Samuel Brussell
Samuel Brussell
J'ai découvert Trieste en faisant mon premier voyage comme employé de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits, au début des années 1980. Au fil des années, j'y retournerai souvent. Je fréquentais pendant mes haltes la Libreria Internazionale Italo Svevo, où je rencontrai Bruno Maier, grand lettré italien, qui m'ouvrit sa bibliothèque et me fit découvrir de précieux trésors oubliés du monde triestin et istrien. Au mois de mars 2017, je tombai sur une dépêche de l'Agence de Presse italienne ANSA, qui annonçait la découverte d'une dizaine de lettres échangées entre le mythique Roberto (Bobi) Bazlen et Anita Pittoni. Anita s'apprêtait, en 1949, à lancer une maison d'édition, le Zibaldone, et demandait à son ami Bobi d'y participer. Je connaissais Anita Pittoni comme éditrice d'un des catalogues les plus raffinés de l'Europe de l'après-guerre et voilà que je découvrais l'écrivaine, avec ses lettres et son Journal, que venait de publier le libraire Volpato. C'est alors que j'eus une vision : libraires et éditeurs, artistes, écrivains et poètes : tous ces artisans ne formaient qu'un seul monde, le monde de la beauté et de la connaissance qui révèle à chacun son identité. Pendant quelques mois, j'écumais les librairies et les Archives de Trieste, dans une enquête qui me porta de rencontre en rencontre. Ce fut le début d'Alphabet triestin. SB Samuel Brussell est l'auteur de nombreux essais et récits romanesques. Il a fondé et dirigé les éditions Anatolia de 1992 à 2011. Il collabore aux pages littéraires du journal Le Temps. Alphabet triestin est son douzième livre.
Samuel Brussell nous fait aborder le continent italien comme on saute dans un train pour Vintimille à quinze ans : léger, libre et curieux. Dans une rue de Florence, dans un bateau pour Palerme, à Naples, à Rome, à la frontière slovène, l'auteur aborde son voisin, échange quelques mots et déplie une histoire.Au fil des courts chapitres, le voyage s'étoffe de souvenirs. Les instantanés ouvrent autant de mondes, incarnés dans un gamin des rues, une Romaine furieuse, deux adolescentes au bord d'un lac... Leurs voix modulent les dizaines de dialectes que comprend l'Italie, et leurs paroles ont la profondeur et la simplicité des vraies rencontres.Attentif aux vies minuscules et aux vagues de l'Histoire, l'auteur nous emmène dans une promenade sentimentale en compagnie de Fellini, Stendhal, Catulle, Brodsky... Car on c'est aussi à travers les livres ou le cinéma que le regard s'affine et que la vie est plus intense.Continent' Italia est une déclaration d'amour à l'Italie, au voyage et à la littérature. « Et quelle barbare peuplade irait nier qu'aimer, c'est être ? Qui aime ainsi pourra sans peine se croire italien, et se croire aimé de l'Italie. »
C'est à Casablanca, au petit matin, dans une salle de jeu enfumée, et au milieu des éclats de rire des amazones qui juraient dans un arabe savoureux, que ce livre a jailli de ma mémoire. J'ai soudain imaginé le passé de cette ville où était née Tsippy, ma mère, et ce fut pour moi le début d'un long voyage dans le passé... « Dis-moi qui je suis », ai-je demandé à Tsippy. Elle a souri. Et je n'ai eu qu'à la suivre dans ses errances, qui furent aussi les miennes. À travers elle, j'ai été ainsi de Casablanca à Haïfa, en passant par Paris et Marseille. Et j'ai revécu, au fil de son histoire, l'épopée sioniste, l'espérance de sa génération, ses défis et ses désarrois... Au début des années 1960, j'ai atterri avec Tsippy à Paris et, quelque temps plus tard, c'est dans cette ville que je fis mon apprentissage de la liberté en compagnie de quelques âmes généreuses : un éminent écrivain français, un cinéaste anarchisant de l'après-68, un acteur qui jouait encore la comédie même quand il cessait d'être un acteur, un dramaturge venu de l'autre hémisphère et qui fit de ses vices une comédie à répétition... Tous - et tant d'autres - furent mes éclaireurs sur le chemin de la vie. Ce livre veut leur dire ma gratitude. C'est à eux, et à Tsippy, que je dois, pour le meilleur et le pire, d'être ce que je suis.
Aux premiers jours de l'automne, le narrateur se replie dans une pension d'un bourg du Léman pour relire le manuscrit d'un voyage en Italie et, dans ses carnets et feuillets épars, découvre la trame d'un récit laissé en suspens. Au fil des jours, le livre retrouve son ordre naturel, l'idée originelle qu'il portait en lui. Les épisodes appellent des souvenirs, les souvenirs prennent la forme de conversations et toujours les rencontres imprévues écrivent le prologue et l'épilogue d'une histoire restée en suspens. Ces pages sont le théâtre de vingt apparitions : dans les confessions de Fellini, l'auteur reconnaît son enfance nomade. Edward Gibbon répond en écho à l'esprit soviétique d'un financier des temps modernes et Eric Rohmer s'épanche sur la beauté, entre deux pots de confiture dans une cuisine genevoise. Le romancier russe Edichka Limonov s'échappe du roman de son hagiographe parisien et le comique Stéphane Hessel est canonisé avec les honneurs militaires. Enfin une fable de Sholem Aleykhem envoie Darwin au diable. Et, comme au théâtre, les décors changent avec les scènes : on traverse le quartier de Golders Green à Londres, on respire l'air frais du Gornergrat à Zermatt, on converse sur révolution en compagnie du chat Tchorny à Paris et, dans une chambre d'hôtel du Zurichberg, on assiste au cri d'un paon en émoi que s'exerce à pousser à la fenêtre une écrivaine zurichoise...
Le narrateur, amoureux de l'Italie, revient à Venise pour y passer quelques mois dans la pension où il vécut neuf ans plus tôt. Jour après jours, au détour des calli et des Fondamenta qu'il arpente d'un sestiere à l'autre, son passé ressurgit et, avec lui, celui de l'Italie et de l'Europe. Métronome : mouvement de balancier entre passé et présent, Est et Ouest, clair-obscur de l'Ancien Règne et du NOuvel Ordre. Tout au long de son séjour, le narrateur derécouvre la cité lagunaire, province souveraine qui se livre au rythme de ses marées et de ses offices. Avec ses amis d'hier et d'aujourd'hui, on parle le russe, l'anglais ou l'hébreu, l'italien, le vénitien ou le romain. Ensemble, ils font dialoguer le Vénitien Gozzi, le Romain Belli, le Milanais Stendhal avec le Pétersbourgeois Joseph Brodsky et le Moscovite Sergueï Averintsev. Le temps d'une saison, entre rêveries et conversations, se font entendre, sous une même coupole, les voix de l'Empire d'Orient et d'Occident qui animent nos vies.