Thierry Hoquet
Thierry Hoquet
"De la maternelle au baccalauréat, l'école est mixte, les enfants sont élevés ensemble, sur des programmes communs, avec des examens communs. Il est révolu le temps où, pour obtenir le certificat d'études, les filles devaient subir une épreuve de couture et les garçons de travaux manuels. À la majorité, qui est la même pour tout le monde, il n'y a plus en France de service militaire. Tous les citoyens de plus de dix-huit ans ont le droit de vote et paient leurs impôts de la même manière. L'instauration, en 2013, du mariage pour toustes a supprimé le dernier bastion où la différence des sexes pouvait faire sens: aujourd'hui, nos concitoyens et concitoyennes se marient avec la personne de leur choix, à l'exception de leurs consanguins. Ainsi, dans de multiples composantes de la vie publique la République se passe très bien de connaître le sexe des individus. Pourtant, on le fait toujours figurer à l'état civil. Au nom de quoi?" Lancée lors d'une morne campagne présidentielle, l'idée fit son chemin. Et si cet hurluberlu d'Ulysse Riveneuve avait raison? Si le grand problème de l'égalité femme-homme tenait à un si petit détail? À la fixation sur une identité sexuée au demeurant accessoire et sans pertinence pour les actes de la vie civile... Les médias avaient besoin de nouveau grain à moudre, ils se jetèrent sur la proposition. Et c'est ainsi que les dirigeants politiques et les médecins, juristes, féministes, virilistes, philosophes et psychanalystes, religieux de tous bords et anonymes de tous poils s'engagèrent passionnément dans le débat, et que le vieux pays, arraché à sa morosité, ouvrit au monde la voie de l'égalité universelle.
L'objet de cet ouvrage est, comme sa composition, double : interprétatif et documentaire. Il donne à penser la relation entre la science de Buffon et son illustration. En première partie, une étude historique et épistémologique dégage les principaux caractères et la grande harmonie de ce corpus, en le comparant à d'autres ouvrages illustrés (Ruysch ou Perrault) ou au contraire privés d'images (Linné). À tirer ainsi les leçons de l'illustration pour la lecture de l'Histoire naturelle, on est alors surpris de découvrir la profonde unité de l'ouvrage, à travers les contributions des différents collaborateurs : Buffon bien sûr, Daubenton évidemment, mais aussi De Sève. Dans un deuxième temps, l'ouvrage présente un corpus iconographique unique, qui met à la disposition des lecteurs l'ensemble des planches illustrant la première série de l'Histoire naturelle générale et particulière (édition princeps, 1749-1767, quinze volumes in-4°). Par là, il s'agit de rendre l'iconographie disponible pour de nouvelles recherches sur l'Histoire naturelle. On peut espérer que ce corpus, exhaustif mais restreint aux quinze premiers volumes, rendu maniable par sa réunion en un volume inédit, suscitera de nombreux travaux.
Y eut-il un philosophe français pour protester contre la conquête d'Alger en 1830 ? Les cours de philosophie, géné-ra-lement, ne nous l'apprennent pas. Et c'est ce vide que vient combler cette nouvelle histoire de la philosophie française, qui n'est pas une somme de problèmes abstraits, l'incar-nation hexagonale ou francophone d'une philosophie pérenne. Elle naît de la rencontre des autres peuples au fil de diverses entreprises coloniales, à mesure que se modifient les contours de la France : « Nouvelle-France », « France antarctique » ou « équinoxiale », « Grande France ». La philosophie française ne naît donc pas avec le cogito de Descartes, mais dans une scène exemplaire, quand Montaigne, en 1562, rencontre à Rouen trois Tupinambas du Brésil, et en rend compte dans son essai « Des cannibales ». Le point de vue des autres sur la société française, tel qu'il s'exprime dans les textes des philosophes, renouvelle profondément notre regard et nous permet de penser autrement.
Mishima le romancier, Mishima le bodybuilder. Étonnante synthèse, en un seul individu, des mots et des muscles ! Le Mishima ultranationaliste, critiquant l'Occident au profit d'un Japon ancestral mythique, cache un homosexuel décomplexé, fréquentant les bars gays et assumant ses fantasmes. Comment comprendre son suicide, le fameux seppuku en 1970 : aveu d'échec d'un homme de quarante-cinq ans, ou manière de finir en beauté, avant que la vieillesse ne rende le corps à sa complète décrépitude ? Thierry Hoquet analyse la puissance des contradictions au coeur de la vie et de l'oeuvre de Mishima. Beauté et décadence, ivresse et angoisse, jouissance et mort, tradition et modernité, tel est ce "mystère Mishima" qu'il nous invite à explorer. Au-delà de la figure du romancier japonais, ce livre est aussi un essai de philosophie incarnée, sur les différentes formes que prend la virilité, tantôt conquérante, tantôt inquiète.
