Pierre Klossowski
Pierre Klossowski
Dernier volet de la trilogie Les Lois de l’hospitalité, Le souffleur plonge le lecteur dans un théâtre de société où les masques tombent et les identités se brouillent.
Quel est donc notre propos - si toutefois nous en avons un ? Mettons que nous ayons écrit une fausse étude. Parce que nous lisons Nietzsche dans le texte, que nous l'entendons parler, peut-être le ferions-nous parler pour "nous-même" et nous mettrions à contribution le chuchotement, le souffle, les éclats de colère et de rire de cette prose la plus insinuante qui se soit encore formée dans la langue allemande - la plus irritante aussi? Pour qui sait l'écouter, la parole de Nietzsche acquiert une vertu d'autant plus percutante que l'histoire contemporaine, que les événements, que l'univers commencent à répondre de façon plus ou moins divagante aux questions que Nietzsche a posées, voici quelque quatre-vingts ans. La façon dont Nietzsche interrogeait le proche ou lointain avenir qui maintenant est devenu notre actualité quotidienne - qu'il prévoyait convulsive, jusqu'à caricaturer sa pensée dans nos convulsions mêmes - l'interrogation de Nietzsche, nous essayerons de comprendre en quel sens elle décrit ce que nous vivons maintenant." Pierre Klossowski.
"Valentine de Saint-Vit, dame de Palençay, dont les terres avoisinaient celles de la Commanderie du Temple, jetait depuis longtemps un oeil de convoitise sur ce domaine prospère.Son grand-oncle paternel Jean, accomplissant un voeu au retour de la dernière croisade, avait fait don des deux tiers de ses terres à l'Ordre du Temple, ce d'autant plus aisément qu'il n'avait point de descendant direct. Comme les clauses de sa donation chargeaient les Frères chevaliers d'assurer la défense du manoir de Saint-Vit, légué à ses nièces, et pour lors dit de Palençay, depuis plus d'un siècle que les Templiers occupaient le fief dominant, cultivé, agrandi, fortifié de leurs mains, toutes les terres attenantes au manoir voisin étaient passées sous la juridiction du Commandeur. Or, le sire de Palençay - pas plus que son beau-père - ne s'étant point soucié de contester ce droit au nom du sien pour n'avoir jamais résidé dans ce domaine dotal -, quand, après la mort de son époux, elle-même y revint, Madame de Palençay s'impatienta comme d'une servitude de cette protection, à ses yeux abusive, que le Temple étendait sur ses terres."