Carlos Manuel Álvarez
Carlos Manuel Álvarez
Dans Sale guerre, les personnages sont des naufragés en terre ferme, échoués sur un no man's land. Certains veulent quitter Cuba sans y parvenir ; d'autres sont partis et n'ont jamais vraiment réussi à atterrir quelque part. Ils vivent dans les limbes une impasse permanente entre réalité et désir, passé et avenir, pays d'origine et pays d'accueil, dans l'attente d'une confirmation ou tout simplement d'un rejet, ou encore de quelque chose qui leur rappelle que la vie est possible. Quelle est la différence entre un immigrant, un exilé et un réfugié ? Condamnées au chaos, à l'angoisse ou à l'ennui, les personnes déplacées sont confrontées à un monde qui leur fait comprendre à chaque instant qu'elles ne sont pas les bienvenues. Dans ce roman choral, les personnages semblent se déplacer avec assurance entre Cuba, les États-Unis, le Mexique, la France ou l'Allemagne, alors qu'en réalité ils sont tous paralysés, immergés dans une sale guerre. Construit sur le mode d'une narration fragmentée qui reflète brillamment la désintégration liée à l'arrachement, empreint de tendresse, de désenchantement et de mélancolie, Sale guerre est un roman extraordinaire qui confirme Carlos Manuel Álvarez comme l'une des voix indispensables de sa génération.
Tomber raconte le délabrement d'une famille cubaine qui partage pourtant le même espace. Au pays, la faim et la privation agissent comme un détonateur. Le père communiste, la mère gravement malade, la fille résignée et le fils rancunier deviennent tous des ennemis méconnaissables, même si aucun d'entre eux ne comprend vraiment comment et pourquoi cela est arrivé. Tomber pose un regard frais et actuel sur le Cuba contemporain pétri de contradictions. Succès international, le livre a été traduit en une dizaine de langues.
"Tout au long de ce livre défilent des sportifs exilés, des grands noms de l'art conceptuel, des infirmiers internationalistes, des musiciens célèbres ou underground, des poètes dissidents, des migrants qui traversent l'Amérique centrale, des fugitifs recherchés par le FBI, des sans domicile fixe et des suicidés, des revendeurs au marché noir, des balseros schizophrènes et les ivrognes, les flics et les travestis des nuits trépidantes de La Havane. Ces personnages dessinent un tableau que je livre tel quel. Je n'ai pas cherché à les y intégrer ou à ne pas les y intégrer, ni à démontrer à travers eux une thèse, ni à trouver dans leurs histoires un nouveau fil conducteur ou une marque de fabrique cubaine. C'est la mise en scène d'un pays." Traduit de l'espagnol (Cuba) par Isabelle Lauze