bateaux de guerre en rade de Bizerte. Des prisonniers flottants. Tarik aurait été avisé d'en rester là. Mais, comme le chant d'une sirène, le docker entend soudain la voix d'une jeune femme, une voix de théâtre, et il aperçoit, chatoyante, sa robe de mousseline blanche, gonfler sur le pont du navire.A l'instant il en est captif.Yelena Maksimovna Mannenkhova, fille unique d'un riche baron, personnage qu'on dirait issue de La Cerisaie, a la beauté fragile d'une porcelaine qui va se briser. Chaperonnée par sa tante Sofia, elle fuit la même horreur que toute une classe sociale gisant sans pouvoir s'en libérer dans les coursives d'un navire qui sera leur prison, et peut-être leur destin. Tarik parviendra-t-il à la rencontrer ? Avant que le cosaque Bissenko ne tranche la blanche gorge de notre héroïne ? Avant que la soeur du docker ne se marie ? Avant que le monde ne referme les rideaux d'un théâtre pourpre sang sur ces deux innocents ? Vivront-ils ?
Didier Decoin nous rappelle que la Bible en fait est une bibliothèque, que chacune de ses deux grandes parties, l'ancien et le nouveau testament se compose d'écrits forts différents et qui nous parlent de la destinée humaine.
" Vingt-deux ans après sa première publication, ai-je un mot à ajouter ou à retrancher à Il fait Dieu? Non. Même si, depuis, j'ai largement avancé dans mon âge d'homme, l'éblouissement de cette " rencontre " ne s'est pas fané. Il y a des choses trop fortes pour être dites avec d'autres mots que ceux de la toute première émotion. D'ailleurs, le " temps " de Dieu n'oscille pas du jour à la nuit, du soleil au brouillard: quand il fait Dieu, c'est pour toujours. Mais si Dieu résiste à toute usure, les livres meurent. Celui-ci était devenu introuvable, alors même que de nombreux croyants _ et incroyants _ le réclamaient. C'est pour ces nouveaux lecteurs que j'ai accepté cette réédition sans retouches. " Didier Decoin juin 1997 Prix Goncourt 1977 pour John l'Enfer, Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie Goncourt, est l'auteur d'une oeuvre considérable. On peut citer, parmi ses plus grands succès, Abraham de Brooklyn, La Femme de chambre du Titanic et La Promeneuse d'oiseaux.
Antoine Dessangles a posé son stylo : c'est fini, il n'écrira plus. Mais personne ne le sait. Surtout pas sa femme et son éditeur auxquels il continue de jouer, non sans une certaine allégresse, la comédie du romancier. Pour l'écrivain repenti, seuls comptent désormais les héros de la vraie vie : la jeune fille amoureuse, le boxeur de Valenciennes, l'hôtesse de l'air, le plagiste de Biarritz. Antoine les repère, les suit, entre en clandestinité pour observer ce qu'ils deviennent après la rupture, après le combat, après que l'avion s'est posé et que la plage s'est vidée en glissant dans l'arrière-saison. C'est ce qu'il appelle collectionner les après. Jusqu'au jour où il part pour New York afin de s'offrir ce qu'il croit devoir être le chef-d'œuvre de sa collection, le plus poignant de tous les après : la douleur de madame Seyerling, une Noire dont la fille a été condamnée pour meurtre et exécutée. Dans un New York encore inviolé, Antoine pénètre comme par effraction dans la vie de cette mère d'une force et d'une fragilité mystérieuses. Une vie qui cache un étonnant secret dont la découverte va faire passer l'écrivain voyeur du rôle de témoin intrigué à celui d'acteur bouleversé. Après Abrabam de Brooklyn et John l'Enfer, Didier Decoin retourne à New York pour traquer la vérité de nos existences. Mais les tragédies de l'Histoire sont, elles aussi, du voyage.
