Daniel Bourrion
Daniel Bourrion
Je n'ai été Robert qu'une seule fois, un soir resté dans mon histoire comme l'histoire des histoires, dont j'ai une nostalgie sans ailes. Les punks annonçaient No Future, et si futur il y eut pourtant, il fut d'abord une nuit peuplée de longues figures aux yeux et aux lèvres noircies, s'avançant telles des ombres sur des scènes enfumées, jouant une musique aux basses lourdes et enivrantes. Nous entrions ainsi dans les années 80, et pour ceux qui étaient alors adolescents, Robert Smith et son groupe semblaient mériter leur nom, une cure à la vacuité apparente de la société : leur musique apportait, sinon un remède au mal-être, le sentiment fort qu'il était partagé. Qu'on s'imagine en ce temps-là un jeune homme en Lorraine, qui se rend un samedi soir en boîte de nuit : la tentation est grande, pour un soir au moins, de devenir autre chose que ce qu'on semble lui promettre ; d'être, pour un soir, Robert Smith. Alors, grimé comme lui, le temps d'un trajet en voiture et d'une nuit un peu folle, il le devient réellement, par la force de la pensée magique. Une nuit seulement, mais c'était la nuit alchimique, qui conduira le narrateur de l'adolescence aux lisières de l'âge adulte. BONUS TRACK : UNE NOSTALGIE ROBERT
J'ai passé deux ou trois étés suant dans une yaourtière géante mais résumé ainsi cela ne veut rien dire et ne nous fera pas d'histoire alors je vais reprendre plus tranquillement manière d'expliquer ça, de ne pas en rester là. Qu'on s'imagine donc. Comment s'opère la rencontre de chacun avec le monde du travail ? Jeune, à quoi se destine-t-on, et qui se voit-on devenir ? Comment se fabrique le camembert industriel ? Vaut-il mieux l'ignorer ? Qui ne s'est jamais dit un jour, et si je travaillais dans une fabrique de camembert ? Personne, assurément. Dans ce récit autobiographique aussi fulgurant que décalé, Daniel Bourrion raconte sa découverte du travail à la chaîne et son entrée soudaine dans l'âge adulte. Images de Roxane Lecomte
Un voyage littéraire où chaque paysage, chaque souvenir, devient une île de mémoire flottant sur l’océan du temps.
Sardinia, État de New York, 2013 : une bande de jeunes gens coincés dans leur ville sans horizon rêve d’une échappée belle.
Et si notre quotidien était un piège tendu par la société sécuritaire ? Cantique de la paranoïa déploie en 35 éclats percutants une satire mordante de nos peurs modernes, entre surveillance omniprésente et absurdité du monde contemporain.
Dans ce décor je ne parle pas, je n'écris pas, je reste là à me garder de moi glissant de toute ma prudence dans l'aine blanche du silence en l'espoir vain que tous m'oublient, ma langue de guingois, et puis ma terre, et puis mes morts. La mémoire : une collection d'éclats de verre, de bris épars composés de moments, de tons, de timbres. Et l'écriture comme texture pour les lier entre eux. Dans ces récits brefs rassemblés au sein de ce recueil, il est question de remonter à l'origine des choses. De la langue qui est (ou n'est pas tout à fait) la nôtre. De ces parenthèses dans le présent où le passé prend appui pour nous saisir. Des instantanés de nos vies ou de celles qui nous ont précédés, veillant sur nous (ou le contraire). D'un livre qui fut pour nous peut-être l'étincelle menant vers tous les autres. Des scrupules qu'on peut avoir à vouloir renouer avec le passé. Auteur d'une oeuvre sensible en tumulte constant, Daniel Bourrion s'écrit et s'inscrit dans le temps. Ces éclats de verre sont ses constellations. Ce recueil contient les textes : Langue, Litanie, La petite fille à la robe claire, 19 francs, Trois quatre-vingts.
Un splendide premier roman sur l'adieu, campé dans une Lorraine à l'abandon : à l'ami, à la terre, à la campagne, à un monde qui disparaît, et que ce texte à l'écriture hypnotique arrache à l'oubli.