Bombardier Denise
Bombardier Denise
" Encore quelques rencontres et le dégoût s'emparera de moi. Un dégoût à me lever le cœur. Cela passera exactement au moment où je sentirai la jouissance se substituer à ma vie même. Je me lèverai brusquement, remettrai mes vêtements sans hâte, silencieuses, alors qu'il demandera, ahuri comme les autres : " Qu'as-tu ? Que se passe-t-il ? Parle ! Mais parle ! " Je sourirai, déposerait sur le lit un billet d'un dollar, du côté de la photo de la reine comme de bien entendu et je quitterai la chambre. Dans l'ascenseur, je perdrai la mémoire de cette histoire et, une fois dans la rue, je chercherai un endroit pour me cacher et vomir. " Françoise est une battante. Aussi forte qu'un homme, meilleure qu'un homme, pire parfois. En affaires comme en amour. Mais dans les nuits solitaires des palaces glacés où la mènent des négociations internationales, les peurs se lèvent, ses fantômes lui rendent visite, les miroirs reçoivent d'étranges confidences. Survient A., homme à haut risque. Le cœur de Françoise se met à battre, à trembler. Peut-elle se mettre en danger ? Denise Bombardier, on le sait, n'a pas froid aux yeux. Elle met à nu, avec le courage, l'intrépidité et le ton qui lui sont propres, une femme de notre temps. Livre troublant dans lequel hommes et femmes se retrouveront. Étonnamment proches.
Elle lit des livres mis à l'index, ne va plus à l'église, se laisse caresser par un Britannique. Elle a 17 ans, elle est québécoise et se croit sortie de l'eau bénite. Désormais, pense-t-elle, rien ne va freiner son désir d'émancipation. La rage au cœur, elle fonce. Pour découvrir que l'hypocrisie n'est pas l'apanage de l'Église, que les idéaux politiques se fracassent sur les intérêts personnels, que l'amour est un long chemin de croix. En révolte contre sa famille, elle veut aussi participer aux changements radicaux de sa propre société. Ni les humiliations ni les déceptions ne l'abattront. Avec une rare puissance d'évocation, Denise Bombardier nous livre un roman où la douleur contenue perle sous le maelström de la vie.
Une enfance difficile, inquiète, pleine d'exaltations brusques et de douleurs à vif. Une enfance de petite Canadienne française culturellement démunie mais désireuse, jusqu'à l'obsession, d'apprendre. Sans aucun livre à la maison et avec des biographies de saints à l'école, le défi est de taille. Elle le relèvera pourtant, ce défi. Elle échappera à la loi du sexe et de son milieu. D'un côté, le poker, la boisson forte, une tribu de femmes. De l'autre, un père qui a choisi – une fois pour toutes – les Anglais pour maîtres. Au milieu, le bon parler français dispensé par des Françaises venues de France. Sans compter les Irlandais, les Juifs, les communistes, le péril jaune vus par les missionnaires. Et, pour couronner le tout, la toute-puissance de l'Église catholique romaine, qui serine à longueur de journée, à longueur d'année : " Pensons à la mort ", " Seul le Christ est digne de votre bouche ", " Le démon, c'est un peu tous les hommes, sauf les prêtres, les frères enseignants et les riches industriels catholiques qui font travailler les pauvres ", " L'impudeur, ça commence par les pieds et ça monte. N'oubliez pas de mettre des bas ". Ne parlons pas du french-kiss, ni du rouge à lèvres fabriqué à partir de graisse de nègres. Seigneur ! Quelle vitalité...