Vincent Duclert
Vincent Duclert
Le 12 juillet est devenu jour de commémoration nationale « pour Alfred Dreyfus, pour la victoire de la justice et de la vérité, contre la haine et l'antisémitisme ». Les mots sont forts, précis. Pour Dreyfus, du nom de ce grand citoyen patriote, alsacien de Mulhouse, juif transformé en coupable, officier d'un grand courage dans l'enfer du bagne de Guyane. Pour la victoire de la justice et de la vérité, le 12 juillet 1906, avec l'arrêt historique de la Cour de cassation réhabilitant l'officier français innocent de tout crime de trahison. Contre la haine et l'antisémitisme, une défaite infligée à ces terreurs menaçant la République, l'État de droit et la nation. Le 12 juillet de Dreyfus est un jour de gloire de la France et du monde libéral. Cette mémoire de l'affaire Dreyfus porte des horizons d'unité, de fraternité, de fierté pour les combats de justice. S'en souvenir en commémorant cette victoire, brève mais éclatante, fait aujourd'hui événement. L'histoire des 12 juillet se devait d'être écrite. Pour savoir que l'honneur de résister, le courage de la vérité dessinent l'avenir des sociétés démocratiques.
1915-2025 : trois historiens et un juriste unissent leurs forces pour révéler la vérité sur le premier génocide du XXe siècle.
Qui se souviendra des Arméniens ? Aux confins du Caucase, 120 000 Arméniens sont affamés dans leur enclave indépendante du Haut-Karabagh qu'aucun pays ne reconnaît sinon la République d'Arménie, abandonnée de presque toute la communauté internationale et elle-même menacée. Le génocide des Arméniens est sur le point de connaître sa dernière phase et les génocidaires de gagner leur guerre d'extermination - une guerre de plus de cent ans - anéantissant tout ce que le monde a pu préserver de lois d'humanité et de conscience publique. Est-ce ce monde des génocides sans fin que nous voulons ?
Le capitaine Alfred Dreyfus fut réhabilité le 12 juillet 1906 par un arrêt de la Cour de cassation. Cet acte solennel et officiel détruisait l'accusation de « haute trahison », attestée par deux conseils de guerre, du brillant officier juif, intellectuel et moderniste, dont il proclamait la pleine et entière innocence. Tout au long d'un combat de plus de douze ans, combat finalement victorieux contre le nationalisme, l'antisémitisme et la raison d'État, où le régime républicain et la société française durent admettre la primauté des valeurs de justice et de vérité, l'École normale supérieure joua un rôle décisif qui marqua profondément l'institution, ses élèves, ses enseignants et, au-delà, l'ensemble du monde intellectuel et scientifique. Parmi ces normaliens, dreyfusards de la première heure - Lucien Lévy-Bruhl, Salomon Reinach, Alexandre Bertrand, Paul Appell -, il faut rappeler avec force le rôle de Lucien Herr, socialiste, germaniste et philosophe, directeur de la Bibliothèque des lettres de la rue d'Ulm. Sa conviction précoce puis son engagement total furent déterminants, à la fois pour lancer le mouvement dreyfusard à partir de janvier 1898 et pour mobiliser toute la communauté normalienne. Cette mobilisation inaugura des pratiques collectives ou individuelles, analytiques ou critiques, brèves ou déployées, bref un ensemble de postures et de procédures qui constituèrent ce qui fut appelé le mouvement des « intellectuels » au cours de l'affaire Dreyfus. Peu nombreux, les antidreyfusards de l'École furent emmenés par des conservateurs catholiques, tels les académiciens Jules Lemaître ou Ferdinand Brunetière. Naquirent alors des débats passionnants et victorieux sur la légitimité du rôle du chercheur dans la cité et le devoir de connaissance dans l'engagement. Réunie par Vincent Duclert, professeur agrégé à l'École des Hautes Études en sciences sociales et biographe d'Alfred Dreyfus (Fayard, 2006), la présente anthologie raisonnée des écrits normaliens sur l'Affaire restitue l'essentiel de ces témoignages et de ces débats.
