Alexandre Lauret
Alexandre Lauret
Une guerre ignorée fait rage au Yémen depuis 2015. Dévastant le pays, elle a poussé à l'exil des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont fui dans la cité-État de Djibouti, longtemps pré carré de la France en mer Rouge. Alexandre Lauret a recueilli les témoignages d'une centaine de ces réfugiés au camp Markazi d'Obock, au nord de Djibouti, entre 2018 et 2020. Mémoires de la guerre, ils forment le premier récit sur ce conflit qui oppose les puissances en devenir de la région, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Iran. Les personnages de ce livre évoquent les terribles combats qu'il fallait fuir. Ils racontent également une autre histoire, universelle, celle de l'exil et de l'urgence humanitaire : la vie dans un camp de réfugiés des Nations-Unies planté au milieu du désert, les événements qui s'y déroulent, les tracas du quotidien, l'attente, les espérances et les déceptions de chacun. En permanence ressurgit un autre monde, celui de ce Yémen d'avant-guerre qui a maintenant cessé d'exister. Restent les souvenirs, où se mêlent images de violence et nostalgie de la terre natale.
Loin des voies empruntées pour atteindre l'Europe, dans la Corne de l'Afrique, des migrants éthiopiens privés de perspectives quittent en nombre leur pays déchiré par les conflits, parcourent la région aride du nord de Djibouti d'où ils embarquent pour franchir la mer Rouge, avant de traverser le Yémen en guerre afin de tenter leur chance en Arabie saoudite. Pour parvenir à destination, ils remettent leur vie entre les mains de passeurs.C'est à ces intermédiaires, figures honnies d'un trafic sur lequel les États se dédouanent de leurs responsabilités dans les traitements subis par les " clandestins ", qu'est consacré cet ouvrage. À Djibouti, Alexandre Lauret a vécu pendant plus de deux ans au contact de pêcheurs d'une région marginalisée du pays reconvertis dans l'organisation d'une filière migratoire transnationale savamment structurée. Il retrace ici leur histoire, sous la forme d'une véritable épopée.Celle-ci, aussi courte que violente, tient en treize années seulement. Entre 2007 et 2020, ces hommes ont fait transiter plus de 1,2 million d'Éthiopiens. Durant ce laps de temps, défiant les autorités, ils sont devenus plus riches et plus puissants que les ministres djiboutiens avant de tout perdre et de n'être plus rien. Parmi leurs hauts faits, ce ne sont peut-être pas tant les courses-poursuites avec les " fédéraux ", les affrontements et les vols de convois entre réseaux ou les rivalités avec leurs homologues éthiopiens ou yéménites qui donnent leur tonalité épique à leurs récits, mais bien davantage le discours politique subalterne à travers lequel ils légitiment leur activité.