"Les gens ne t'aiment pas pour de bon, Marie. Enfin, si, ils t'aiment. Mais comme une prière. Pas comme une vivante. C'est ma différence. Peut-être choquante, scandaleuse et coupable. M'en fous, d'ailleurs. Je ne rugis pas ce livre pour faire bonne impression. Dis, je ne vais pas me mettre à glapir en public le contraire de ce que je te murmure en secret ? Le chrétien en moi n'a pas squatterisé toute ma nature d'homme. J'ai été créé charnel, charnel j'existe, charnel je mourrai. C'est vêtu de peau d'homme, ma jolie jeune fille du Ciel, que je m'effondre à tes genoux." Didier Decoin
Empire du Japon, époque Heian, xiie siècle. Être le meilleur pêcheur de carpes, fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, n'empêche pas Katsuro de se noyer. C'est alors à sa jeune veuve, Miyuki, de le remplacer pour porter jusqu'à la capitale les carpes arrachées aux remous de la rivière Kusagawa.Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, riche seulement de quelques poignées de riz, Miyuki entreprend un périple de plusieurs centaines de kilomètres à travers forêts et montagnes, passant de temple en maison de rendez-vous, affrontant les orages et les séismes, les attaques de brigands et les trahisons de ses compagnons de route, la cruauté des maquerelles et la fureur des kappa, monstres aquatiques qui jaillissent de l'eau pour dévorer les entrailles des voyageurs. Mais la mémoire des heures éblouissantes vécues avec l'homme qu'elle a tant aimé, et dont elle est certaine qu'il chemine à ses côtés, donnera à Miyuki le pouvoir de surmonter les tribulations les plus insolites, et de rendre tout son prestige au vieux maître du Bureau des Jardins et des Étangs.
Didier Decoin raconte sa passion pour le monde des fait divers, leur environnement, leurs langages, leurs tics et leur manies, leurs accessoires, de la malle sanglante aux machines à écrire Underwood, tous ces terrains vagues où ils aiment à éclore et à proliférer : les arcanes de la police, de la justice, des médecins et des bourreaux -qui parfois sont interchangeables-.
1880, dans l'île anglo-normande d'Alderney. Parce qu'un accident a réduit sa voix à un murmure et l'isole des autres jeunes filles. Sarah McNeill passe le plus clair de son temps à courir les landes sauvages. C'est dans cette solitude qu'elle découvre l'histoire de lady Jane, qui, pendant un quart de siècle, espéra contre toute raison le retour de son mari, John Franklin, disparu au cours d'une expédition polaire. Un soir de bal. Sarah rencontre Gaudion, un maraîcher breton faisant route vers l'Angleterre et dont la goélette chargée d'oignons s'est échouée sur le rivage. Le temps que la mer remonte, tous deux vont connaître une telle passion qu'à la fin de cette nuit unique la petite paysanne comprend que l'homme aux mains de géant est l'amour de sa vie. "Je désire, écrit-elle à lady Jane, dont elle a décidé d'imiter l'extraordinaire fidélité, que vous m'expliquiez comment on peut aimer comme ça, c'est-à-dire comme vous. C'est la manière dont je voudrais être capable d'aimer moi aussi." Et Sarah de s'élancer à la recherche de Gaudion. D'abord sur les docks de Londres, où elle survit en livrant des oiseaux naturalisés aux clients d'un étrange empailleur, puis sur les côtes de Normandie, où une société brillante mais cruelle s'adonne à la nouvelle mode des bains de mer. Aucune déchéance, pas même celle de la prison, ne fera renoncer Sarah à la quête éperdue de son amour. Alors, ébranlé par tant d'obstination, le destin finira peut-être par céder.
Joanne Guiberry a quarante ans, un modeste salon de coiffure à Saint-Pierre-et-Miquelon, une bouteille de whisky fétiche héritée d'Al Capone, une mère qui vole des petites cuillers dans les bars. Deux fois l'an, à chaque solstice, Joanne s'envole au septième ciel en compagnie de son amant, un voyageur de commerce américain. Deux fois l'an aussi, de l'autre côté de la mer, sur les rives de l'immense fleuve Saint-Laurent, trois cent mille oies des neiges se posent dans un bruit de tonnerre pour quelques semaines de festin pendant leur migration. Comme une passerelle entre le temps des solstices et le temps des oiseaux, il y a Manon, une fille de vingt ans, étudiante et ravissante, escortée d'une grande oie blessée : Louise. Chacune à sa façon, Manon et Louise vont faire l'expérience de l'amour. Et, d'une manière plus exceptionnelle, l'expérience de la mort. En passant du fleuve à l'océan, du cap Tourmente aux brouillards du petit archipel français qui dévisage l'Amérique, Manon et son oie sauvage vont apporter à Joanne un nouvel élan vers la liberté, une nouvelle idée du bonheur. Et peut-être une révélation : imaginons que la vie ne soit pas tout à fait ce qu'on croit, imaginons qu'elle soit beaucoup plus étonnante... D. D.