Survenant à la fin du XIXe siècle en France, l'affaire Dreyfus marque une rupture déterminante dans la haine des juifs. L'arbitraire politique, les attaques contre les libertés individuelles, et les menaces contre ce peuple sans État ont alors été porté à leur comble. Mais cette Affaire a aussi été la scène d'une lutte inédite contre l'antisémitisme, rendue possible grâce à l'action d'une rare mais courageuse minorité d'esprits libres, assumant les conséquences d'interventions publiques, prêts à révéler et repousser un danger mortel. Dans l'affaire Dreyfus se sont accompli des combats premiers, modèles pour l'avenir et la survie des sociétés démocratiques. Si l'histoire de l'antisémitisme a été très largement étudiée, celle des combats contre l'antisémitisme demeurent largement méconnue. Centré sur l'affaire Dreyfus au tournant du XXe siècle, ce livre questionne aussi notre temps, dominé par le défi de lutter une nouvelle fois, et avec une détermination intacte, contre ce fléau. L'importance de ces combats anciens réside dans le soubassement philosophique qui les anime. Il n'en est que plus urgent de retrouver l'histoire, de l'écrire et de la faire.
Entre le 7 avril et le 4 juillet 1994, plus d'un million de Tutsi et d'opposants politiques sont exterminés à l'instigation du régime extrémiste hutu. La France reste alors un soutien majeur du gouvernement rwandais. Malgré les alertes sur le risque de génocide, les autorités françaises interviennent tardivement. La responsabilité de la présidence de François Mitterrand est prouvée. Mais la reconnaissance de son rôle se heurte au déni durant près de trente ans. En 2021, ces responsabilités françaises dans le génocide des Tutsi sont établies par une commission de chercheurs présidée par Vincent Duclert. Dans cet ouvrage, l'auteur reprend l'histoire longue des relations franco-rwandaises. Il prolonge et enrichit le travail de la commission avec des documents et témoignages inédits. Il démontre que tous les éléments étaient à la disposition de la présidence française pour que le génocide soit anticipé, compris et arrêté.Édition actualisée.
La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond largement avec la promesse républicaine. Après une décennie marquée par la guerre étrangère et intérieure, la domination des monarchistes et des combats pour la liberté, une dynamique démocratique s'instaure dans la jeune IIIe République. Elle ne se limite pas à la vie des institutions, à la pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage. Des questions nouvelles sont posées aux Français, qui s'en emparent et imaginent leur République. Les oppositions nationalistes et même antisémites restent toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme durant la crise boulangiste et l'affaire Dreyfus, ce processus fondamental de démocratisation qui irrigue une société tout entière. Bornée à l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit européen de 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire de ces engrenages, inaugurant une "Belle Époque" qu'avait préparée une riche "fin de siècle". L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation impériale et destructrice -, l'expérience politique et sociale, les engagements démocratiques, les audaces artistiques, la découverte des espaces et des temps fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent et de l'avenir.
La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond largement avec la promesse républicaine. Après une décennie marquée par la guerre étrangère et intérieure, la domination des monarchistes et des combats pour la liberté, une dynamique démocratique s'instaure dans la jeune IIIe République. Elle ne se limite pas à la vie des institutions, à la pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage. Des questions nouvelles sont posées aux Français, qui s'en emparent et imaginent leur République. Les oppositions nationalistes et même antisémites restent toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme durant la crise boulangiste et l'affaire Dreyfus, ce processus fondamental de démocratisation qui irrigue une société tout entière. Bornée à l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit européen de 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire de ces engrenages, inaugurant une "Belle Époque" qu'avait préparée une riche "fin de siècle". L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation impériale et destructrice -, l'expérience politique et sociale, les engagements démocratiques, les audaces artistiques, la découverte des espaces et des temps fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent et de l'avenir.
