Joë Bousquet
Joë Bousquet
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Joë Bousquet. Roman autobiographique, "Le Meneur de lune" organise la vie de l'auteur selon une logique purement onirique où la fable prend souvent le pas sur les faits réels, et où l'univers intérieur du poète vampirise totalement son environnement. Sa vie nous apparaît comme éclatée, morcelée, déchirée entre pulsion de mort et pulsion de vie. Joë Bousquet naît ici, à l'âge de vingt ans, de cette blessure de guerre qui fera de lui un mort en sursis jusqu'à la fin de sa vie, mais un mort flamboyant. La blessure ouvre une histoire de son corps infirme, mutilé, paralysé, un corps désormais en trop. À partir de ce jour, le poète doit vivre en deux, comme désolidarisé de sa propre chair, et il se sent devenir femme, "souhaitant d'enfanter des esprits". Les morceaux de son corps se rassemblent dans le texte et le récit biographique laisse alors place au conte. L'auteur n'assiste plus au jeu du monde, mais s'arrange pour en montrer les marionnettes. Son royaume se peuple de créatures composites: "l'homme-nébuleuse", "l'oiseau-corbillard", "l'homme-chien". Dans ce nouveau royaume où l'homme n'est plus, des ombres passent, des fêtes funèbres s'y donnent, auxquelles participent des princesses en exil, femmes mythiques à qui il donne des noms de reines qui se lisent comme des signes révélés de son passé en ruine. "Le Meneur de lune" est l'un des derniers ouvrages en prose de Joë Bousquet.
Blessé de guerre en 1918, à l'âge de 21 ans, Joë Bousquet restera allongé jusqu'à la fin de ses jours avec un corps paralysé. Mort sans être mort, il n'a pas quitté sa chambre depuis une vingtaine d'années lorsqu'il commence à écrire "Traduit du silence". Journal intime ou, plus exactement, poème de sa vie intérieure, ce récit lui permet de «purger ses pensées» et de trouver un sentier dont il n'existait que l'idée. Le poète imagine de «contrécrire» pour mieux se connaître et parce qu'il a entrevu un monde «où on parlera sans avoir à rencontrer ces mots qui font saigner le temps». Écrire est pour lui «être déshabillé de sa propre présence» et «se rendre, au-dedans de soi, apte à créer l'ordre que l'on devra subir». En proie à une méditation incessante, sa pensée devient la chair d'un univers aux dimensions et profondeurs imprévues. Il crée une nouvelle géologie du corps qui ne progresse pas d'organe en organe mais de strate de pensée en strate de pensée. Rien n'arrête la pensée qui assimile même le silence: «Pour traduire le silence, il faut vivre au-delà de son propre silence, entendre et retenir toutes les voix qui se taisent en nous.» [...] «Je ne suis ni dans la littérature ni dans l'art. Pas même dans l'amour. Mais je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie.»
Le roi du sel constitue un véritable roman. Retrouvé il y a peu de mois, il n'est nullement un fond de tiroir, ni un de ces montages fabriqués à coups de ciseaux par un disciple trop zélé. Joë Bousquet l'avait revu, et mis au point lui-même pour publication. Il n'eut jamais, hélas, la joie de tenir entre ses mains ce livre qu'il aurait voulu ajouter à la Bibliothèque rose, comme un recueil de contes fantastiques inspirés par le village de son enfance. L'écrivain a trouvé là, en effet, une nouvelle source d'inspiration romanesque, où le village marin de La Palme et le personnage du roi du sel, ce gueux merveilleux, ne font qu'un. La Palme, c'est le temps retrouvé, l'enfance, la lumière heureuse de ces vacances que Joë Bousquet passait, chaque été, auprès de son grand-père ; c'est l'apprentissage de la liberté, l'émoi des premières rencontres avec ces filles gauchement impudiques que le vent déshabillait et apprenait à rougir. C'est aussi le légendaire méditerranéen, peuplé de ces individus singuliers et fantasques, fils de pirates dont l'existence débordait d'aventures picaresques, autant que leur mémoire ancestrale était remplie de contes à dormir debout. Inédit, lui aussi, le Conte des sept robes, que nous publions à la suite du Roi du sel, est un hommage rendu aux sept femmes que Bousquet a le plus aimées, ou qui incarnaient le mieux à ses yeux la féminité absolue, chacune d'elles rejoignant, par des sentiers de forêt, ce qu'elles sont toutes sans le savoir. Ces femmes n'existent que comme apparences, elles ne sont que leurs robes, elles ne sont qu'extériorité : elles prennent les couleurs de l'oeil qui les regarde, ou qui les attend. Elles sont aussi la substance de celui qui les contemple avec amour. Mais si elles aiment à leur tour, alors elles s'intériorisent, et elles apportent à l'homme l'oubli de ce qu'il est. Ce texte, dans lequel Bousquet semble nous dire que l'amour de la femme est trop grand pour l'homme, fait partie de ces contes plus purs, de ces contes parfaits, à travers lesquels le poète cherchait, avec une sorte d'enivrement, à mettre tout l'imaginaire dans la réalité.
