Stella Baruk
Stella Baruk
Une collégienne - petite-fille de l'auteure - tombe à l'occasion d'un exposé, sur cette déclaration d'un grand mathématicien : " Dieu a créé les nombres entiers ; le reste est l'oeuvre de l'homme. " Cette répartition du travail l'intrigue : ainsi, certains des êtres numériques qui déambulent dans ses livres de mathématiques et parfois hantent ses nuits d'avant interro seraient d'origine divine ? Et les autres non ? Comment se fait-il alors que Dieu se soit attribué le plus facile, le plus difficile étant dévolu à l' " homme " ? Les nombres entiers, au-delà de leur évident intérêt propre, ouvrent sur bien des aspects passionnants et curieux, des mathématiques. Mathématiques nécessaires, obligatoires, et en tant que telles questionnées par tous, voire contestées, - à quoi ça sert ? -, sources des innombrables " pourquoi " et " comment " de ce dialogue sur les nombres qui se comptent... et se racontent. Stella Baruk contribue assidûment à la lutte contre l'échec scolaire en mathématiques, tant par ses ouvrages que par ses interventions auprès des enseignants et des élèves. Ses travaux l'ont menée à analyser les raisons et les " bienfaits " des erreurs et à mettre en évidence l'importance de la langue. Elle est l'auteur notamment du Dico de mathématiques, devenu un classique.
Pendant plus de vingt ans, avoir dit d'un élève qu'il était « en difficulté » a jeté un voile pudique sur les difficultés de l'école. L'élève portait sur lui tout le poids de l'incompréhension : on lui proposait généreusement des heures de « soutien » qui devaient réparer ce dont il s'était rendu victime en ne comprenant pas tout de suite ce qui lui était proposé. Or les données internationales sont sans ambiguïté : le niveau en mathématiques des jeunes français décroît depuis plusieurs années. Ils sont de plus en plus nombreux, à l'issue de l'école primaire, à ne pas maîtriser les opérations fondamentales et, devenus adultes, à souffrir d'« innumérisme », le pendant mathématique de l'illettrisme. Pourtant, les réformes actuelles des programmes n'envisagent nullement de repenser la pédagogie...Pour combattre cet état de fait, Stella Baruk propose de remettre au coeur des apprentissages la compréhension de la langue mathématique. Et si, pour cela, on commençait par le commencement, c'est-à-dire par redonner du sens aux chiffres ?
"Un jour des années 1980, des professeurs de mathématiques ont l'idée de poser à des enfants de l'école primaire le problème suivant : "sur un bateau, il y a 26 moutons et 10 chèvres, quel est l'âge du capitaine ?", et se trouvent embarqués malgré eux dans une étrange et inquiétante aventure sur l'océan du non-sens. Qu'en est-il vraiment du sens en mathématiques ? Où se trouve-t-il ? Et que s'en transmet-il ? Face à la conformité muette et infime des "bons résultats", que révèlent les monceaux de réponses fausses, de réponses "folles" ? Que nous apprennent les erreurs sur le fonctionnement psychique réel d'un sujet confronté à un savoir, sur la nature de ce savoir, et sur les modalités de sa transmission ?" Stella Baruk propose aux enseignants, aux enseignés et à leurs parents une approche neuve à l'enseignement des mathématiques, où l'erreur cesse d'être faute dévalorisante pour devenir étape constitutive. Elle reçoit dans sa démarche l'aide en retour de ceux qu'elle a aidés, parfois sauvés : Thierry, Lisa, Christian - et l'appui d'un certain Gustave F., qui, en 1843, saturé de souffrance mathématique, en inventait ce symbole dérisoire et pérenne, le problème de l'âge du capitaine.