Le 22 décembre 1894, un procès d'État condamne pour crime de " haute trahison " (en faveur de l'Allemagne) un officier français innocent de toute charge. Son origine juive, son excellence militaire en font une cible pour tous les ennemis des sociétés nouvelles. S'ouvre une crise majeure de la démocratie républicaine, avec l'impunité des accusateurs, la domination de l'état-major, la violence des nationalistes, la répression des droits humains. Mais la défense d'Alfred Dreyfus, les droits de l'homme et du citoyen, la lutte contre l'antisémitisme et le nationalisme entraînent un sursaut de la République. L'Affaire inaugure un âge démocratique porté par l'engagement des intellectuels, les expériences dreyfusistes, de nouvelles libertés comme celles d'association et de conscience (au fondement de la laïcité), la solidarité pour les opprimés de par le monde.Ces mutations si décisives pour la Belle Époque demeurent d'actualité, face à la raison d'État, au mépris de la justice et à l'abandon des devoirs de solidarité et d'humanité. Leur modernité est celle de l'universalisme démocratique et des résistances civiques à l'arbitraire, au racisme et à l'antisémitisme.
1915. Les Arméniens, parfaitement intégrés à l'Empire ottoman, sont exterminés par les radicaux du gouvernement unioniste turc. Bilan : 1,5 million de victimes arméniennes, sujets ottomans, persans et russes. Au printemps 1915, la population arménienne ottomane est victime d'un génocide - arrestations massives, déportations et massacres - planifié et exécuté par le parti au pouvoir à Istanbul, le Comité Union et Progrès. Longtemps contesté, le génocide des Arméniens ne fait plus aucun doute mais Ankara continue d'exercer des pressions pour empêcher sa reconnaissance officielle. Cent ans après, trois historiens ont uni leur force pour concevoir la première synthèse sur l'extermination d'un peuple qui fait entrer l'humanité dans l'âge des génocides.
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?Orateur hors-pair, grand humaniste et fondateur du journal L'Humanité, Jean Jaurès est une figure de proue du socialisme français dont le nom incarne pour beaucoup l'opposition à la guerre qui s'annonce en 1914. Alors que le monde est sous tension après l'assassinat de l'archiduc Ferdinand, Jaurès met tout son poids politique dans ce combat pour la paix et finit assassiné à l'aube de cette grande guerre qu'il redoutait. Cet engagement ultime est le point d'orgue d'une carrière politique au service des exclus et des persécutés commencée dans les années 1880 par un soutien enflammés aux mineurs grévistes de Carmaux.Vincent Duclert apporte son regard expert à Jean-David Morvan et Rey Macutay pour nous offrir le portrait détaillé et passionnant de cette figure universelle du socialisme et du pacifisme, dont s'inspirent encore nos dirigeants actuels.
«Les victoires démocratiques restent toujours imparfaites et provisoires, et c'est leur force que de rappeler combien l'histoire est incertaine, l'humanité fragile.» Vincent Duclert Face à tant d'impuissance pour agir et penser aujourd'hui face à l'antisémitisme, il n'est pas vain de rappeler à la France, à l'Europe, le meilleur de ce qu'elles ont été dans le passé, afin de demeurer capables encore d'édifier des sociétés démocratiques. Ces récits de combats héroïques réinsufflent à la raison démocratique un supplément d'âme. Il ne suffit pas d'invoquer la démocratie pour la défendre. On doit "croire" en elle et trouver, dans cette croyance de raison, le courage de se battre pour elle. En 1910, Charles Péguy écrit dans Notre jeunesse que l'affaire Dreyfus «ne finira jamais». Plus elle est finie, explique-t-il, «plus elle prouve».
Michel Rocard a rappelé jusqu'à ses dernières années ce que fut le "miracle calédonien", conclu par les accords de Matignon, expliquant sa méthode et son grand attachement au succès de 1988 : il résumait pour lui une vie de convictions et d'actions mais aussi les difficultés d'oeuvrer pour la paix au milieu des engrenages de guerre civile et de brutalisation des sociétés. Cette réussite découlait d'engagements passés, notamment celui contre la guerre d'Algérie en 1958, et inspirera d'autres démarches, dont celle portant, toute sa vie durant, sur le conflit israélo-palestinien. S'ajoute une quatrième et non moins décisive expérience de paix, après le désastre du soutien de François Mitterrand au régime prégénocidaire du Rwanda à partir de 1990, culminant dans le génocide des Tutsi de 1994. Ces quatre grands dossiers constituent une expérience unique d'action internationale fondée sur une diplomatie de combat, sur des choix de vérité et sur une éthique de gouvernement. C'est ce que révèle et démontre l'historien Vincent Duclert dans cette biographie d'un Michel Rocard inédit, nourrie d'archives retrouvées, éclairant d'une lumière neuve l'histoire d'un démocrate de la République et d'une figure de la gauche française et européenne.