Tout commence par un massacre d'Indiens en décembre 1890 dans le Dakota du Sud. Jayson Flannery, un photographe anglais veuf de son état, recueille une petite fille de trois ans dont la mère a été victime du massacre. Il songe bien sûr à confier Emily à un orphelinat, s'apprête à reprendre son paquebot pour l'Angleterre, mais il ne repartira pas seul et décide d'enlever la petite Emily aux soeurs qui l'ont prise en charge. On les retrouve tous les deux dans un manoir du Yorkshire où Jayson a toujours vécu. Emily grandit, va à l'école, apprend à lire. Tous dans le village se posent mille questions à son sujet. Jayson l'a-t-il adoptée, kidnappée ? Viendra-t-on un jour la chercher ? Un policier mène son enquête, s'obstine et s'entête à rechercher les véritables origines d'Emily. Jayson comprend bientôt que, s'il veut donner une véritable identité à son Indienne d'Emily et donc des papiers et donc une appartenance sociale, il n'a d'autre choix que celui de l'épouser. Le mariage sera grandiose et mettra fin à la suspicion de tous, y compris celle du policier. Emily rêvait d'un cheval, dans sa corbeille de noces elle trouve une bicyclette. Jayson ne pouvait imaginer que ce cadeau de mariage allait changer la destinée d'Emily. Elle commence par rouler pendant des heures, puis pendant des jours, puis pendant des nuits. Au terme de ses randonnées, elle fait une découverte spectaculaire : deux fillettes de quatorze et seize ans dans un village lointain prétendent fréquenter des fées au bord d'une rivière. Tout le monde a envie de les croire, Emily la première. Le père des jeunes filles, lui aussi photographe, demande à ses enfants de photographier la preuve de ce qu'elles avancent. Les fillettes s'exécutent et rapportent cinq clichés stupéfiants. Le village où a grandi Emily avait des doutes sur sa véritable identité, l'Angleterre toute entière va se diviser en croyants et non-croyants de l'existence des fées. Dans cette Angleterre qui entre dans les années folles de l'après-Première Guerre mondiale vieillit Sir Conan Doyle, qui se console et se passionne jusqu'à l'obsession pour le spiritisme. Cette fabuleuse histoire de fées tombe si bien dans sa vie. Il y croira dur comme fer, en fera son dernier combat et entraînera Emily dans la protection de la vérité et des mensonges des petites filles. Hélas, il y a toujours une vérité, aussi parfois vaut-il mieux la taire.
Catherine Kitty Genovese n'aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le quartier de Queens à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain : « Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle. » On arrête peu de temps après Winston Moseley, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie d'à peine trente ans. Mais savait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d'une demi-heure, et surtout, que trente-huit témoins hommes et femmes, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n'est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l'indifférent ? A la fois récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, traversée d'un New York insalubre et résurrection d'une victime, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.
Oui, la vie dHenri Decoin valait bien un roman. Et elle valait bien un roman de son fils. On na pas retenu de Decoin père quil avait été dans sa jeunesse, recordman de France de natation et sélectionné pour les Jeux olympiques de 1912. On ne se souvient plus de lui comme ayant fait partie de lescadrille de Guynemer durant la Première Guerre mondiale. Cest pourtant durant la Grande Guerre quHenri Decoin se met à écrire des nouvelles. Démobilisé, il se lance dans une carrière de journaliste sportif puis dans le cinéma et cest avec sa deuxième femme, Danielle Darrieux quil a épousée en 1935 quil commence à connaître le vrai succès. Le couple ayant signé un contrat avec Universal (elle comme actrice, lui comme superviseur ), ils partent tous deux aux Etats-Unis fin 1937. Parce que cela fait plus américain, Henri fait place à « Henry ». De retour en France, ses films jusque-là plutôt légers deviennent plus noirs, plus profonds, des films qui pour certains deviendront de vrais chef-duvres du patrimoine cinématographique français : La Vérité sur bébé Donge (1952), Razzia sur la Schnouf (1955)... De la vie de ce père au destin exceptionnel, Didier Decoin a fait un roman où tout est vrai. Un livre irrésistible, drôle, sensible. Un livre dans lequel transparaît léblouissante personnalité dHenri Decoin et le formidable amour que lui voue son fils.