Dans ces admirables lettres d'amitié intellectuelle adressées par Joe Bousquet (1897-1950) à Jean Cassou (1897-1986) passe la vie exceptionnelle et dramatique du poète alité. Blessé de guerre en 1918, condamné à ne plus quitter sa chambre de Carcassonne, Bousquet constitue sans relâche une oeuvre d'une originalité poétique profonde, lisant et partageant sans cesse, s'entourant d'amis fidèles, de Jean Mistler à Paul Éluard. Figure importante des lettres, de l'art et de la Résistance, le futur conservateur en chef du musée d'Art moderne Jean Cassou, fidèle parmi les fidèles, lui est une oreille attentive et éclairée, son soutien essentiel. Entre 1930 et 1950, Cassou relaie à Paris les recherches éditoriales - souvent contrariées - de son ami ' Joe ' et devient le témoin du paysage mental fascinant de l'auteur de Traduit du silence. Vingt ans après la disparition de Joe Bousquet, Jean Cassou a donné une préface à l'édition de 25 de ces lettres, confiées aux Éditions Rougerie. Le volume présent, préparé par Dominique Bara et Hubert Chiffoleau, comporte 82 lettres inédites supplémentaires qu'il souhaitait voir paraître après sa mort.
Dans ces admirables lettres d'amitié intellectuelle adressées par Joe Bousquet (1897-1950) à Jean Cassou (1897-1986) passe la vie exceptionnelle et dramatique du poète alité. Blessé de guerre en 1918, condamné à ne plus quitter sa chambre de Carcassonne, Bousquet constitue sans relâche une oeuvre d'une originalité poétique profonde, lisant et partageant sans cesse, s'entourant d'amis fidèles, de Jean Mistler à Paul Éluard. Figure importante des lettres, de l'art et de la Résistance, le futur conservateur en chef du musée d'Art moderne Jean Cassou, fidèle parmi les fidèles, lui est une oreille attentive et éclairée, son soutien essentiel. Entre 1930 et 1950, Cassou relaie à Paris les recherches éditoriales - souvent contrariées - de son ami ' Joe ' et devient le témoin du paysage mental fascinant de l'auteur de Traduit du silence. Vingt ans après la disparition de Joe Bousquet, Jean Cassou a donné une préface à l'édition de 25 de ces lettres, confiées aux Éditions Rougerie. Le volume présent, préparé par Dominique Bara et Hubert Chiffoleau, comporte 82 lettres inédites supplémentaires qu'il souhaitait voir paraître après sa mort.
