Europe du Sud
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La civilisation byzantine a marqué durablement de son empreinte les hommes et les sociétés du Sud-Est de l'Europe. Après la chute de Constantinople en 1453, cette civilisation fut dissociée de l'État qui lui avait servi de cadre pendant plus d'un millénaire, l'Empire byzantin. Contraints par un nouveau pouvoir substitué à l'ancien, celui de l'Empire ottoman, les héritages de Byzance n'en disparurent pas pour autant. Ils cheminèrent dans les mémoires et les coutumes, dans l'histoire et la foi, dans des institutions formelles ou informelles. Et quand les peuples anciennement soumis à l'Empire byzantin ou sujets à son influence s'affirmèrent comme nations, quand ils entreprirent d'écrire leur passé et de se projeter dans un avenir européen - à partir des Lumières et plus encore aux XIXeet XXe siècles -, Byzance fut naturellement repensée, réévaluée, réinventée. L'ambition de ce volume collectif est d'étudier, de façon comparée et grâce à des études de chercheurs de tous pays, l'histoire de la mémoire de Byzance dans les sociétés sud-est européennes. Une conclusion s'en dégage : plus qu'une nostalgie et mieux qu'une curiosité, Byzance apparaît comme l'un des fondements de notre Europe contemporaine.
Avec les Juifs et les Arméniens, les Grecs constituent l'une des trois diasporas dites « classiques » de la période moderne : implantés sur l'ensemble du pourtour méditerranéen voire au-delà, ils investissent en particulier la plupart des grandes villes portuaires d'Europe méridionale, où ils s'adonnent au grand négoce et à la navigation comme au petit commerce et à l'artisanat. Comment cette présence s'organise-t-elle au quotidien ? Comment investit-elle l'espace urbain, quels sont ses modes d'inscription sociale et quelles identités (sociales, ethniques et confessionnelles) sécrète-t-elle ? Cette vaste enquête est ici envisagée dans une dimension comparatiste, à partir de trois terrains - Venise, Livourne et Marseille - à la fois distincts et étroitement connectés, au cours du demi-siècle précédant la guerre d'indépendance grecque (1821-1830) et la naissance de l'État néohellénique. À rebours des lectures traditionnellement homogénéisantes et inclusives des groupes étrangers dans la ville moderne, cet ouvrage s'attache à mettre en évidence le caractère complexe et souvent conflictuel des différentes stratégies d'affirmation et de négociation du fait communautaire grec en diaspora. Véritable laboratoire de définitions concurrentes de la « grécité », l'expérience communautaire grecque au tournant des XVIIIeet XIXesiècles constitue ainsi le creuset d'un complexe processus de formation identitaire à l'aube de l'ère des nationalismes.
À travers son oeuvre littéraire, historique et politique, Safvet-beg Basagi´c (1870-1934) a formulé les grandes problématiques du nationalisme bosno-musulman, alors que sa communauté reculait devant les exigences de modernisation qu'imposait la présence austro-hongroise depuis le Congrès de Berlin de 1878. Inspiré par les mouvements nationaux ottoman, croate et serbe du XIXe siècle, il a voulu établir une identité distincte de celles que fondaient ces mouvements en affirmant la spécificité religieuse et culturelle de ses coreligionnaires et compatriotes. Ces engagements étaient étroitement liés à la question agraire en Bosnie-Herzégovine : Basagi´c a oeuvré en conservateur, soulignant que la propriété de la terre était un droit historique du beylicat local, auquel il appartenait. De son vivant, il n'a pas joui de l'audience qu'il aurait espérée ; mais l'essentiel de ses thèses, malgré leur peu de sérieux scientifique, a fait florès aujourd'hui.