Au coeur de la mémoire nationale et des trajectoires individuelles, les archives en France ne sont pas seulement un symbole. Le terme désigne en effet les millions de documents produits ou reçus par les administrations, les entreprises, les associations, les individus, mais aussi les services publics et privés qui les collectent, les conservent et les communiquent, ainsi que les dépôts et les salles de lecture. Les archives sont à la source de l'histoire et sont mobilisées par les sciences sociales, autant qu'elles restituent les activités des administrations, des associations, des entreprises... L'exigence actuelle de transparence publique, la recrudescence des conflits mémoriels placent aujourd'hui archivistes, généalogistes, historiens et citoyens devant des enjeux considérables, proprement politiques et de portée internationale. Cet ouvrage se propose de guider le lecteur à travers cet univers mal connu en présentant les transformations de la législation, les mutations institutionnelles des services de conservation et de communication, les défis nouveaux des usages des archives et de l'entrée dans l'ère du document numérique.
L'étranger est notre voisin, notre enseignant ou notre collègue de travail. Nous avons des amis qui parlent une autre langue, des amours qui viennent d'ailleurs, des rencontres avec l'Autre qui ont marqué nos vies. Mais dans les périodes les plus sombres de l'Histoire, l'étranger cristallise les haines et les peurs. Exilés, indigènes, Juifs, réfugiés, rares sont les peuples qui n'ont pas été qualifiés d'« étrangers ». Quel statut, quel accueil, la France leur a-t-elle accordé ? Comment sont-ils perçus depuis les premiers mythes jusqu'à nos jours ? D'Homère à Jacques Prévert, d'Aristote à Hannah Arendt, d'Émile Zola à Albert Camus, les textes (poèmes, discours politiques, extraits de romans, textes de lois...) de cette anthologie inédite, réunis et présentés par l'historien Vincent Duclert, retracent l'histoire de cette notion pour mieux en comprendre les enjeux au xxie siècle.
Ce recueil inédit mêle lettres de civils, textes d'écrivains ou d'historiens, discours d'hommes politiques et chansons contemporaines, de Zola à Polnareff en passant par Hugo, Josephine Baker, Simone Veil, etc. Autant de femmes et d'hommes qui ont fait vivre à travers leurs mots les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, dont le rayonnement devient la cible des fanatiques. Au fil de ces textes, le livre rejoue les grands moments de la France, ses combats pour la liberté, ses heures sombres de guerre et d'obscurantisme, ses défis relevés depuis toujours. Hommage à la France, mais aussi réflexion sur l'appartenance à la nation et clé de lecture du monde contemporain, cet ouvrage est autant destiné aux lecteurs de tous âges qu'aux enseignants à la recherche de textes fondamentaux sur lesquels appuyer leur dialogue avec les nouvelles générations.
