Priscilla Wind
Priscilla Wind
À mi-chemin entre la littérature et les arts du spectacle, le théâtre se distingue par la présence sur scène du corps de l'acteur. La violence infligée à ce corps soulève ainsi des questions à la fois d'ordre scénique, littéraire, mais aussi sociologique, tant le théâtre reflète perpétuellement les évolutions d'une société. Existe-t-il une anatomie de la violence théâtrale ? Le corps violenté prend-il toujours une dimension symbolique ou reste-t-il un matériau au service du metteur en scène, du chorégraphe ou de l'acteur ? Comment représenter la violence physique sur scène ? Enfin, quel rôle joue l'illusion théâtrale dans la mise en scène de cette violence ? Du texte à la scène, la (re)présentation scénique du corps violenté dissèque le rapport que nous entretenons à notre propre corps.
Le terme reenactment désigne les phénomènes de recréation, de reconstitution, de reprise et d'autres formes de réactivation vivante d'oeuvres performatives du passé, d'événements historiques ou de pratiques culturelles. Son usage s'est récemment étendu aux objets technologiques et médiatiques. Il englobe désormais des phénomènes issus du théâtre, de la danse, des arts visuels, de l'histoire vivante, des expositions muséales, du cinéma, de la télévision, des jeux vidéo, des mondes virtuels, etc. Cette diversité indique l'émergence de nouvelles sensibilités historiques, de relations autres avec le passé. Elle oblige à adopter des approches interdisciplinaires et intermédiales. Comment comprendre les relations entre le reenactment, les médias, les technologies, les archives et les institutions ? De quelle manière aborder le corps qui refait, traversé d'affects et de mémoires kinesthésiques, aux prises avec ces appareils ? Selon quelles modalités les jeux de l'immersion et de la distanciation, de l'assujettissement et de l'agentivité opèrent-ils dans le reenactment en régime intermédial ? Ce sont ces questions que les auteurs explorent pour relever le défi de dire et faire ce qu'est refaire.