Là-haut, tout au bout de la France, c'est la Hague, terre de granits et de landes fauves, qui poignarde l'une des mers les plus dangereuses du monde. Babe Ozouf, Catherine et Carole sont filles de la Hague. Leur saga - qui s'étend sur trois générations - est scandée par un même geste, un acte que l'amour inspire : faire naître la lumière et le feu dans la nuit. Par trois fois, ce geste simple et fatal provoquera un naufrage : naufrage de navires et naufrage de trois destins. Emmenée par deux gendarmes, Babe Ozouf va vivre une mise à l'épreuve qui sera aussi une délivrance. Sa fille Catherine, mariée à quinze ans, connaîtra l'exil, de l'autre côté de l'océan. Et Carole, la fille de Catherine, sera irrésistiblement rappelée vers cette falaise, lieu de rencontre avec la nuit et le brouillard. Trois hommes traverseront la vie de ces jeunes femmes : Michael Bernstein, le pianiste ; le peintre Louis Asfrid et le mystérieux Recruteur qui hante les quais de Liverpool. Ils apprendront que l'amour est aussi ce calme effrayant qui précède et annonce les tempêtes. "La Hague, dit l'auteur, ne m'a pas inspiré ce roman : elle me l'a imposé. Je l'ai écrit dans la solitude, le tumulte et la passion, à l'image du pays étrange qui l'a fait surgir."
Un monde naissait dans Abraham de Brooklyn (prix des Libraires) de Didier Decoin. Aujourd'hui dans Ceux qui vont s'aimer, c'est la décadence d'un monde ou plutôt d'une civilisation qui est en cause. L'auteur nous raconte avec allégresse les mésaventures d'un jeune voleur du nom de Scynos épris d'une adolescente, Mylena, entrevue lors de son enfance, de nuit, sous les toits d'Athènes. Un vieillard, Atagoras, amoureux du bonheur de vivre, va tenter la plus grande aventure de sa vie avec le couple exemplaire de Scynos et de Mylena qui, dans la désenchantement d'un univers soucieux de ses vices, de sa grandeur, de son soleil, s'unira, au bout d'un long périple, heureux et malheureux, dans cette maison unique faite sur les plans d'Atagoras. On voit survivre la grandeur et la servitude de la Grèce, les raisons de vivre et de mourrir de tout un peuple qui porte à sa bouche les olives de sa branche d'olivier.
Ariane a dix-sept ans. Ariane est enceinte. Ariane est seule. Seule au milieu du jardin de Normandie où ses parents l'ont exilée, pour cause de calme. Seule face à Flora, la grand-mère pour qui elle n'est binetôt plus qu'un cas médical. Seule avec le docteur Maleaux, aux mains qui tremblent, et dont la science s'effrite avec l'émotion. Seule avec lui dans son ventre. Lui, dont elle ne peut se séparer, jamais, pas même le temps de reprendre son souffle. Seule parce que le couple était impossible, et que c'est une petite fille non accompagnée qui se présente au rendez-vous de "La mise au monde". Et d'Ariane, finalement, ne peut naître qu'Ariane. Didier Decoin, né en 1945, est journaliste et scénariste (pour Marcel Carné et Henri Verneuil). Il est l'auteur d'une vingtaine de romans dont John l'enfer, prix Goncourt 1977, et La Femme de chambre du Titanic, disponibles en Points.
Dans la cour d'un hôpital, le regard d'un jeune homme croise celui d'une petite fille de treize ans. Et plus rien ne compte : ni la leucémie de la petite fille, ni les doutes du médecin incapable de la sauver, ni le cri de la mère - un cri qui se résume par une fuite. Il ne reste en définitive que cela : l'amour immense d'un homme pour une petite fille qui saute à la corde entre la vie et la mort, entre l'innocence et l'impureté. Un amour aussi furieux que le typhon qui s'abat sur cette ville du sud des Etats-Unis où tout a commencé et où tout s'achèvera dans un souffle d'enfant. Didier Decoin confirme ici un talent fait de rigueur et de pouvoir d'envoûtement.