Figure majeure de l'histoire française et européenne, personnage central de la République et du socialisme, premier mort de la Grande Guerre par son assassinat le 31 juillet 1914, héros du Panthéon depuis 1924, Jean Jaurès (1859-1914) ne bénéficie pourtant pas d'une biographie à la hauteur de sa place dans l'histoire contemporaine. C'est chose faite aujourd'hui avec l'ouvrage des historiens Gilles Candar et Vincent Duclert, qui orchestre les sources les plus vastes tout en restituant les acquis les plus récents de la recherche. Se dessine un portrait passionnant de ce brillant normalien, philosophe, professeur, plus jeune député de France, grand orateur et journaliste pénétrant, patriote internationaliste, fondateur du socialisme démocratique, aux avant-postes de la République. Son attention constante à la question sociale l'amène à s'engager dans de très nombreuses luttes ouvrières, paysannes, syndicales, intellectuelles. Ses écrits innombrables témoignent de ce choix de la justice et de la cause de l'humanité. Ce livre défend une interprétation de l'homme et de son action dans l'étude du combat politique, intellectuel et moral qui entraîna Jaurès tout au long de son existence, et même par-delà sa mort puisque sa mémoire continue d'agir puissamment sur les représentations contemporaines. Jaurès est un symbole pour les sociétés, un emblème à gauche, parfois disputé à droite, une icône aussi pour des générations de militants, un objet d'étude enfin, sans cesse renouvelé.Professeur de chaire supérieure au lycée Montesquieu (Le Mans), président de la Société d'études jaurésiennes, Gilles Candar anime chez Fayard la parution des OEuvres de Jean Jaurès. Chercheur et enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales, inspecteur général de l'Éducation nationale, Vincent Duclert a publié une biographie remarqué d'Alfred Dreyfus (Fayard, 2006).
Le 22 décembre 1894, un procès d’État condamne un capitaine juif, alsacien, innocent de toute charge, pour crime de « haute trahison » (en faveur de l’Allemagne). S’ouvre, deux ans plus tard, une crise majeure de la République. Mais l’engagement pour Dreyfus, la défense des droits de l’homme et du citoyen, la lutte contre l’antisémitisme et le nationalisme entraînent un sursaut civique de la société. Le 12 juillet 1906, un arrêt solennel de la Cour de cassation réhabilite l’officier. L’Affaire inaugure un âge démocratique porté par l’engagement des intellectuels, la reconnaissance de nouvelles libertés, la solidarité pour les opprimés de par le monde. Vincent Duclert, historien de la France contemporaine, professeur à Sciences Po, signe une synthèse sur l’affaire Dreyfus remarquable de rigueur et de clarté. Un texte indispensable pour comprendre ces mutations si décisives pour la Belle Époque, et qui, 120 ans plus tard, demeurent d’actualité face à la raison d’État, au viol de la justice et à l’abandon des persécutés. Durée : 06H16
Telle qu'elle se dessine et malgré l'ardeur mise à séduire et à gagner les esprits à ce grand besoin identitaire qu'il serait si urgent de satisfaire par ce moyen si « pédagogique », la création prochaine d'une « Maison de l'Histoire de France » laisse craindre le pire pour l'histoire, et rien de bon pour la France et les Français... Sous les oripeaux médiatiques et la facilité des fausses évidences se profile une machine à instrumentaliser le «désir d'histoire» des Français et à soumettre les historiens à une vision romantique, voire romancée et en tout cas non scientifique du parcours national. Le projet, qui a surgi tout armé d'une belle opération d'évitement du travail d'enquête qui est le préalable nécessaire à tout engagement dans ces domaines infiniment sensibles, recèle en corollaire des risques certains pour le devenir des musées, de la muséographie et des Archives nationales. Un groupe représentatif de professeurs, de chercheurs et de professionnels du monde de la culture s'est réuni pour procéder à l'évaluation critique du projet présidentiel, en pointer les dangers et faire une contreproposition. Un Musée de l'histoire de France a certainement sa place aux Archives nationales. Mais un autre.
Des milliers de livres existent sur l'affaire à laquelle Alfred Dreyfus a donné son nom, mais nul n'a jamais écrit sa biographie. Curieuse, troublante lacune... Ne fallait-il pas montrer le rôle éminent que cette figure ignorée, déformée (quasi niée jusque chez une partie des dreyfusards), a joué dans le combat pour la vérité et la justice ? Certes Lazare, Zola, Péguy, Jaurès, Clemenceau et d'autres ont été nécessaires, mais sans le concours actif du principal intéressé (et de sa famille), y aurait-il eu seulement une affaire ? Un condamné qui se fût abandonné, qui eût capitulé devant la souffrance morale et physique, qui se fût résigné à l'injustice, qui eût cru qu'il suffisait de se draper de son innocence eût forcément échoué devant l'acharnement, la duplicité, la perversité d'adversaires déterminés à perdre un juif, un intellectuel, un officier qui s'était voulu le parangon des cadres dont une armée rénovée aurait besoin en cette aube du XXe siècle. C'est Dreyfus et nul autre qui a rendu possible le combat pour la justice, il s'en est fait un devoir et un honneur. Le devoir de l'histoire consiste à le sortir de l'oubli et du mensonge pour révéler l'homme, ses actes et son patriotisme. C'est aussi un devoir de justice.
