Guy Michelat
Guy Michelat
On a beaucoup écrit que si, dans le passé, la religion avait constitué un principe essentiel de différenciation politique, il n'en allait plus de même aujourd'hui. On s'est également demandé si la classe sociale continuait d'avoir une incidence sur le comportement politique. En fait, les comportements politiques et les systèmes d'opinions et d'attitudes qui leur sont associés restent fortement dépendants du niveau d'intégration religieuse et de l'appartenance objective et subjective à une classe sociale. Ce que l'analyse, menée à partir d'entretiens non directifs et d'enquêtes par questionnaires, révèle, à l'origine des comportements politiques, ce sont les croyances et les convictions, les implications affectives, la représentation du champ social, les systèmes de normes et de valeurs caractéristiques notamment du catholicisme et de la classe ouvrière. L'emprise de ces structures symboliques est largement tributaire de l'histoire des individus et de leurs groupes d'appartenance. L'analyse de données collectées en 1966 et sa confrontations avec des résultats plus récents montrent à la fois le profond enracinement culturel des systèmes d'attitudes ainsi constituées et leur évolution, inséparable des mutations globales de la société française.
Les auteurs ont construit, dans les années 1960, le modèle d'une culture politique ouvrière dans laquelle appartenance au groupe ouvrier, sentiment d'appartenir à la classe ouvrière, rejet du libéralisme économique et républicanisme débouchaient sur un vote de gauche, notamment communiste. Les mutations et ruptures, idéologiques et électorales, intervenues dans les années 1980-1990 ont conduit à ce livre fondé sur des entretiens non directifs et 18 enquêtes par sondage réalisées entre 1962 et 2002. Cette approche empirique permet aux auteurs de mettre en évidence l'évolution des attitudes politiques ouvrières sur quarante ans, d'en évaluer l'ampleur, d'en dater précisément les étapes majeures et de proposer une synthèse sans équivalent.