Sina
Sina
« Quand les lutins s'en vont en guerre C'est pour ramasser la poussière Des étoiles au petit matin Suivant des chemins de traverse Ils puisent entre deux averses Les gouttes perlées d'une eau claire Source de l'âme et de la chair Au coeur d'un désir sans partage Les lutins espiègles volages Détenteurs d'un cercle interdit Chevauchent sur de grands nuages L'enfer lardé de paradis Proposant à l'Homme d'argile Un défi des plus difficiles Être grand en restant petit... » Née en 1944 en Italie, Sina est le fruit de l'immigration d'après-guerre. Lorsqu'elle apprend à lire et écrire, elle a la sensation de naître pour la deuxième fois. Les mots deviennent le pain et le vin d'une messe qu'elle récite à chaque fois qu'elle couche les mots sur le papier.
« De ma mémoire encore sensible À l'humidité de l'enfance Jaillit la sève lourde et libre Du merveilleux originel. » Ces textes sont les cris de sa mémoire jetés au vent du monde. Je ressens le douloureux appel d'une écorchée vive qui a peur de sa fragilité, qui saigne de ses blessures. Ce recueil m'a bouleversé. Bernard Lenoble, Radio Calade Gleize
Le monde terrestre, vide et froid, n'apporte pas à l'auteur l'amour total auquel elle aspire. « Étrangère et fragile », SINA, dans sa solitude, aimerait : « Quitter sa peau Comme on quitte un pays, Se lever un matin, Dans une autre lumière, Ne plus savoir Qui l'on fut, qui l'on fuit, Et comme un nouveau-né, Jeter son premier cri. » Ce cri primaire, l'auteur attend de le pousser ailleurs, au-delà de l'Autre mémoire, dans cette Éternité, seule capable de répondre aux questions essentielles. Au travers d'une écriture poétique, forte et pure, SINA est une sorte de perle noire, lentement concrétionnée autour de sa question première : Qui étais-je avant moi ?