« Êtes-vous un intellectuel de gauche ? - Je ne suis pas sûr d'être un intellectuel... Quant au reste, je suis pour la gauche, malgré moi et malgré elle. » (Entretien du 14 décembre 1959, Albert Camus avec François Meyer, université d'Aix en Provence.) Albert Camus est mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Il y a tout juste 60 ans. Il a été de son vivant méprisé, haï même, pour avoir combattu tous les totalitarismes, pour avoir défendu une position réconciliatrice face à la guerre d'Algérie, pour avoir écrit L'Homme révolté. Il s'est tenu dans une position morale face à l'histoire tout en demeurant un homme de théâtre et un romancier exigeant. Aujourd'hui il est reconnu, célébré souvent, toujours discuté pour sa solidarité en faveur de ses soeurs et frères algériens et sa critique permanente d'une gauche complaisante avec la violence d'État. Personnalité complexe et entière, Camus n'a pas transigé sur l'essentiel, le choix de la liberté et le devoir de vérité, lui imposant alors l'épreuve de la solitude et l'incompréhension de ses contemporains, ne comptant plus que sur le soutien de ses amis et celui des femmes qu'il aimait. Pour mieux comprendre Camus, Vincent Duclert ouvre des archives familiales, notamment le récit de la toute dernière intervention publique de Camus (citée ici) qu'a menée son propre grand-oncle, François Meyer. Vincent Duclert revisite enfin les pays dont Camus a su donner une âme autant qu'un destin, celui de la liberté, de la vérité et du courage. Fondé sur la relecture de ses écrits notamment politiques, ce livre se veut hommage réfléchi à une pensée française autant qu'internationale, qui demeure de notre temps.
Acteur du Bloc des gauches, majoritaire à la Chambre des députés, et auquel appartient son parti socialiste français, Jaurès est confronté de près à l'exercice du pouvoir. Vice-président de la Chambre en 1903, il anime la délégation des gauches et fait figure de grand orateur parlementaire de la majorité qui soutient la politique laïque, anticléricale et réformatrice du gouvernement Combes (1902-1905). Mais Jaurès ne se laisse pas enfermer dans la seule pratique politique, intérieure et internationale. Il relance l'affaire Dreyfus dans un grand discours à la Chambre en avril 1903 et publie quelques-uns de ses plus importants textes de réflexion historique et politique : le Discours à la jeunesse au lycée d'Albi en juillet 1903 et l'étude intitulée Le socialisme et le radicalisme en 1885, vaste enquête sur ses débuts en politique en préface à l'édition de ses Discours parlementaires en janvier 1904. Il participe ainsi pleinement aux grandes controverses du début du siècle sur la nature du socialisme français et international, notamment lors du congrès d'Amsterdam (août 1904). Gilles Candar est professeur d'histoire en classes préparatoires au lycée Montesquieu (Le Mans). Vincent Duclert est chercheur au Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (École des Hautes Études en Sciences Sociales) et professeur associé à Sciences Po. Rémi Fabre est professeur émérite à l'université Paris-Est Créteil.
