Cécilia Suzzoni
Cécilia Suzzoni
Longtemps le latin a fait partie des matières fondamentales de l'enseignement secondaire en France, avant d'être réduit au statut d'option. Ce livre milite pour qu'il réintègre le tronc commun. On le sait, l'apprentissage du latin aide à une meilleure compréhension du français, dont il est la langue ancienne, et constitue une ouverture vers les langues modernes. Historiquement, il représente également un accès au monde romain et méditerranéen antique, étape majeure de l'histoire universelle. Mais il est une caractéristique de cette langue que semblent ignorer notamment ceux qui voudraient en faire un attribut de classe ou un outil de ségrégation sociale. En effet, le latin n'est plus la langue maternelle de personne. Comme tel il incarne un bien commun - ou, si l'on veut, une res publica - sur lequel nul ne peut revendiquer de quelconques prérogatives, et que chacun peut faire sien. Aux vertus pédagogiques de l'enseignement du latin s'ajoute donc une portée politique, spécifiquement républicaine, qui lui donne toute sa place à l'école, dont l'objectif est bien sûr de transmettre des savoirs, mais aussi de former des citoyens. Un plaidoyer vibrant et enthousiaste, concis à l'image de la langue qu'il défend, dont le lecteur comprendra à quel point elle est encore bien vivante. THIBAUT SALLENAVE, docteur en philosophie, enseigne en classes préparatoires. LUIGI-ALBERTO SANCHI est directeur de recherche au CNRS. CÉCILIA SUZZONI est professeur honoraire de Chaire supérieure au lycée Henri IV
C'est en compagnie d'un loup bien singulier que cet essai nous invite à cheminer dans les Fables de La Fontaine. Un loup, « candidat à l'humanité », à mille lieues de l'imagerie de la bête carnassière ! Devenu personnage, on le voit se débattre, entre les mots et les dents, entre son statut de loup de nature, et son acharnement étrange à vouloir s'aventurer sur le territoire de l'homme, à la frontière toujours dangereuse pour lui de la nature et de la culture, pour entrer en langue avec le modèle humain et ses tentations. La Passion de ce loup, nous la suivons de fable en fable, d'échec en échec, de registre burlesque en registre poignant. Elle est le récit d'une fabuleuse aventure à travers le langage. Car s'il « parle en langue des dieux », ce « drôle », amateur de musette, qui s'obstine à ne pas bien faire son métier de loup, meurt comme « rien qu'une bête », victime rituelle offerte à la table des nantis. « Mais attendons la fin », dit le fabuliste, car ce loup, dont la poétique audacieuse de la fable abuse à sa guise, pourrait bien vouloir jouer à qui perd gagne et s'offrir le luxe, « moi, loup », de faire la leçon à Ulysse, ce berger de l'humain. Au carrefour de l'anthropologie et du poétique, cet essai, sans excès d'érudition et d'une grande lisibilité, invite à une relecture des Fables aussi réjouissante que pensive.