Charles De Varigny
Charles De Varigny
« Savez-vous, disait John Bright, dans un discours retentissant prononcé à Birmingham le 27 août 1866, que cent cinquante personnes possèdent la moitié du sol de l'Angleterre ; que la terre d'Ecosse appartient à dix ou douze individus ? Savez-vous enfin que le monopole de la propriété foncière va sans cesse grandissant, et que cette propriété foncière se concentre chaque jour en un moindre nombre de mains ? » Celui qui parlait ainsi n'était pas seulement l'adversaire passionné et convaincu de la grande propriété territoriale, mais aussi l'un des riches manufacturiers de l'opulente Angleterre, le représentant attitré d'un parti puissant, l'avocat éloquent des classes ouvrières. Homme nouveau, dans le sens latin du mot, sorti des rangs du peuple, dont il revendiquait les droits à conquérir, avec la petite propriété, le privilège électoral qui y était attaché, il avait, quarante années auparavant, posant sa candidature au siège qu'il occupait encore dans le parlement, pu déclarer à ses électeurs, sans crainte d'être contredit : « Je suis un ouvrier comme vous. Mon père fut aussi pauvre qu'aucun de ceux qui m'écoutent. Ni lui ni moi ne pouvons nous targuer de notre naissance ou de nos alliances. Ce qu'il possédait, il le devait à son labeur. Ce que je possède me vient de lui et de mon propre travail. Je me présente donc à vous comme l'ami d'une classe à laquelle j'appartiens, comme un enfant du peuple. » Ce livre explore l'histoire des grandes fortunes anglaises.
Quand, remontant l'Océan-Pacifique, le navigateur franchit la ligne et s'élève vers le nord, il voit se dérouler devant lui une mer sans fin ; les îles sont rares, largement espacées ; sur les eaux profondes, les attols ont disparu, les îlots ne jalonnent plus sa route, reliant les hautes terres, annonçant leur voisinage. Sur les flots solitaires, on n'aperçoit plus les pirogues des pêcheurs, les voiles blanches des goélettes. Seuls, de loin en loin, quelques grands navires à vapeur fuient à l'horizon, trouant l'Océan de leur hélice, traçant sur l'eau un sillage profond, déployant dans l'air leur panache de fumée. Ils viennent de San-Francisco ou de Honolulu, ils se rendent en Australie, en Chine ou au Japon ; ils sont chargés de laine, de sucre, de thé, de soie, d'or, des produits du monde entier ; ce qu'un seul d'entre eux transporte eût exigé toute une flotte du temps de Colomb et vaut plus que le chargement d'une caravelle de galions. Ils relient l'Océanie à l'Europe, à l'Asie, à l'Amérique, et, dans le Pacifique du Nord, leur point de convergence, leur centre de ravitaillement se trouve dans la plus haute terre polynésienne, dans l'Archipel hawaïen. Situé à 700 lieues des côtes de l'Amérique, à 1400 de celles de l'Asie, ce royaume est peu connu, son histoire moins encore ; elle n'était guère pour intéresser l'Europe ; il a fallu, pour éveiller son attention, l'exposition de 1889, l'étonnement avec lequel on apprit que dans cet heureux État on ne trouverait pas un homme ou une femme ne sachant lire, écrire et compter ; il a fallu la nouvelle qu'une insurrection venait d'éclater et qu'une délégation se rendait à Washington pour solliciter du congrès l'annexion aux États-Unis du royaume hawaïen. Par quel singulier concours de circonstances, cet archipel, où l'on ne compte que 2000 résidents américains, où la population indigène est de beaucoup encore la plus nombreuse, où elle est restée indépendante et fière, soucieuse de sa liberté, attachée à ses chefs, se déclarait-il ainsi brusquement prêt à aliéner sa nationalité, à répudier ses traditions monarchiques et à devenir terre américaine, lui en qui se résumaient et se concentraient les aspirations de cette race canaque, récemment née à la civilisation et qui, sur 1000 lieues de longueur et autant de largeur, peuple les archipels océaniens ? Comment le rêve d'une annexion, caressé depuis cinquante ans par une poignée de colons, menaçait-il de devenir une réalité ? Qu'allait dire l'Europe, qu'allaient faire les États-Unis ? À quelle cause attribuer ces événements ? Ils sont, ainsi que les conséquences qu'ils entraînent, la résultante d'un état de choses qui vaut d'être exposé, car il éclaire tout un côté peu connu de l'histoire de cette partie du monde qui a nom l'Océanie et dans laquelle nous avons un passé, des intérêts, des devoirs et un avenir.