En 1915, un événement - l'extermination des Arméniens ottomans - fait basculer le monde dans l'ère des tyrannies et des crimes de masse. Le traité de Lausanne signé avec la Turquie, huit ans plus tard, scelle la disparition de l'Arménie plurimillénaire, à l'exception de la Petite République des régions russes, soumise à la terreur stalinienne. Parmi les Alliés, la France porte une lourde responsabilité dans le premier génocide du XXe siècle et l'abandon des survivants. Critiques d'une telle politique impériale, des savants, des écrivains, des intellectuels, des parlementaires et diplomates français, des hommes de foi, rejoints par leurs homologues belges et suisses, choisissent de défendre un devoir d'humanité. Dès la fin du XIXe siècle, ils s'engagent contre l'injustice des grands massacres qui se répètent dans l'Empire ottoman. À la suite de Séverine, Jaurès ou Anatole France, une majorité de dreyfusards se mobilisent. La solidarité devient une cause morale et politique majeure, débouchant sur la formation d'un large « parti arménophile ». Dans cette étude passionnante, Vincent Duclert révèle l'histoire française de ce génocide tombé dans l'oubli. Il faudra attendre le 29 janvier 2001 pour que le Parlement, retrouvant la mémoire de ses engagements pour les Arméniens, adopte une loi de reconnaissance, tandis qu'intellectuels et historiens réinvestissent le champ de la connaissance du premier génocide. Historien à l'École des hautes études en sciences sociales (CESPRA), Vincent Duclert est venu à l'étude du génocide des Arméniens par l'affaire Dreyfus, Jean Jaurès et la recherche sur les engagements démocratiques dont il est l'un des spécialistes.
Alex et ses amis pensaient être enfin libres. Mais ils auraient dû se douter qu'on ne s'échappe pas si facilement de la Fournaise. Au lieu de ça, ils découvrent les horreurs qui se trouvent dans les tunnels situés sous la prison, bien pires que les panteleurs ou le directeur... Et le temps est compté avant qu'ils ne se transforment eux aussi en monstres ! Dans ce gouffre obscur, leurs pires cauchemars vont prendre vie...
Depuis cent ans, son image a alterné entre le socialiste, le pacifiste, le républicain, le parlementaire, l'intellectuel, l'Occitan... Sa renommée se fonde sur des actes puissants, depuis la défense des ouvriers de Carmaux en grève dans les années 1880 jusqu'à sa lutte pacifiste, sans oublier la fondation de l'Humanité et son pouvoir à l'Assemblée. Assassiné le 31 juillet 1914 à la veille d'une Première Guerre mondiale qu'il combattait avec ses dernières forces, Jean Jaurès a marqué ses contemporains d'une empreinte sans équivalent. Ni monarque ni chef d'État, ni héros militaire ni prophète religieux, il a incarné de son vivant le tribun obstiné des luttes sociales, des engagements politiques et des fidélités intellectuelles. C'est dans sa vérité historique que Vincent Duclert restitue l'homme, alors que Jaurès posthume continue d'éveiller les sociétés à leur devoir de solidarité, de vérité et de justice.
Depuis cent ans, son image a alterné entre le socialiste, le pacifiste, le républicain, le parlementaire, l'intellectuel, l'Occitan... Sa renommée se fonde sur des actes puissants, depuis la défense des ouvriers de Carmaux en grève dans les années 1880 jusqu'à sa lutte pacifiste, sans oublier la fondation de l'Humanité et son pouvoir à l'Assemblée. Assassiné le 31 juillet 1914 à la veille d'une Première Guerre mondiale qu'il combattait avec ses dernières forces, Jean Jaurès a marqué ses contemporains d'une empreinte sans équivalent. Ni monarque ni chef d'État, ni héros militaire ni prophète religieux, il a incarné de son vivant le tribun obstiné des luttes sociales, des engagements politiques et des fidélités intellectuelles. C'est dans sa vérité historique que Vincent Duclert restitue l'homme, alors que Jaurès posthume continue d'éveiller les sociétés à leur devoir de solidarité, de vérité et de justice.
