Pierre Hazan
Pierre Hazan
Travailler dans la médiation des conflits armés, c'est s'enfoncer dans le brouillard de la recherche de la paix. Comment ne pas glisser du compromis à la compromission ? Jusqu'où négocier avec des régimes criminels ou des organisations terroristes ? Alternant le récit vécu et la réflexion éthique, Pierre Hazan, fort d'une longue expérience dans la médiation des conflits armés, tente d'élaborer une boussole morale dans un monde violent et en pleine recomposition.
Dans ce récit intime et politique, Pierre Hazan retrace deux siècles de coexistence entre Juifs et Arabes à travers l'itinéraire de sa propre famille. Il mêle avec finesse trajectoires individuelles et moments clés du Proche-Orient, donnant chair à cette histoire partagée. De Jérusalem à l'Égypte, des engagements révolutionnaires aux déchirements des années 1940 et 1956, se dessine une hybridation cultuelle et politique entre deux mondes. Un livre puissant qui rappelle que la coexistence judéo-arabe fut une réalité quotidienne et doit demeurer un horizon. --
Commentant le procès Barbie qui se déroula en 1987, Jean-Michel Chaumont a parfaitement identifié la compétition victimaire qui opposa les déportés raciaux et les résistants (in La concurrence des victimes revoir aussi sa préface à la rééd Quadrige du texte de Victor Schoelcher). Il s'ensuivit une « concurrence victimaire » sur plusieurs crimes de l'Histoire, avec reconnaissance de certains crimes laissant dans l'ombre certains autres....Cette « instrumentalisation » n'est pas nouvelle mais dans le contexte des conflits ethniques et des passions identitaires de notre temps, elle prend une résonance alarmante. L'auteur ayant lui-même participé à la troisième Conférence des Nations Unies sur le racisme s'est lancé dans cette recherche sur l'évolution des valeurs et des normes de nos sociétés confrontées aux crimes de masse. Les enjeux des politiques de la mémoire sont aujourd'hui déterminants dans la construction d'un destin collectif d'une nation.
Plongée dans l'univers mental helvétique, à l'heure où la Suisse traverse sa plus grave crise d'identité depuis la Seconde Guerre mondiale, Le mal suisse explore le sens d'une neutralité largement fictive et les effets pervers du consensus. Surtout, il tente de comprendre le ressort quasi paranoïaque de l'isolationnisme helvétique et de ce système unique de défense qui faisait dire au Conseil fédéral, en 1988 : La Suisse n'a pas d'armée, elle est une armée. Comment se défaire de cette obsession, dès lors qu'elle constitue le meilleur ciment d'une nation à l'identité floue, fragmentée par les divisions cantonales, linguistiques, culturelles et religieuses ? Que faire de cet héritage psychologique de méfiance par rapport au monde, quand la Suisse est montrée du doigt par les États-Unis pour son rôle durant la guerre, que la démocratie directe et le consensus bloquent les rouages de la machine gouvernementale, que sa population rejette l'adhésion à l'Espace économique européen, comme aux Nations Unies, que le chômage, jadis inconnu, progresse, et que les disparités sociales s'accroissent ? Le mal suisse est, certes, un examen sans concession de l'effondrement d'un mode de pensée et d'un mode de vie. Mais avec le souhait de contribuer à ce que la Suisse sorte de la mythologie façonnée par ses élites elles-mêmes, pour pénétrer enfin dans l'Histoire.