Voisinages fragiles est le premier résultat d'un effort collectif, toujours en cours, ambitionnant de participer à l'écriture d'une histoire connectée de la Méditerranée orientale aux XIXe et XXe siècles. Cet ouvrage rompt avec les carcans géo-disciplinaires arbitraires qui obligent souvent spécialistes de l'Empire ottoman, du Moyen-Orient et des Balkans à travailler de façon séparée. Il remet également en question la perception de cet espace en termes de cadres identitaires, religieux ou politiques essentialistes et monolithes, en soulignant la valeur heuristique de l'étude des interactions dans toute leur complexité. Notre approche analytique multiscalaire (locale, régionale, nationale, impériale, globale) nous amène à esquisser un premier tableau de la variété des contacts, de la multitude des stratégies des individus comme des institutions, du rapport complexe entre religions, identités et politique.
Navire militaire affrété par l'Institut français d'Athènes en décembre 1945, le Mataroa a permis à plus d'une centaine de jeunes Grecs de quitter la Grèce et de rejoindre Tarente, en Italie, avec pour destination finale Paris. Quittant un pays en ruine, profondément affaibli par la guerre et au seuil de la guerre civile, ceux-ci ont ainsi pu être accueillis en France, y mener leurs études et carrière dans des domaines aussi variés que la philosophie, la sculpture, l'architecture, la musique, etc. Au coeur de cette expédition, le directeur de l'Institut français d'Athènes de l'époque, Octave Merlier, qui rendit possible cette opération, aux allures d'épopée moderne. Longtemps passé sous silence, ce voyage constitue sans conteste l'un des événements les plus marquants de l'histoire franco-grecque de l'après-guerre. S'appuyant sur un matériel d'archives inédit, ce volume vise à offrir un éclairage historique et critique à cet événement, tantôt oblitéré, tantôt mythifié, part intégrante de la mémoire des échanges entre les deux pays.
Petit rectangle de terre au destin mondial, État aux contours inchangés depuis le XIIIe siècle, le Portugal frappe par son ancienneté et sa stabilité. Son peuplesemble installé comme à l'écart du tumulte du monde, fort de sa grandeur passée et de son ancrage atlantique.Des premiers Lusitaniens menés par Viriate, sorte de « Vercingétorix portugais », aux stars du ballon rond, en passant par lageste des grands navigateurs, au premier rang desquels Vasco de Gama, la nation portugaise est riche de héros du passé comme de moments de gloire. Pourtant, l'histoire portugaise ne manque pas non plus de zones d'ombre, entre la brutalité des conquêtes coloniales, la traite atlantique et la dictature de Salazar. Au fil du temps, les questions relatives à l'identité nationale portugaise se sont multipliées, sous les coups de boutoir de crises économiques et sociales qui ont alimenté une émigration importante. Dans cet ouvrage, Yves Léonard analyse la construction progressive de la nation portugaise, ses socles communs, ses références historiques, mais aussi ses fractures politiques et culturelles. Il nous emmène, à travers l'histoire, la vie politique, l'économie, la littérature ou le sport, au coeur d'un pays dont la cohésion agrège une large diaspora.
Cet ouvrage explore les processus de dénomination des lieux et des populations dans les Balkans contemporains. Durant les deux dernières décennies, les pays de la région ont en effet vu se multiplier et s'intensifier les enjeux autour des désignations collectives : nécessité de nommer les nouveaux États issus de l'éclatement de la Yougoslavie, affirmation identitaire de minorités ethniques ou nationales, irruption de nouvelles catégories de population. De la Roumanie à la Grèce, de la Turquie à la Croatie, les textes rassemblés ici visent à la compréhension de ces processus dans le contexte balkanique. Pour cela, quatre thèmes ont retenu l'attention des auteurs : la désignation « Valaque », répandue dans toute la péninsule mais mouvante et difficile à cerner ; la dénomination des groupes minoritaires ou issus de l'immigration en Grèce ; les politiques toponymiques élaborées dans la région aux XIXe et XXe siècles ; la notion d'autochtonie et son articulation avec la dénomination des lieux et des groupes.