Jeune militante de la CIMADE durant la Seconde Guerre mondiale pour l'aide aux persécutés, première femme consacrée pasteur de l'Église réformée de France, Élisabeth Schmidt (1908-1986) rejoint le 2 octobre 1958 la paroisse de Blida-Médéa, aux confins de la riche plaine de la Mitidja et des plateaux du Tell. Son ministère va s'exercer en pleine guerre qui ne dit pas son nom. L'arrivée au pouvoir du général de Gaulle n'a pas encore modifié son cours. Elle s'intensifie même avant de basculer dans une guerre dans la guerre, la lutte sanglante opposant les partisans de l'Algérie française et les autorités de la République imposant l'indépendance algérienne. Élisabeth Schmidt fait bien plus qu'observer le drame des communautés en guerre et le quotidien de la misère, de la terreur et de la mort. Métropolitaine vivant en Algérie, elle ressent l'attachement des Européens à une terre qui a été bien souvent synonyme pour eux de nouveau monde. Elle comprend en même temps la nécessité de l'indépendance que l'intransigeance des colons rend plus inévitable que jamais. Femme d'église mais aussi intellectuelle proche des idées de Germaine Tillion ou d'Albert Camus, elle s'emploie à maintenir des relations entre des communautés en guerre. En vain. L'abandon dont elle ressent si douloureusement la tristesse n'est pas celui d'une terre que des Français croyaient la leur, mais fondamentalement celui d'une possible réconciliation entre des peuples déchirés. À l'automne 1962, Élisabeth Schmidt décide de poursuivre l'aventure. Elle devient enseignante dans un lycée de l'Algérie indépendante. Mais elle est devenue une étrangère. Elle doit abandonner ses espoirs de justice fraternelle. Ne lui restent que sa mémoire et l'écriture. Ce témoignage d'un « temps de malheur », publié pour la première fois en 1976, fait ici l'objet d'une édition critique et d'apports documentaires inédits. Pour comprendre l'Algérie coloniale, la guerre d'Algérie, les premiers temps de l'Indépendance, le rôle du protestantisme, ces Souvenirs constituent un éclairage exceptionnel, au plus près de la tragédie mais dans une écriture de la distance et de la compréhension qui est d'une indéniable modernité. Témoignage sur un passé jamais refermé, le livre d'Élisabeth Schmidt porte une pensée pour l'avenir. Historienne du protestantisme, Gabrielle CADIER est maître de conférences honoraire à l'université de Paris IV Sorbonne. Historien de la politique, Vincent DUCLERT est professeur agrégé à l'École des hautes études en sciences sociales.
Pourquoi faire de l'histoire ? Quelle est la place de cette discipline dans le monde contemporain ? Qu'apporte-t-elle de spécifique dans la réflexion sur les sociétés, la politique et la culture ? L'historien peut-il accepter que le politique légifère sur des terrains qu'il veut garder libres pour la recherche et où la vérité n'est jamais aussi simple et unvique quene l'imagine le politiquement correct du moment ? Solidement argumenté, illustré de nombreuses réféences à ces cas cocnrets, cet essai d'un des historiens les plus en vue de la génération montante défend avec brio la fonction critique de l'histoire et montrer quels sont les grands chantiers que doti aujourd'hui affronter la discipline.
Le colonel Emile Mayer est un personnage peu connu du grand public, mais son rôle dans l'histoire de France est essentiel. Capitaine à 28 ans, il est passionné par la stratégie militaire, prend parti pour Dreyfus et est exclu de l'armée. Rendu à la vie civile, il aide Jaurès à concevoir sa pensée sur l'armée nouvelle. A la réhabilitation du capitaine Dreyfus en 1906, justice lui est rendue : il est réintégré. Ses opinions l'empêchent d'accéder à plusieurs postes mais il n'en exerce pas moins une influence notable sur certains milieux intellectuels. Lié à Roger Martin du Gard, il reçoit beaucoup dans le salon de sa fille Cécile, grande amie de Léon Blum. C'est ici qu'il rencontre le colonel de Gaulle. Leurs liens se renforcent. De Gaulle se considère comme l'élève de Mayer : ce dernier lui apporte la conception d'une armée professionnelle et démocratique. Mayer soutient de Gaulle sur l'utilisation de l'arme blindée et anticipe comme lui la menace que représente le nazisme. Il meurt trois mois après à Munich (1938). L'avènement de la France libre, le développement de la Résistance lui doivent beaucoup, à titre posthume.