Mishima le romancier, Mishima le bodybuilder. Étonnante synthèse, en un seul individu, des mots et des muscles ! Le Mishima ultranationaliste, critiquant l'Occident au profit d'un Japon ancestral mythique, cache un homosexuel décomplexé, fréquentant les bars gays et assumant ses fantasmes. Comment comprendre son suicide, le fameux seppuku en 1970 : aveu d'échec d'un homme de quarante-cinq ans, ou manière de finir en beauté, avant que la vieillesse ne rende le corps à sa complète décrépitude ? Thierry Hoquet analyse la puissance des contradictions au coeur de la vie et de l'oeuvre de Mishima. Beauté et décadence, ivresse et angoisse, jouissance et mort, tradition et modernité, tel est ce "mystère Mishima" qu'il nous invite à explorer. Au-delà de la figure du romancier japonais, ce livre est aussi un essai de philosophie incarnée, sur les différentes formes que prend la virilité, tantôt conquérante, tantôt inquiète.
Quelles mutations conceptuelles travaillent la biologie contemporaine ? Deux grands cadres théoriques la structurent : la biologie moléculaire et la théorie synthétique de l'évolution. Mais depuis la fin du Projet génome humain en 2001 et le développement de la microbiologie, la biologie se transforme, avec l'irruption de nouveaux domaines. La philosophie doit s'efforcer de capter ce nouvel esprit biologique et de tirer les conséquences de ces révolutions conceptuelles. Doit-on procéder à un radical aggiornamento conceptuel : ne plus parler d'« espèce » mais de « symbiose », d'« organisme » mais d'« holobionte », de « mécanismes » mais de « processus » ? Mais la biologie ne risque-t-elle pas de devenir une bio-informatique ?
Combien y a-t-il de sexes ? " Deux ! ", répond l'opinion. " Deux ! ", répond la science. Heureuse concordance : c'est donc que l'opinion a raison, conclura-t-on. Mais est-on si certain que l'opinion et la science disent, sur la question du sexe, la même chose ? Quand l'opinion affirme qu'il y a deux sexes, elle soutient qu'il existe, dans chaque espèce, deux types d'individus et seulement deux. Il y aurait alors le masculin et le féminin comme il y a le Soleil et la Lune ou Mars et Vénus. Mais quand la science avance qu'il y a deux sexes, que vise-t-elle ? Quelle est, pour un biologiste, la signification des termes " mâle " et " femelle " ? En tentant de compter les sexes, on doit bientôt se risquer à distinguer le normal du pathologique. Offrant un riche panorama des connaissances biologiques sur le sexe, Thierry Hoquet barre la route à toute récupération hâtive visant à transposer aux humains ce que l'on pense savoir de la " nature ". Croisant des outils empruntés à l'épistémologie, à l'histoire des sciences et au féminisme, cet essai brise le cercle des questions : le genre précède-t-il le sexe, ou le sexe précède-t-il le genre ? Thierry Hoquet est professeur de philosophie à l'université Jean-Moulin Lyon 3, spécialiste de l'histoire et de la philosophie de la biologie. Il est l'auteur notamment de Darwin contre Darwin (Seuil, 2009), Cyborg philosophie (Seuil, 2011) et Sexus nullus, ou l'égalité (iXe, 2015). Il a dirigé l'ouvrage collectif, Le Sexe biologique. Anthologie historique et critique, en 3 volumes (Hermann, 2013) et traduit plusieurs essais.
Ni transhumain, ni posthumain ou inhumain, le « presque-humain » désigne un nouveau domaine : celui qui se dessine en deçà ou au-delà de l’humain, là où notre condition devient une question plutôt qu’une évidence. Que nous disent-ils de ce que nous sommes devenus, ces êtres (zombies, mutants, robots, cyborgs, goules, etc.) qui, sans être nos semblables, nous ressemblent cependant, au point parfois de devenir des caricatures de nous-mêmes ? Qu’ils soient amis ou ennemis, ces êtres fictifs hantent notre imagination, nous promettent un avenir souvent inquiétant, remettant en cause notre autonomie. Ils nous rappellent qu’être humain, c’est toujours être susceptible de faillir. Entre menace de chute et rêve de plénitude, les presque-humains interrogent de manière originale ce que c’est qu’endosser un costume de femme, d’homme, ou simplement d’humain. S’appuyant sur de multiples personnages de fiction aux marges de l’humanité, cet essai explore ces figures aujourd’hui populaires pour questionner leur désir d’être simplement humaines – aspiration souvent contecarrée par la nature, la technique ou la société. Si nous fantasmons parfois d’outrepasser notre condition et de nous arracher à nos origines, les presque-humains nous rattachent à l’idée d’humanité – que celle-ci constitue une promesse, une déchéance, un stade à dépasser ou une émergence à venir. Thierry Hoquet est professeur de philosophie à l’université Paris Nanterre. Il est spécialiste de l’histoire et de la philosophie de la biologie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Darwin contre Darwin (Seuil, 2009) et Cyborg philosophie (Seuil, 2011).
