Annie Daubenton
Annie Daubenton
Comment les Polonais ont-ils vécu les méandres de l'histoire de leur pays, ballotté entre fascisme et stalinisme, coincé entre l'Allemagne et l'URSS, et souvent rayé de la carte du monde ? Des opposants, des communistes, des prêtres, des athées, des ouvriers et des intellectuels, font à voix haute le compte d'un demi-siècle de souvenirs. Ce qu'ils disent là n'est destiné ni aux polices du monde, ni aux esprits nourris de certitudes : ils rendent justice à une certaine histoire dont Yalta ne fut que l'épisode le plus flagrant. Avec le coup d'État de Jaruzelski, comme maintes fois dans leur histoire, les Polonais ont perdu une bataille, vu leurs prisons se ré-emplir, assisté à la répétition des grands procès politiques, mais ils ont gardé la tête sur les épaules et tiré les leçons de leurs impasses. Ce qu'ils affinent en silence, hors des clivages gauche/droite dont ils ont vu les aberrations échouer sur leur territoire, c'est une société qui ne ressemble à aucun modèle au monde, où la violence n'est jamais une issue, où la volonté de tolérance et de dialogue est maintenue aux limites du croyable.
Pour "quitter" l'Union soviétique, il ne suffit pas de la désagrégation d'un "bloc", d'un putsch raté et de déclarations de souveraineté. Des murs tombent et des traités sont bons à jeter, mais quels épisodes un État nouveau traverse-t-il en quelque vingt années, fût-il en quête de démocratie et de valeurs européennes ? L'Ukraine aura fait figure de pionnière en matière de subversion - révolution démocratique, révolution civile, "révolution orange" -, elle n'en est pas moins confrontée à toutes les difficultés propres aux pays issus de l'Union soviétique : bataille avec les structures de l'ancien régime, lutte contre la corruption, mutation dans les mentalités. La population parfois freine, puis prend de l'avance sur ses dirigeants qui se comportent comme des nouveaux riches de la politique, davantage soucieux d'exhiber le droit que de l'appliquer... Annie Daubenton explore le kaléidoscope ukrainien en juxtaposant des approches qui touchent à l'histoire, à la vie de la société, à l'analyse des pouvoirs anciens ou nouveaux, sans oublier le caractère romanesque des égarements d'un État qui se cherche. Il en ressort un livre qui éclaire un pays mal connu, sinon sous la forme de quelques clichés - la "révolution orange", Viktor Iouchtchenko, le président au visage grêlé, ou Ioulia Tymochenko, Premier ministre, auréolée d'une natte - pour entrer dans les méandres d'un État en construction où parfois l'absurde le dispute au paradoxe ou à une forme d'idéalisme. Annie Daubenton est journaliste, essayiste, chercheur indépendant. Après avoir séjourné en Pologne, et avoir été correspondant permanent de Radio France à Moscou puis conseiller culturel à Kiev, elle est reconnue comme l'une des meilleures spécialistes de l'Ukraine.