Triomphante, folle de ses richesses, de sa démesure et de ses rêves, New York se délabre pourtant, rongée de l'intérieur. John L'Enfer, le Cheyenne insensible au vertige, s'en rend bien compte du haut des gratte-ciel dont il lave les vitres. Il reconnaît, malgré les lumières scintillantes des quartiers de luxe, malgré l'opacité du béton des ghettos de misère, les signes avant-coureurs de la chute de la plus étonnante ville du monde : des immeubles sont laissés à l'abandon, des maisons tombent en poussière, des chiens s'enfuient vers les montagnes proches... Devenu chômeur, l'Indien rencontre deux compagnons d'errance : Dorothy Kayne, jeune sociologue qu'un accident a rendue momentanément aveugle, et qu'effraye cette nuit soudaine ; et Ashton Mysha, Juif hanté par sa Pologne natale, qui vit ici son ultime exil. Trois destins se croisent ainsi dans New York l'orgueilleuse, New York dont seul John L'Enfer pressent l'agonie. Trois amours se font et se défont dans ce roman de l'attirance et de la répulsion, de l'opulence et du dénuement. Abraham de Brooklyn chantait la naissance de New York. Avec John L'Enfer, voici venu le temps de l'apocalypse. L'apocalypse possible dès aujourd'hui d'une cité fascinante et secrète, peuplée de dieux ébranlés et d'épaves qui survivent comme elles peuvent dans le fracas et les passions. Prix Goncourt en 1977.
Simon est ouvrier sur le chantier du pont de Brooklyn. Le soir, il traîne son ennui le long des docks. Il y rencontre Kate, évadée du pénitencier. À 20 ans, cette jeune fille étrange et mutique ressemble à une gamine. Simon tombe amoureux, d'un amour chaste, mystique ; il la croit pure, veut la sauver. Il quitte Brooklyn, cet enfer de poutrelles et de boue, pour l'emmener dans l'Ouest. Didier Decoin, né en 1945, est journaliste et scénariste (pour Marcel Carné et Henri Verneuil). Il est l'auteur d'une vingtaine de romans dont John l'enfer, prix Goncourt 1977, et La Femme de chambre du Titanic, disponibles en Points. " Un livre net, sûr, fort, beau. Un vrai roman. " Elle Prix des Libraires 1972
"Un récit fiévreux, agité et sensuel [...] Didier Decoin est irrésistiblement romancier." François Nourissier, le Point "Un très grand bouquin d'aujourd'hui, à hauteur d'homme, entre deux infinis..." Jean David, VSD "Sans doute le meilleur roman de Decoin après John l'Enfer." André Clavel, l'Evénement du jeudi
Elle s'appelle Shane. Elle a quatorze ans, des jambes de faon et cinq chemises blanches. Des chemises d'homme, celles de son père, Greg Orwell, amiral de l'US Navy, tué à Pearl Harbor. Didier Decoin a mené Shane en enfer, sur l'île de Kawan : les rivages de la mer de Chine au début de 1942, au plus fort de l'offensive japonaise, c'était l'enfer en effet. Et c'est dans ce décor d'apocalypse que l'histoire de la petite fille américaine va se transformer en une véritable épopée.
Ils sont cinq, dans une cabane en planches, à juger l'Amour. A huis-clos. L'Amour qu'ils ont fait comparaître sous la forme de cette fille-giboulée, imprévisible, touchante, et de François, l'enfant de 20 ans, qui joue sa vie et sa raison. De l'Instruction au Verdict, ils auront tout connu des choses étranges de l'Amour. Le désir d'un Autre, le désir tout court, les bonheurs vagues et les chagrins qui n'en finissent pas.Le procès à l'amour, ce n'est ni un jeu, ni une mascarade. Mais une cérémonie, impitoyable et violente. A preuve ce corps disloqué, sur un trottoir, et qu'une ambulance emporte au petit matin.Le procès à l'amour : une mise en garde ? Une révolte ? Une invitation ?Roman d'actualité des jeunes en face de la passion quand le diable est dans leur corps. Les adultes seront surpris et certainement bouleversés de cette mise à nu qu'ils ne peuvent soupçonner même chez les leurs, car les enfants de 20 ans sont toujours discrets et pudiques quand ils s'affrontent, même dans l'affolement, avec les premières révélations de l'amour.