Cyborg hante la culture contemporaine, au cinéma (Robocop, Terminator) ou dans les mangas. Il s'incarne dans les sportifs dopés, dans les prothèses médicales et dans les fantasmes d'« humanité augmentée », voire immortelle. Mais Cyborg est aussi - et surtout - une figure philosophique. Cet hybride d'organisme et de machine bouleverse en effet les dichotomies fondamentales de notre pensée : nature/artifice, humain/non-humain nature/culture, masculin/féminin, normal/pathologique, etc. À partir d'une lecture personnelle des travaux de Georges Canguilhem et de Donna Haraway, Thierry Hoquet explore l'énigme de cette figure : Cyborg est-il un instrument susceptible de nous conduire vers une humanité libérée des dualismes, colombe platonicienne rêvant d'un ciel sans air où elle pourrait voler plus librement ? Ou marque-t-il au contraire notre asservissement à un système technique de contrôle et d'oppression, incarnation d'une humanité perdue dans le cliquetis mécanique de l'acier ? Penser philosophiquement Cyborg, c'est réfléchir sur les rapports entre la machine et l'organisme et sur la possibilité de les composer. C'est aussi penser la différence des sexes en lien avec la nature et la technique et, peut-être, ouvrir la voie à une autre manière d'articuler le masculin et le féminin. On l'a compris : Cyborg vient troubler la philosophie - il décrit notre condition et ses insolubles contradictions. Thierry Hoquet, maître de conférences en philosophie à l'université Paris Ouest - Nanterre La Défense, est notamment l'auteur de Darwin contre Darwin. Comment lire L'Origine des espèces ? (Seuil, 2009) et de La Virilité (Larousse, « Philosopher », 2009).
Au-delà des clichés sur l'« âme japonaise », ce dictionnaire de philosophie japonaise se concentre sur les philosophes modernes et contemporains, depuis l'ère Meiji (1868) et l'invention du terme tetsugaku pour traduire le mot « philosophie ». Entreprise tout à fait unique au monde, ce dictionnaire rassemble près de trois cents notices portant pour moitié sur des auteurs et pour moitié sur des concepts. La philosophie japonaise y apparaît dans toute sa force et sa richesse : dans le dialogue constitutif qu'elle a établi avec l'Europe philosophique, mais aussi comme réinterprétation de notions et de pensées philosophiques, religieuses et artistiques prémodernes du Japon et de l'Asie de l'Est.
Dans son célèbre ouvrage, L’Origine des espèces, Darwin ne s'est pas uniquement préoccupé d’établir la sélection naturelle : il y mène également une réflexion sur les variations, les causes qui les produisent et les lois par lesquelles elles sont transmises ou non à la descendance. Cette tension entre variation et sélection, qui traverse l’ouvrage dès 1859, influença la réception de L’Origine. Elle autorisa en effet plusieurs manières d’être darwinien ou antidarwinien, au point de susciter des revendications paradoxales : certains crurent que l’important était la recherche des lois de la variation, et qu’ils pouvaient se proclamer darwiniens tout en rejetant la sélection naturelle si centrale dans le darwinisme… Les querelles de traduction et les ambiguïtés nées des modifications apportées par Darwin lui-même aux éditions successives de son œuvre aggravèrent encore les tensions. Au fil de l’analyse, on constate que darwiniens et non-darwiniens composent une palette fort nuancée et qu’ils finissent par se rejoindre dans une commune posture : pour défendre leurs positions, tous jouent Darwin contre Darwin. Thierry Hoquet est maître de conférence en philosophie à l’université Paris X-Nanterre.
« Je suis arrivé devant l'hôpital posé à quai comme un cargo la nuit. Ses lumières immobiles sous la pluie. Planté là sous le néon, dégoulinant de l'averse. Le vent frissonne sur les flaques. Quelqu'un marche vite. Un taxi ferme sa lumière. J'y suis. J'ai demandé au toubib, perdu au milieu des perfus, des chariots, des solitaires sans un son, et puis d'autres qui en ont marre. On sait plus si c'est de la vie. J'ai demandé au toubib s'il me gardait cette nuit. Il a dit oui. » R. B.