Philippe Rousseau
Philippe Rousseau
Arrêts sur image au fil des jours, pensées du soir, du matin... Qui ne se réveille ou s'endort sans images imprimées sur une rétine mouvante ? Les tableaux d'un moment rassemblent du vécu, du rêve, de l'envie, ils prennent aussi une autonomie, évoluent, surprennent. La mémoire est chargée de myriades de ces compositions que l'intérêt artistique a investies et redéploie l'espace d'une minute. Entre le matin et le soir, entre le soir et le matin c'est la boucle des visions qui présente chaque fois un anneau chargé de l'immuable passé et du présent fluctuant. Le clic de la boucle, c'est le déclic de la vision ; l'esprit a horreur du vide, il produit des tableaux aux jonctions du temps, sur des scènes imaginées, dans des labyrinthes habités.
Figure critique majeure des études de philologie classique en Italie, Diego Lanza a renouvelé en profondeur l'approche des oeuvres de la littérature grecque ancienne. Ses travaux conjuguent un intérêt, partiellement hérité de la philologie historique, pour l'histoire de la tradition, avec une analyse, inspirée notamment de Marx et de Gramsci, de la fonction des textes anciens comme instruments de médiation idéologique, interrogeant ainsi conjointement le passé et le présent des appropriations culturelles. Les problématiques de l'anthropologie occupent une place privilégiée dans sa lecture de l'Antiquité, mais leur espace de référence n'est pas celui de l'anthropologie structurale, de la psychologie historique ou de la critique symbolique de l'école française. C'est plutôt l'étude du folklore, où l'analyse de la culture populaire est orientée par un intérêt spécifique pour les antagonismes qui la structurent. Les essais réunis dans ce volume reviennent sur les objets auxquels Diego Lanza s'est intéressé - poésie archaïque (Homère), théâtre classique (Euripide, Aristophane), philosophie « présocratique » et classique (Anaxagore, Aristote), histoire de la philologie - et dans la diversité de leurs points de vue, esquissent un bilan des aspects les plus significatifs d'une oeuvre scientifique originale et stimulante.
Les miroirs multiplient les images. Dans leur espace créé se déploie un monde inversé, meublé de correspondances, une symétrie où se côtoient les objets, les êtres, qui cherchent leur contraire. N'y aurait-il pas dans cette métaphore l'idée que ces reflets nous hantent, que chaque instantané du réel peut y trouver son même-opposé comme dans la réflexion de la glace ? Les fragments constituent la vie. La continuité est tromperie, vivre est un parcours ferroviaire où les gares ne se ressemblent pas, où les voyageurs font ce qu'ils peuvent, confrontés les uns aux autres, forcés d'avancer en tirant les leçons, nomades sur leur continent de fortune ou d'infortune. Quand les maléfices s'exhibent alors s'installent les parades où témoins et acteurs se mêlent. Puis l'histoire avance, la nuit les recouvre, même si celle-ci est aussi fertile en terrain sublime qu'en terrain effroyable. Il faudra à la longue faire confiance à la nuit accoucheuse de mystère et semeuse de richesses.