Brisac Genevieve
Brisac Genevieve
Walter Benjamin aimait, dit-on, les jouets, les marionnettes, les objets minuscules. Et le " petit bossu " de la chanson. Dans Les Sœurs Délicata, qui est un drame en miniature, on trouve aussi toutes sortes d'objets étranges, des marionnettes, des corps déformés. Est-ce un hasard ? Sûrement pas. Car ce roman bref et violent raconte comment, pendant la nuit de Noël, sept petites filles se trouvent confrontées à la disparition de tout ce qu'elles aimaient. Avec grâce, et non sans cruauté, Geneviève Brisac reprend ici, sous un autre éclairage, certains des thèmes majeurs de son œuvre : la crainte de voir le monde commun s'effondrer le mystère du bien, qu'il faut faire " sans cesse, sans le dire et sans y penser ". Et la nécessité absolue de s'orienter dans nos vies " perpétuellement stables et instables, arrêtées et mobiles ".
" Quel est ton animal préféré ? " a demandé Eugenio pendant qu'on marchait dans la nuit. C'était l'avant-veille de Noël. " Il y a Nouk, la mère. Et Eugenio, le fils qu'elle élève seule, dans un minuscule appartement aux rideaux rouges. Elle s'inquiète. Peut-on survivre aux fêtes de fin d'année ? En attendant, il neige sur Paris, sur les clochards et les gens des beaux quartiers. Il neige sur les statues du jardin du Luxembourg. La mère et l'enfant se tiennent par la main, ils marchent dans les rues, tout au long de cette histoire magique, déchirante, follement drôle. En chemin, ils rencontrent Adam et Ève, Anton Tchekhov, un fleuriste, un chauffeur de taxi, des tortues vieilles comme le monde. S'ils triomphent des obstacles semés sur leur route, il leur reste à affronter le pire : l'implacable bonté de ceux qui ont décidé de faire leur bonheur. Avec ce roman très moderne où la vie intime se voit constamment menacée par l'intrusion du monde extérieur, Geneviève Brisac semble nous inviter à un retournement. Comme l'artiste qui, parce qu'il porte en lui un " gène d'irréalité ", transmue en beauté le matériau brut de la vie.