Annabelle Allouch
Annabelle Allouch
Qui a tué mon père est le réquisitoire poignant d’Édouard Louis contre les politiques qui ont brisé le corps de son père.
Alors que la mise en place de Parcoursup visait, par le recours technique à une plateforme, à dépolitiser la question de l'accès dans l'enseignement supérieur, cette réforme aboutit au contraire à une politisation accrue de la question, y compris chez des candidats et des familles traditionnellement éloignées des répertoires d'action plus conflictuels. C'est ce que donnent à voir les recours liés à l'accès à l'enseignement. Leur croissance est à la hauteur du fort sentiment d'injustice que suscitent les refus d'admission. Les suppliques administratives adressées par les familles (souvent de classe moyenne et supérieure) sont révélatrice de l'inquiétude qui les gagne, altérant leur rapport aux institutions scolaires. Mais les juges peuvent-ils se prononcer sur le mérite d'un élève? Annabelle Allouch est maîtresse de conférences en sociologie, à l'UPJV, CURAPP-ESS. Elle est notamment l'auteure de Mérite ("Le mot est faible", Anamosa, 2021) et Les nouvelles portes des grandes écoles (Puf, 2022). Delphine Espagno-Abadie est maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Toulouse.
En 2000/2001, Les programmes « Convention d'Education Prioritaire » de Sciences Po, ouvraient, à grand renfort de trompettes médiatiques, l'ère de l'ouverture sociale dans les Grandes écoles françaises. Mais l'ouverture sociale a-t-elle modifié le visage de l'enseignement supérieur sélectif ? Pour comprendre les effets de ces dispositifs, il ne suffit pas d'étudier les parcours des quelques étudiants défavorisés qui parviennent à se hisser dans les Grandes écoles. Il faut se pencher sur les changements engendrés dans l'organisation et le fonctionnement de ces établissements et sur leur manière de sélectionner les étudiants. À partir d'une enquête sociologique menée pendant plusieurs années au sein d'établissements du supérieur (Sciences Po, ESSEC, Oxford University), cet ouvrage étudie les pratiques de sélection à l'oeuvre dans les filières d'élites et la manière dont l'ouverture sociale a affecté leur autorité symbolique.
Que ce soit à Polytechnique ou dans l'émission " Top Chef ", le concours s'est imposé comme la principale mesure du mérite individuel. Avec ses méthodes : épreuves, jury, hiérarchie. Et avec ses corollaires : compétition, stress, inégalités en tous genres. De l'ENA à Oxford en passant par le Gao Kao chinois, ce mode de classement ne cesse de favoriser la reproduction sociale. Pourtant, il s'est diffusé à de nouveaux espaces, bien au-delà des grandes écoles. Pour répondre aux critiques qu'on leur adresse depuis un demi-siècle, les institutions d'élite ont reformulé leurs modes de sélection, mais sans toujours en modifier la nature. Ainsi se perpétue la société du concours, avec sa frénésie de sélection et sa mise en concurrence généralisée. Nous en sommes à la fois les produits et les victimes. Chercheuse associée à Sciences Po, Annabelle Allouch est maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Picardie-Jules Verne.
La biographie pleine de vie et de charme du savant à la curiosité insatiable connu pour ses "Souvenirs entomologiques".