Alexandre Antolin
Alexandre Antolin
En 1948, lorsque Violette Leduc commence à rédiger Ravages, roman autobiographique, elle ne sait pas qu'elle se lance dans l'oeuvre de toute une vie. Si les premiers conseils prodigués par Simone de Beauvoir sont exigeants mais bienveillants, les relectures des éditions Gallimard sont bien plus sévères. Dans une société qui refuse certaines réalités et où la Commission de censure exerce un pouvoir fort, les scènes d'amour lesbien, de viol ou d'avortement inquiètent la maison d'édition, qui demande à l'autrice d'effectuer de larges coupes. En 1955, l'ouvrage sort enfin aux éditions Gallimard, mais il est amputé d'une grande partie de ce qui fait son identité. Par la suite, certains extraits du texte censuré paraissent ici et là, mais sans jamais redonner sa force et son entièreté à cette oeuvre majeure de la littérature française. À travers l'analyse génétique minutieuse des différentes versions de Ravages - manuscrits, dactylographies, textes publiés -, mais aussi de tous les écrits qui l'accompagnent, Alexandre Antolin retrace le parcours littéraire, psychologique et médiatique de Violette Leduc. Il permet également d'appréhender l'oeuvre intégrale non censurée et d'en découvrir toute la richesse.
Après des siècles d'un silence quasi-entier, plusieurs oeuvres ouvertement lesbiennes sont publiées au tout début du XXe siècle. Depuis lors, des années folles à l'après-guerre, de l'histoire militante des années 1970 à la naissance de l'édition spécialisée, jusqu'à l'effervescence du début du XXIe siècle, ce sont des centaines de textes qui disent et théorisent leur existence. Parcourant tous les genres, ils mettent en scène le lesbianisme, nomment et nourrissent une culture partagée, en réactivent la mémoire et les noms. Né du constat d'une mémoire immense, mais enterrée, éclatée et négligée, "Écrire à l'encre violette" souhaite rendre compte de l'ampleur de ce dialogue lesbien : il intègre et modifie le cadre de la littérature, ouvre d'autres perspectives en bousculant ses normes.