Stéphane Madelrieux
Stéphane Madelrieux
Nos expériences ordinaires suffisent-elles à donner un sens à nos vies ? N’y a-t-il pas au contraire des expériences exceptionnelles, rares, supérieures, qui rompent avec l’ordinaire et nous font toucher quelque chose de plus profond, de plus réel, d’absolu ? Les philosophes de l’expérience radicale soutiennent en effet qu’il existe une différence de nature entre deux grands types d’expériences : d’un côté, les expériences pratiques, habituelles, empiriques, qui nous maintiennent dans un régime d’apparences ; de l’autre, des expériences privilégiées, telles que l’extase mystique, l’effusion érotique ou l’exaltation de la fête, transformant l’individu qui les traverse, le transportant dans un espace et un temps propres, imposant de nouvelles valeurs et dévoilant le fond des choses par-delà les apparences. Stéphane Madelrieux analyse la philosophie française au prisme de cette recherche des expériences radicales en y distinguant deux voies : celle de l’expérience pure, mise en oeuvre par Bergson, Wahl et Deleuze, et celle de l’expérience-limite, qu’ont poursuivie jusqu’au bout Bataille, Blanchot et Foucault. Dans cet effort pour développer une nouvelle philosophie de l’expérience, les penseurs français rencontrent une autre tentative contemporaine et du même genre, celle du pragmatisme américain, dont ils s’inspirent parfois mais qui pourrait bien fournir les instruments de leur critique la plus décisive. Stéphane Madelrieux est professeur de philosophie à l’université Jean Moulin-Lyon 3. Il est l’auteur de William James. L’attitude empiriste (P.U.F., 2008) et de La philosophie de John Dewey (Vrin, 2016), il a dirigé Bergson et James. Cent ans après (P.U.F., 2011) et participé à l’édition critique des oeuvres de Bergson aux Presses universitaires de France.
Une philosophie ne se résume pas seulement à une doctrine ou à une méthode : c'est aussi une attitude. Au-delà des thèses doctrinales, et au-delà même des règles de méthode, il faut savoir retrouver les dispositions intellectuelles et morales qui composent les grandes attitudes philosophiques. Ce livre voudrait en particulier prolonger la tradition des Lumières pour qui la philosophie est d'abord l'exercice d'une attitude spécifique, l'esprit critique, qui nous dispose à résister au dogmatisme. Il défend et illustre cette idée par l'examen détaillé de la philosophie pragmatiste, car les pragmatistes ont décelé dans l'histoire de la pensée et de la culture le conflit entre ces deux grandes tendances : l'attitude dogmatique et autoritaire, et l'attitude critique et expérimentale. Au-delà de leurs théories sur la vérité ou l'expérience, au-delà même de leurs méthodes d'analyse et d'enquête, la promotion et l'extension d'une manière de penser antidogmatique et antiautoritaire dans tous les secteurs de la vie humaine - depuis la science jusqu'à la morale, la politique et la religion - sont leur projet le plus important et le plus digne d'être enseigné aujourd'hui.