Emma naquit à Honolulu le 2 janvier 1836. Elle était fille de George Naea, chef indigène, et de Fanny Young. Elle perdit ses parents de bonne heure et fut adoptée par Thomas-Charles Hooke, riche médecin anglais établi dans l'archipel... Devenue reine, Emma était l'idole des classes inférieures. Son règne leur apparaissait comme un millénium, un âge d'or. On savait, en outre, que le gouvernement des États-Unis, désireux d'assurer à sa marine de guerre un port de ravitaillement dans l'Océan-Pacifique, avait offert au gouvernement Hawaïen de lui acheter, à l'embouchure de la rivière la Perle, à quelque distance de Honolulu, une zone de territoire pour y installer un dépôt de charbon et des magasins de vivres. La reine était hostile à ce projet, dans lequel elle voyait, avec raison, une menace pour l'avenir et un premier pas dans la voie de l'annexion... Dans l'histoire de ce petit territoire, elle gardera le nom de la bonne reine. La petite fille du matelot anglais a largement payé à la dynastie éteinte des Kaméhaméha la dette de reconnaissance contractée par son grand-père le jour où le chef barbare de cette dynastie lui sauva la vie sur la plage de Lahaina.
Vous ignorez l'existence des ruines d'Uxmal ? Vous ne savez pas qu'il y a là, enfouie dans les forêts, toute une ville indienne, des palais gigantesques qui s'écroulent, des sculptures étranges, des hiéroglyphes indéchiffrables ? En 1854, deux Américains, Stephens et Catherwood, ont passé ici une année à étudier ces ruines, et ils ont publié à Boston un récit de leurs découvertes qui a fait, m'a-t-on dit, grande sensation dans le monde savant... Uxmal est désert. L'herbe croît dans la Cour du Nain, et la forêt enserre de sa formidable étreinte les grands palais muets dont les épaisses murailles chargées de hiéroglyphes, de bas-reliefs et d'idoles, semblent défier les efforts du temps. Les siècles seuls en auront raison. Ces derniers vestiges d'un peuple inconnu et d'une civilisation éteinte disparaîtront-ils à leur tour sans livrer leur secret ? La science un jour nous dira-t-elle quelles mains les ont élevés, quelles races les ont habités ?... À PROPOS DE L'AUTEUR Charles Victor Crosnier de Varigny, né le 25 novembre 1829 à Versailles et mort le 9 novembre 1899 à Montmorency, est un journaliste, voyageur et homme politique franco-hawaïen. Naturalisé, il séjourna quatorze ans à Hawaï, jusqu'à la chute de la monarchie, et y devint même ministre sous le règne du roi Kamehameha V.
Les cyclones ou tempêtes tournantes sont l'un des phénomènes les plus importants et les plus curieux de l'atmosphère. Ces impressionnants phénomènes, dont la route est marquée par tant de désastres, sont désignés par différents noms : ouragans, dans l'océan Indien ou l'Atlantique ; typhons dans la mer de Chine ; simoun, dans le désert ; tornades, sur la côte occidentale d'Afrique. Ces derniers tourbillons ne s'étendent qu'à une petite distance de leur point de formation, tandis que les cyclones peuvent couvrir une surface circulaire dont le diamètre varie de cent jusqu'à cent cinquante milles marins. En même temps qu'il tourbillonne avec une vitesse qui va croissant de la circonférence au centre, où règne un calme complet, le cyclone obéit à un mouvement de translation dont la vitesse, comme celle du mouvement de rotation, varie suivant l'intensité de l'ouragan, et augmente à mesure qu'il progresse. Les études poursuivies, depuis le commencement du siècle, par d'éminents météorologistes, ont permis de suivre l'origine, la marche des cyclones, et d'en tracer la route.
Les cyclones ou tempêtes tournantes sont l'un des phénomènes les plus importants et les plus curieux de l'atmosphère. Ces impressionnants phénomènes, dont la route est marquée par tant de désastres, sont désignés par différents noms : ouragans, dans l'océan Indien ou l'Atlantique ; typhons dans la mer de Chine ; simoun, dans le désert ; tornades, sur la côte occidentale d'Afrique. Ces derniers tourbillons ne s'étendent qu'à une petite distance de leur point de formation, tandis que les cyclones peuvent couvrir une surface circulaire dont le diamètre varie de cent jusqu'à cent cinquante milles marins. En même temps qu'il tourbillonne avec une vitesse qui va croissant de la circonférence au centre, où règne un calme complet, le cyclone obéit à un mouvement de translation dont la vitesse, comme celle du mouvement de rotation, varie suivant l'intensité de l'ouragan, et augmente à mesure qu'il progresse. Les études poursuivies, depuis le commencement du siècle, par d'éminents météorologistes, ont permis de suivre l'origine, la marche des cyclones, et d'en tracer la route.