Annette Boudreau
Annette Boudreau
Moncton, années 1960. Une enfant grandit entre deux mondes, tiraillée par sa langue et le regard des autres.
Vous êtes-vous déjà demandé si vous parliez le français qui convient ? Avez-vous déjà eu honte de votre manière de parler ou de la manière de parler des gens de votre communauté ? Si oui, cet ouvrage vous aidera à mieux comprendre les mécanismes qui régissent ces comportements langagiers. L'insécurité linguistique, fréquente dans la francophonie, serait issue de la façon dont la langue française s'est développée, de l'idée d'une norme unique et d'une vision unitaire et uniforme du français, qui perdure et qui est à la base d'exclusions sociales. Cet ouvrage décrit le phénomène de l'insécurité linguistique, son histoire, ses manifestations, et ses retentissements. Il porte précisément sur l'insécurité linguistique dans la francophonie et puise ses exemples dans la francophonie canadienne. Cet essai propose une analyse des principales manifestations du continuum qu'est l'insécurité linguistique, de l'hypercorrection - sa forme la plus légère - à la honte et au silence. Il explore les liens entre insécurité linguistique et diglossie, soit les rapports de domination entre groupes de personnes qui parlent des langues différentes ou entre personnes qui parlent la même langue. Enfin, il examine le rôle joué par les idéologies linguistiques et sociales dans la construction identitaire, idéologies masquées qui régissent les discours et qui agissent sur les comportements langagiers.
«Dire le silence» présente l'évolution des discours sur la langue en Acadie de 1867 à 1970 en analysant, d'une part, des textes parus dans les deux principaux journaux publiés en Acadie pendant cette période - «Le Moniteur acadien» et «L'Évangéline» - et, d'autre part, des entretiens menés auprès de cinq cents francophones des provinces maritimes. L'objectif est de retracer les sources de l'insécurité linguistique, très présente en Acadie, et de proposer une archéologie du silence acadien - la peur de se dire. L'ouvrage s'interroge sur les critères qui servent à délimiter les catégories « francophones, vrais francophones, non francophones » et les idéologies sociales et surtout politiques qui les sous-tendent. C'est aussi à partir de son propre parcours personnel et professionnel que l'autrice prend acte de la mémoire collective qui l'a forgée, mémoire qui se révèle à même les discours des périodes retenues. Ces discours ont façonné les manières d'agir et de penser des francophones vivant en périphérie, et contribué à l'établissement de catégories sociales liées à des phénomènes d'inclusion et d'exclusion. L'étude fait ressortir les éléments, tels que l'accent et le vocabulaire, qui permettent de définir celles et ceux qui sont considérées comme des locutrices et des locuteurs légitimes et celles et ceux qui ne le sont pas.