Walles KOTRA
Walles KOTRA
Outre-mer, conque et itinérance « Mes Outre-mers » tout d'abord. Pardon pour cette sorte de prétention possessive. Il ne s'agit pas du tout d'une volonté d'appropriation mais tout simplement d'une impudeur affective. La confession d'un profond attachement à ces femmes et ces hommes, ces pays et ces entités improbables qui m'ont été donnés de découvrir. L'image de couverture de ce livre ensuite. En Nouvelle-Calédonie, on l'appelle trutru en drehu ou encore toutoute. Pu en Polynésie ou lambri aux Antilles Le son de la conque est sans doute le seul repère fragile qui émerge de ce maelstrom de langues, de cultures, de géographies et d'histoires. Il transcende les frontières et s'adapte. Comme un souvenir d'universel dans cet océan de diversité. L'itinérance enfin. À la fois itinéraire et errance. Nécessité de se frayer un chemin et risque de se perdre. Chercher à comprendre et se faire interpeler. En ces temps de certitudes et de prétentions, le sentier des outre-mer est une initiation au doute et, pour reprendre le mot d'Édouard Glissant, au tremblement. Les racines et les horizons se culbutent pour nous apprendre à baisser la tête, tendre l'oreille, ouvrir grand les yeux pour engager enfin une conversation avec l'autre. Et comme dans les coutumes kanak, les choses essentielles se partagent souvent à voix basse. Originaire de Nouvelle-Calédonie, Walles Kotra a été directeur executif charge de l'Outre-mer à France Televisions, aujourd'hui retraité. Il est un membre fondateur du Festival International du Film Océanien (FIFO). Il est auteur de divers ouvrages de type entretiens, réalisés auprès de personnalités politique, sportive, chef coutumier Kanak ou historien. Son dernier ouvrage, plus personnel, livre les temps forts qu'il a connus au cours d'une vie et d'une carrière dans les Outre-mers.
Fin connaisseur de son pays, Louis-José Barbançon explore sous l'angle intimiste les sentiers tortueux de l'histoire contemporaine de la Nouvelle-Calédonie - ses pages lumineuses et les autres. Il revient sur les moments fondateurs de son enfance de sa formation et de son éveil politique. En somme, sur tout ce qui a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui : un esprit en mouvement, un homme de conviction. Alors que, plus que jamais, le débat identitaire plane sur la société calédonienne comme une ombre, à la fois menaçante et essentielle, celui qui se qualifie d'Océanien d'origine européenne partage l'expérience d'une vie pour esquisser un chemin possible, celui du « nous ». À ses côtés pour libérer la parole intime, le journaliste Walles Kotra - qui joint également sa plume intense, précise et poétique à la réflexion. « Louis-José, passeur d'histoires, pourfendeur de silence, force qui va... » Alice Zeniter Louis-José Barbançon, enseignant et docteur en histoire, est l'auteur du Pays du non-dit (1992) réédité en 2019, éditions Humanis, Prix Popaï 2019 du SILO, et du Mémorial du bagne calédonien - Entre les chaînes et la terre, publié chez Au vent des îles en 2020 et récipiendaire de plusieurs prix (Grand Prix 2020 « Idées Les Influences » ; Prix Popaï 2020 du Silo, Trophée de la fabrication du livre 2020 - Livres Hebdo, Prix Pavie 2021 de l'Académie des sciences d'Outre-mer).
Ce récit sarticule autour de valeurs répétées et martelées, qui font passer un message : la combativité, la place de lencadrement et du travail, la persévérance et le respect de lautre. Ces valeurs sont illustrées par une vie en marche à travers la parole, dense et forte, comme surgie de la terre kanak. Walles Kotra a su la rendre vivante, la mettre en valeur, apportant une touche essentielle, littéraire, à ce livre. Dans une élégante introduction à laquelle répond un chapitre final en forme de parabole, il esquisse ce mouvement patient qui fait passer de la petite terre au grand large, du particulier à luniversel, sans rompre ses attaches.
Il ne sagit pas là dun travail dhistorien au sens strict du terme, mais simplement dun regard sur lhistoire. Le témoignage dun homme. Au détour des rencontres, on découvre litinéraire de Jacques Lafleur. Grand propriétaire foncier, homme daffaires très riche ayant fait fortune dans lexploitation du nickel, chef de file de la droite calédonienne, il semble cumuler toutes les caricatures de la colonisation. Coups de force, coups de gueule et décisions unilatérales ! Lhomme aime la polémique voire la provocation. Mais, il y a aussi lautre Lafleur, tout aussi désarçonnant. Lhomme des Accords. La poignée de main de lhôtel Matignon en juin 1988 avec Jean-Marie Tjibaou restera pour la Nouvelle-Calédonie un acte fondateur. Il y a aussi Lafleur, lhomme du partage, celui qui a accepté de céder son domaine foncier aux clans kanaks du Nord et surtout, plus fondamental peut-être, celui qui permet lentrée des Kanaks dans le monde très fermé et très européen de la mine. Le rêve du rééquilibrage se réalise et il est difficile de dire que Jacques Lafleur ny est pour rien. Cest dabord le journaliste qui interroge lhomme politique. Puis, au fil des conversations, le registre change. Au détour dune phrase, cest un Kanak et un Caldoche qui se rencontrent et sinterrogent sur leur histoire commune et les regards partagés. Là, sans contourner les non-dits, sans esquiver les postures, ils se disent les choses dhomme à homme, parlant de leur intimité calédonienne, de leurs excès, de leurs pudeurs, de leurs contradictions aussi et de ce sentiment très fort dun destin commun qui les dépasse.
Revenant sur le parcours personnel du fondateur du mouvement intellectuel et indépendantiste kanak, les Foulards Rouges, ces entretiens avec Nidoïsh Naisseline apportent un éclairage original sur lhistoire comme sur lévolution de la Nouvelle-Calédonie contemporaine.