Jacques Folch-ribas
Jacques Folch-ribas
Dans l'oeuvre de Jacques Folch-Ribas - d'Une aurore boréale au Silence et à La chair de pierre (1989) -, ce livre occupe une place singulière. C'est un roman parce qu'il raconte une histoire - un amour fou pour une femme insaisissable -, mais il tient aussi du journal intime et des souvenirs. Et l'époque qu'il met en scène est de celles qui ne cessent de fasciner : les années de la seconde après-guerre à Paris. Étudiant en architecture, le jeune Olivier, journaliste d'occasion grâce à l'amitié de Camus, découvre Paris et ses vedettes : Sartre, Nimier, Beauvoir, Vailland et les autres. Et il les juge avec le regard de celui qui vient de loin : de grande famille catalane, il est un rescapé de la guerre d'Espagne - et la Catalogne et cette guerre sont en toile de fond de toute cette histoire, comme l'exil en est un des thèmes majeurs. Dans cette existence de bohème, surgit soudain une jeune femme qui ne vit que pour son corps : Ange. Capricieuse, mythomane, excentrique, sublime de beauté et de fantaisie, Ange apprend l'amour à Olivier. Des mois et des mois, ils vivent dans l'exaltation - et c'est un magnifique chant d'amour charnel - jusqu'au jour où Ange... Et c'est pour Olivier, comme un nouvel exil... Espèce rare, voici un roman lyrique.
Photographe de réputation internationale, Antoine va et vient à travers le monde. « Je ne tiens pas en place. Je cours les livres, je cours les paysages, je cours la Beauté... et les femmes, bien sûr. Mais n'est-ce pas la même chose ? »... Beau, séduisant, indifférent, il ne vit ainsi que pour le plaisir - un plaisir que les femmes lui accordent avec ferveur, comme éblouies... A son ami le narrateur, qui le raconte et auquel il se raconte, il ne parle pas de conquêtes, seulement de « découvertes » : chaque femme est une terre à découvrir, et le désir vaut plus que la possession. Mais sans doute se lasse-t-on, et la femme qui le retiendra, à la fin, est celle à laquelle on pensait le moins - surtout le narrateur. Un roman bref, un texte sobre, d'une froide acuité, sur un sujet brûlant, la chair. Et sur la beauté, et sur la liberté... Peut-être bien sur l'amour, quand même.
C'est une histoire étrange. Un jour, sur l'invitation d'une principessa italienne qui l'admire, un pianiste célèbre, fêté dans le monde entier comme à Barcelone, arrive, pour le temps d'un week-end, dans une immense finca du levant espagnol. Une sorte de château ceint de terrasses ; une terre ocre plantée de pins et d'oliviers ; au loin, la mer. Un paysage intemporel, un univers figé dans le silence et l'immobilité. Olivier Sanche vient de franchir la porte étroite qu'on ne repasse plus quand on est envoûté par les lieux, par les êtres - la princesse, une jeune fille au regard gris, une servante fière et belle, le maître des lieux, sans compter quelques serfs venus d'anciens âges et des chats surgis de nulle part. Il y a sept personnes dans ce paradis, pour une tragédie dont le dénouement est d'un bonheur singulier. En musique, il existe sept silences. Sept jours font le temps de la création. Le temps d'atteindre l'éternité si l'on sait, comme Olivier Sanche, écouter le silence. Une étrange histoire, raffinée et sauvage à la fois, contée par un écrivain qui connaît le poids des mots et des silences.
Au début de ce siècle, entre Boston et le tout proche Québec, s'est vécue une histoire d'amour dont nul n'a percé le secret, et qui fit beaucoup parler alors dans la haute société de la Nouvelle-Angleterre. William Eli Father est l'un des hommes les plus puissants de la côte Est. Magnat des chemins de fer, homme de métal et de pierre, puritain, il semble ne vivre que pour la puissance et la conquête. Entre dans sa maison une jeune Française, fille d'un Breton, capitaine au long cours, et d'une Martiniquaise : Marie Blanc, une beauté silencieuse, hiératique, insaisissable. Et l'homme d'acier s'émeut. Que s'est-il passé entre ces deux êtres, dont nous n'entendrons presque jamais la voix, pour faire de leur rencontre un destin ? De quelle nature fut le sentiment qui bouleversa leur vie ?... Mystère. Nous n'avons de leur histoire que le souvenir de quelques hommes de leur entourage qui, tous, ont un intérêt à dissimuler la vérité. Mais comme elle dut être profonde l'amitié qui unit cet homme et cette femme jusque dans le silence ou la mort ! Cette histoire n'est pas un conte. Une demeure la perpétue : celle, extraordinaire, que William Eli Father, secrètement, fit construire par le grand architecte Frank Lloyd Wright, pour y abriter, loin de Boston, Marie Blanc et leurs rencontres.
Le démolisseur, c'est un homme - un de la "horde des Zamé" - saisi par une passion dévorante, "dans un monde sans dialogue, un monde livré à la bête, au minéral ; n'agissant que par la contrainte des lois de la mécanique, sans organisation, sans puissance ; un monde froid, du feu le plus brûlant". Dans ce monde, dans cette ville de "bêtise-fiction", emplie de majuscules, où se côtoient tous les comiques et tous les absurdes, Le démolisseur poursuit avec un humour grinçant et une détermination insensée ce qu'il faut bien appeler un amour dénaturé. Emilienne, dont Zamé ne parvient pas à entendre la voix, s'y brûle. Irène, elle, résiste à sa violence froide, peut-être par ce qu'elle est aussi violente et absolue que cet amour. Mais l'absolu, c'est la destruction, et "la violence est une beauté". C'est toute la question de ce roman. Une question actuelle. On en parle. Lui, il la vit. Simplement, et dans la dérision. En filigrane, sous cet homme révolté, l'impossibilité de tout dialogue. Hormis celui de l'auteur et de son personnage, qui prennent tour à tour la parole, parallèles que seul un accident d'accommodation fait parfois se frôler.
Parlant lui-même de son roman, Jacques Folch-Ribas dit : "Ce Greffon, c'est une sorte de bâtard, un métèque, un étranger, une importation. Puisqu'il faut bien qu'il ait un nom, il s'appelle ici Jaume, et c'est l'un des membres d'une horde, cette Horde des Zamé dont j'ai entrepris de conter les aventures". En fait, Le Greffon, c'est l'histoire pathétique, véhémente et tragique parfois, bouleversante toujours, des déplacés. "Il y a, dans notre monde, des milliers de greffons aujourd'hui", dit encore Jacques Folch-Ribas. Jaume, c'est la guerre civile d'Espagne qui l'a chassé, enfant, avec les débris de sa "horde", d'un pays catalan qui deviendra dans sa mémoire "le Vieux" - chose et lettre mortes, et cependant là, présent, ineffaçable. Puis une autre guerre le chassera encore plus loin. N'importe, il était jeune, et il est "greffé". Et tandis que, autour de lui, les vieux plants déracinés - père, mère, grands-parents - luttent contre l'asphyxie lente et épuisent leur sève à tenter de s'adapter au sol étranger et au nouveau milieu, lui, il se nourrit de tous les sucs de son tuteur, les mauvais comme les bons. Le tout est de savoir s'il "fera prise", comme disent les paysans. Une femme l'y aidera, peut-être ? Sur ce thème d'une terrible actualité, Jacques Folch-Ribas a composé un roman organisé comme une symphonie, autour des thèmes lancinants de la mémoire et de la vie nouvelle - tantôt plainte d'une nostalgie aiguë, tantôt mouvement emporté par l'allegro furioso de la révolte ou du présent... Trè