Brousseau Simon
Brousseau Simon
J'ai vu un film qui finit bien et j'ai senti l'artifice ; j'aurais préféré que des problèmes d'hypothèque ternissent le portrait, que la planète craque avant le générique, et en sortant du cinéma j'ai pensé qu'à la fin ma bobine se déviderait jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un amoncellement d'images éteintes, mes souvenirs d'enfance, mes échecs et mes joies, si bien que j'aurais du mal à décider si j'ai été heureux. Comment sait-on si une histoire se termine bien ? Dans les nouvelles des Fins heureuses, les vampires assouvissent leur soif, des oiseaux meurent en plein vol et les chats se jouent des humains, les pauvres, qui naviguent à vue.
Tu es sur le point de dire ton premier mot, tu n'en as pas conscience et pourtant tu t'apprêtes à parler, à participer au malentendu qui te liera désormais aux autres, ta bouche encore engourdie remue, pleine de bave, tu fais l'effort d'articuler une sensation, une pensée, la joie n'est rien sans mots pour la nommer mais, toi, tu sais, tu commences à entrevoir l'étendue de ta joie, tu gazouilles et tu fais des bulles, c'est ton rire que tu transformes en langage sous le regard ému de ta mère qui, étonnée par la simplicité des miracles, ne peut retenir ses larmes, des larmes que tu comprends avec l'intuition de l'enfant baigné d'amour et qui vient de balbutier ma, mama, mamaman.