Rachel Gasparini
Rachel Gasparini
La loi du 11 février 2005, qui consacre le passage de l'intégration à l'inclusion des personnes en situation de handicap, est devenue emblématique dans le champ scolaire. En France, le nombre d'élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire a connu une progression de près de 80 % depuis 2006. Mais l'école peut-elle s'adapter à tout type de déficience ? Jusqu'où le cadre institutionnel, et les professionnels qui le font « tenir » au quotidien, peut-il s'adapter aux exigences de la différenciation pédagogique que nécessitent ces élèves ? Faut-il dès lors inventer de nouveaux métiers d'accompagnement des parcours ? Ou enrichir le curriculum de formation de manière à mieux outiller les enseignants ? Et du côté des élèves et de leurs familles, quels types d'expériences scolaires le handicap peut-il susciter ? Le fonctionnement à la fois public et intime de l'institution scolaire ouvre ainsi de nouvelles pistes et catégories d'analyse pour penser notre société à l'épreuve (civique) de la diversité et de l'altérité. Ce cinquième opus des Entretiens Ferdinand Buisson propose des pistes opérationnelles et favorise les interactions entre recherches universitaires et pratiques professionnelles sur cette question sensible.
« Les enseignants sont peu préparés aux problèmes d'indiscipline dont ils n'osent pas toujours parler, par peur d'apparaître dépassés par la situation, incapables de s'imposer face à des enfants. Les solutions sont cherchées au coup par coup, à travers des réajustements sur le terrain ou des conseils glanés auprès des anciens. Les écoles se tournent aussi vers des psychologues, des psychiatres, des sociologues, afin de comprendre pourquoi certains enfants développent une attitude agressive et perturbent la classe. L'école primaire n'est certainement pas le noeud le plus sensible du système scolaire. Les tensions apparaissent davantage au collège. Mais l'analyse des différentes manières d'imposer l'ordre en amont peut être une contribution à la compréhension de ces comportements problématiques chez le collégien. La recherche sociologique que j'ai menée, dans trois écoles primaires novatrices, compare des fonctionnements qui ont tenté, chacun à leur manière, de répondre à une question pédagogique essentielle : comment arriver à contraindre l'élève tout en prétendant l'éduquer à la liberté ? Comment lui donner l'habitude d'obéir et de respecter l'ordre scolaire, tout en travaillant à l'élaboration de son autonomie ? » R.G. Rachel Gasparini est maître de conférences à l'IUFM de Bourgogne et chercheuse en sociologie au laboratoire GRS (Groupe de Recherche sur la Socialisation) à l'Université Lyon II. Ordres et désordres scolaires, la discipline à l'école primaire, est issu de sa thèse de doctorat.