Bousquet Joë - Le Roi du Sel : Joë Bousquet nous plonge dans l'univers de contes languedociens aux personnages fantastiques et fantasques vivant dans un village imaginaire: à Saint Souris, la nature sauvage et lumineuse d'une méditerranée battue par le vent s'illustre de lagunes, de joncs et de cultures difficiles. Mais c'est aussi une plongée dans ses souvenirs d'enfance, lorsqu'il retrouvait, pendant les vacances, ses grands-parents et son frère (son cousin, en fait) dans le village de La Palme ou lorsque malade et près de mourir, les femmes qui le soignaient lui racontaient les histoires qu'il reprend ici dans une langue étrange et superbe. Imprégnés d'une recherche de «réalisme imaginaire», il déclare que le «vraisemblable est le féerique». «[Par là, il veut dire] qu'il n'y a point de réalité qui ne soit féerique, ni de féerique qui ne soit réalité. De ce fait les rapports du langage et de la fiction se trouvent sensiblement modifiés. Sans doute Bousquet avait-il toujours pensé que dans la «poésie-fiction», celle des contes, le langage uniquement traducteur devait se borner à fixer l'événement perçu, l'«apparaissant», comme le ferait un photographe, mais maintenant il va beaucoup plus loin: il se met en quête, pour ses fictions, d'un style impersonnel [...] un langage qui utilise ses puissances virtuelles pour imiter et non pour inventer.» (René Nelli, Préface au Roi du Sel, Albin Michel, 1977, p. 14-15) Le résultat en est déroutant et séduisant Il emporte le lecteur dans les méandres d'une vie rêvée. Confié pour édition en 1948 par Bousquet aux Cahiers du Sud, qui n'en publié que quelques pages, cet ouvrage fut retrouvé 27 ans après son décès et parut, en 1977, aux éditions Albin Michel. Joë Bousquet, né à Narbonne (Aude) le 19 mars 1897 et mort à Carcassonne (Aude) le 28 septembre 1950 à l'âge de 53 ans, est un poète et écrivain français. Immobilisé à vie par une blessure de guerre le 27 mai 1918, il a composé une oeuvre poétique romanesque. Elle mêle contes, journaux, poèmes, récits, romans, méditations philosophiques, où les mots seuls importent et la pensée impose son rythme. Pendant les 32 années où il vécut immobilisé dans sa maison de Carcassonne, il reçut les visites des plus grands écrivains et artistes - Paul et Gala Éluard, Max Ernst, Louis Aragon et Elsa Triolet, Simone Weil, André Gide, Gaston Gallimard, Jean Paulhan.
La publication des Lettres à Ginette, jusque-là restées inédites, devrait faire date : il s'agit d'une correspondance érotique, la seule qu'ait laissée Joë Bousquet. Si cette correspondance étalée sur vingt ans (1930-1950) constitue par la force des choses une sorte de roman, c'est celui de la fidélité anxieuse et de la séparation. Les premières lettres de Joë Bousquet à Ginette Augier sont de 1929 ; la dernière, qu'elle reçut, alors qu'il venait de mourir, exprime encore l'insistance désincarnée de son amour. Il ne parvint jamais à la retrancher de son être, et il n'est pas de femme à qui il ait voué un attachement plus constant, plus consubstantiel. Ginette, qui avait eu une enfance très solitaire, ne connaissait rien de l'amour quand elle rencontra Joë. Et peut-être n'en éprouva-t-elle jamais que ce qu'il lui avait appris au cours d'expériences qu'elle n'eut sans doute ni le goût ni l'occasion de refaire avec d'autres. « Drôle de vie où nous sommes logés », lui disait Joë. « Toi sans moi ! Moi sans toi ! le seul bonheur possible. » À cette femme extrêmement intelligente, il ose tout dire, en des lettres poétiques, étincelantes, douloureuses, d'une crudité de langage étonnante. Cette correspondance a aussi l'immense mérite d'éclairer tout un pan de l'oeuvre romanesque de Joë Bousquet ; au-delà de toute « dépravation » sexuelle, les mythes de La Tisane de sarments deviennent les symboles de la toute-puissance de l'idée d'Amour. Nulle part mieux que dans ces Lettres à Ginette, Bousquet ne s'est expliqué sur divers points demeurés obscurs, concernant le dédoublement naturel de la conscience, la trame fatidique des événements quotidiens et, surtout, les problèmes érotiques.