Yves Ansel
Yves Ansel
Lamiel est le dernier grand roman de Stendhal, laissé en plan(s) par la mort de l'auteur en 1842. Depuis une première publication par Casimir Stryienski en 1889, ce récit, dont l'intrigue couvre les dernières années de la Restauration et le début de la monarchie de Juillet, a depuis toujours mauvaise presse ; à l'évidence, il reste aujourd'hui le plus méconnu des romans de l'auteur de La chartreuse de Parme, pour des raisons qui ne tiennent pas seulement à son inachèvement. C'est à une réévaluation de cette oeuvre déconcertante que s'attache la présente étude. Beaucoup moins « âpre » que Le Rouge et le Noir, bien moins critique que Lucien Leuwen, Lamiel, rétrospective « chronique » des temps assez peu historique, conte la destinée d'une héroïne qui monte de Normandie à Paris, sans jamais daigner écouter les innombrables sermonneurs qui lui veulent du bien. Tôt affranchie par le lucide docteur Sansfin, amorale, avant tout respectueuse de sa sacro-sainte liberté - « Ne suis-je pas maîtresse de moi ? » est la phrase qui résume son credo existentiel et éthique -, Lamiel emprunte des chemins non balisés, fait scandale parce qu'elle trace crânement sa propre route. De là à faire de cette rebelle, soeur de coeur de Vanina, Mina ou Mathilde, une féministe avant l'heure, il n'y avait qu'un pas, souvent allègrement franchi. À tort ou à raison ? Les réponses sont dans le(s) texte(s), à condition toutefois de le(s) lire.
Mettant au jour ce dont on ne parle jamais, l'auteur est entré dans la boîte noire de la recherche littéraire, de la formation des professeurs et des pratiques dans la classe. La conclusion qui s'impose est que l'enseignement des lettres n'est pas ce qu'il devrait être. Quand de plus en plus de Français passent par le secondaire, ce constat accablant pose question. Quiconque a eu des « cours de littérature » se reconnaîtra dans le bilan d'un livre qui n'est pas destiné aux spécialistes, mais aux professeurs de lettres et à tous ceux qui sont passés par le collège, le lycée, l'université des lettres.