"c'est un véritable conte de Noël qu'a inventé Didier Decoin en écrivant Un policeman. il se révèle à la fois policier, amoureux, vagabond, plein de douleur, de tendresse et d'enfance. Tout se passe à Londres et dans la campagne anglaise. Aussi pense-t-on à Dickens et à ses enfants menacés." Kléber Haedens. "Il est parmi les très rare jeunes romanciers qui nous parlent de leur monde personnel avec assez de clarté et de conviction pour nous obliger à interroger le nôtre." Robert Kanters.
Dieu peut-il tomber amoureux ? Une jeune fille peut-elle se prendre pour une sainte et céder à un homme ? Elisbeth, femme-enfant, entre au couvent. Devant la porte retombée, le docteur Paul Chevrier relève le défi qui consiste à la reprendre à Dieu. Il y parvient et, bientôt, dans la nuit qui descend sur la Grande-Chartreuse, Elisabeth se donne, puisque tel est l'essentiel de sa vie : se donner... Mais Paul a oublié ce cri de Claudel : "Il y a Dieu, qui est le plus fort !" Elisabeth est d'abord une histoire d'amour : Dieu et un homme se disputent le corps et l'âme d'une adolescente, en un combat douteux mais tendre et violent. Ce roman fait vivre aussi deux types de chrétiens : ceux qui veulent rendre Dieu rationnel, et ceux qui veulent continuer de s'émerveiller. En ce sens, ce roman est peut-être une prise de position dans la "remise en question" qui déchire l'Eglise d'aujourd'hui.
" Voilà l'histoire d'un amour si étrange, dit l'auteur, que je n'étais pas sûr d'oser jamais l'écrire. Mais l'envie de raconter aura été plus forte que mes pudeurs. Raconter la passion qui, durant l'année 1912 – l'année du Titanic –, a entraîné un docker de cinquante-deux ans, Horty, et Marie Diotret, une très jeune femme de chambre du transatlantique, dans un monde qui n'était pas fait pour eux. " Dans le sillage d'Horthy et de Marie, de la taverne de la Tête d'Écaille aux quais mouillés de Southampton, des terrains vagues de New York aux lacs rêvés de l'État du Maine, des lumières du Grand Théâtre à la nuit des docks où rodent amants et assassins, cette " extrême histoire d'amour " met en image Zoé, la petite épouse rouquine et patiente qui attend qu'Horty rentre enfin à la maison ; Zeppe, le garçon de cirque qui croit pouvoir tirer fortune de l'amour d'Horty pour Marie ; la trop fragile Aïcha à qui le destin ne laissera même pas le temps d'apprendre à compter jusqu'à onze ; Sciarfoni, le lamaneur qui gîte comme une bête sauvage sous une grand barque renversée ; Maureen, la voleuse de bijoux qui opère dans les théâtres de Drury Lane ; et tout le peuple du port – dockers, soutiers, filles de joies, riches voyageurs, émigrants misérables... Le roman à la fois le plus imaginaire et le plus vrai de l'auteur d'Abraham de Brooklyn et de John l'Enfer.
Allemagne, 1945. L'exécuteur en chef du Royaume Britannique, envoyé en mission, pend la gardienne de camps nazis Irma Grese. Même s'il éprouve un réel dégoût à exécuter des femmes, surtout si elles sont jeunes et jolies, le bourreau fait son devoir : c'est un as dans l'art de la longueur des cordes, un expert dans le minutage de la mise à mort. Pourtant, le reste du temps, c'est un homme comme un autre, époux modèle, bon citoyen. Londes, immédiat après-guerre. Ruth Ellis ressemble à Betty Boop, enjouée et désirable, elle plaît aux hommes, et sans doute les choisit-elle fort mal. Mais derrière son sourire et sa bouche trop maquillée, que cache-t-elle ? Dans le Londres charbonneux de l'après-Blitz, d'entraîneuse, Ruth devient prostituée. Un jour, malheureuse, jalousée, violentée, mais toujours belle, et mère de famille, elle tue son amant, à bout portant. La voici condamnée à la pendaison. Bourreau, fais ton oeuvre ! Et si le bourreau avait une âme ? Et s'il répugnait soudain à supprimer une innocente aux boucles blondes ? Dans ce roman envoûtant, reconstitution en cinémascope d'un Londres luisant de « fog » et de pluie, théâtre de vices cachés dans une société bien-pensante, Didier Decoin alterne le chant du bourreau et de la victime. Saisissant.