Richard Werly
Richard Werly
Il s'appelait Iqbal Masih. Depuis son assassinat, le jour de Pâques 1995, le nom de ce gamin pakistanais est devenu le symbole de la tragédie vécue par tous les enfants esclaves, vendus dès leur plus jeune âge à des exploiteurs sans vergogne. Relayée en Europe et aux États-Unis par le Front de libération du travail forcé - qui lui avait permis de quitter l'atelier de tissage où il était employé de douze à quinze heures par jour pour fabriquer des tapis vendus ensuite à Paris, Genève, Londres ou Stockholm - l'histoire d'Iqbal est en effet édifiante.
En Thaïlande, en Indonésie, au Viêt Nam, au Cambodge, ils sont aujourd'hui des dizaines de millions à payer la facture du fameux miracle économique de l'Asie du Sud-Est, actuellement engluée dans une crise financière sans précédent. C'est leur histoire que ce livre raconte. L'histoire de ces ateliers textiles où s'échinent, pour moins d'un dollar par jour, des jeunes femmes corvéables à merci ; celle des zones franches d'exportation, où la seule loi unanimement respectée, est celle du profit à tout prix ; celle des immenses usines sous-traitantes, où le salaire mensuel des ouvrières est inférieur de moitié au prix d'une paire de ces chaussures aux noms légendaires qui s'alignent sur les rayons de nos supermarchés. Mais les soutes du miracle asiatique sont aussi celles de la mondialisation. Après une dizaine de voyages sur place et des centaines d'interviews d'ouvriers, de syndicalistes, de responsables politiques et d'entrepreneurs, Richard Werly fait le point sur une réalité économique mal connue, qui dépasse largement le cadre géographique de l'Asie du Sud-Est. Sur des pratiques industrielles couvertes par les plus grandes firmes internationales. Sur le cynisme des distributeurs occidentaux. Sur la connivence des élites politiques et des milieux d'affaires. Au moment où se fait jour la nécessité de contenir les dérives de l'économie mondiale, cette enquête, riche de révélations, contribue à nourrir une indispensable réflexion.
« Le déclin est un sport national français. L'Hexagone souffre de son déclassement, de l'impression d'un délitement de sa puissance dans le monde. C'est une réalité de tous les jours pour qui scrute son rayonnement, son action diplomatique ou la conduite de ses opérations militaires extérieures- comme en témoigne le fiasco du contrat avec l'Australie sur les sous-marins ou la débâcle récente au Sahel. Hôte des Jeux Olympiques d'été 2024, avec les projecteurs du monde entier braqués sur lui, le pays de Richelieu, Louis XIV, Napoléon, Talleyrand, Clemenceau, de Gaulle, Mitterrand n'est pas pour autant condamné à perdre sa puissance et son aura. Alors comment va vraiment la France ? Nous avons posé cette question à Washington, Singapour, Bruxelles, Genève, Berlin, Varsovie, Bangui, Rabat, Athènes, New Delhi, Sao Paulo... Partout, nos interlocuteurs l'ont confirmé: celle-ci a encore un rôle à jouer sur la scène internationale. Sa stature est enviée, sa parole attendue, à condition qu'elle ouvre les yeux sur elle-même et sur le monde. «Regarder la France comme si on n'en était pas» écrivait Charles Péguy. Tel a été notre fil rouge. Nous avons enquêté, en donnant en priorité la parole à ceux qui l'observent depuis l'étranger. Leur regard démontre que le décalage entre les perceptions françaises et les réalités internationales n'a peut-être jamais été aussi grand. Alors, à quand l'indispensable sursaut ? Et si l'orchestre cessait de jouer, à Paris, le bal aux illusions ? »Richard Werly et François D'Alançon
Démarcation : le terme n'est plus guère utilisé. Fractures et archipel sont les mots à la mode. Démarcation, pourtant résonne d'une autre force: il rappelle aux Français qu'à partir du 22 juin 1940, une ligne du même nom sépara le pays en deux. Les quatre années qui suivirent, sous le régime du Maréchal Pétain, furent marquées par l'abime de la collaboration avec l'occupant nazi et par l'héroïsme de la résistance. Elles furent celles du pire et du meilleur. Côte à côte. Ces contradictions, autour de cette ligne imposée par l'occupant nazi, furent la matrice de la France mythifiée de l'après 1945. Une France à l'unité et l'ambition retrouvées, qui se remit à croire dans la singularité de son destin. Malgré ses affrontements et ses blessures. L'auteur est parti, pour enquêter sur ces démarcations françaises, sur les traces de cette balafre qui traversait à l'époque un pays oublié, éloigné de Paris et coupé du littoral Atlantique. Colonne vertébrale de la France de Vichy, la « ligne » partait des contreforts de l'Ain et du Jura. Elle coupait le pays du nord au sud à travers la Saône et Loire, l'Allier, le Cher, suivant le cours des rivières et des routes, ou traversant champs et forêts alors hérissés de barbelés. Ses points de passage étaient Nantua, Dôle, Moulins, Vierzon.... Puis à partir de la Touraine, elle obliquait plein sud, à travers les Charentes, le Bordelais, les Landes, jusqu'au Béarn, au Pays Basque et à la frontière espagnole. Que découvre l'auteur, quatre-vingts ans plus tard ? Une France rongée par des antagonismes instrumentalisés. Une France en quête d'un avenir positif que ses élites torpillent, renvoyant sans cesse les Français vers leurs divisions. Une France qui fourmille d'initiatives locales, mais ligotée par des règles que les français subissent et ne comprennent plus. Une France où la fraternité qui existait jadis, de part et d'autre de la ligne de démarcation et dans le fracas des combats, a fait place aux égoïsmes nourris par les nouveaux modes de consommation. Une France qui refuse de se voir telle qu'elle est, parce que son actuelle diversité religieuse, ethnique et culturelle, lui a été imposée sans pouvoir en débattre. Une France empêchée. Parce qu'elle est aujourd'hui en guerre...contre elle-même.
Un an après la seconde élection de Trump, une plongée dans l'Amérique MAGA qui cherche à nous détruire. Longtemps, je n'ai pas voulu le croire. Je ne pensais pas que Donald Trump et son mouvement MAGA avaient transformé à ce point les États-Unis. Et puis j'ai dû me rendre à l'évidence. De Chicago à Mar-a-Lago, parti à la rencontre des Américains, j'ai compris que l'Amérique qui nous déteste existe. Nous, Européens, sommes devenus ses boucs-émissaires favoris. Bons pour payer et pour nous agenouiller. Si possible en disant Thank you for the deal. Je n'ai jamais supporté l'antiaméricanisme, cette manie d'accuser les États-Unis de tous les maux. Imaginez donc la claque reçue en découvrant combien, de la Maison-Blanche aux mines de charbon de Virginie, l'Amérique de Trump nous méprise. J'ai enquêté. J'ai interrogé. Pourquoi nous, les Européens, sommes-nous tant déconsidérés, marginalisés et parfois ridiculisés ? Alors que le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis sera célébré en 2026, l'heure de notre riposte doit sonner. Durée : 05H03M39S Nevicata