Philippe Julien
Philippe Julien
De 1932 à 1980 le commentaire littéral du texte freudien par Jacques Lacan a pour enjeu ce qui s'y désigne de ses noms d'imaginaire, de symbolique, de réel. Le freudisme en reçut un grand coup de balai. Mais aujourd'hui, le commerce culturel le fait revenir sous la mode d'un freudolacanisme complaisant : dédain de l'imaginaire, exaltation de la parole, non-savoir du réel. Ce qu'aura été le retour à Freud de Jacques Lacan reste à dire, en suivant à la trace la voie selon laquelle il est lui-même freudien. Une subversion de l'imaginaire est ici montrée comme un des effets de ce retour. La dimension imaginaire, d'abord identifiée au narcissisme et par là dévalorisée au profit du symbolique, deviendra ce qui seul permet de faire le lien entre le symbolique et le réel. Serait-ce par son application au miroir que le psychanalyste est le support de cet autre imaginaire en son invention et sa présentation ?
On définit volontiers une maladie mentale selon une nomenclature d'origine psychiatrique. Ainsi on parlera de psychose, de perversion ou de névrose. Or ce qu'on a découvert à partir de l'expérience de la psychanalyse, c'est la nouveauté de l'enseignement de Jacques Lacan lisant et relisant Freud. Ces trois nominations ont pris aujourd'hui une tout autre signification avec l'homme moderne né de la civilisation scientifique et technologique. En effet, la psychose ne désigne-t-elle pas ce qui peut advenir en chacun, en chacune d'entre nous, dans la mesure où les désirs sont à proprement parler fous ? La perversion si souvent nommée pour dénoncer les effets malfaisants d'un acte prétendument juste et bon, ne définit-elle pas ce qu'est la sexualité en tant que telle ? Quant à la névrose, si elle se perpétue plus que jamais en son versant obsessionnel, peut-elle encore qualifier l'hystérie dans la mesure où elle est la subversion des identifications normatives à la féminité ou à la virilité ? Enfin les témoignages des artistes, tels que James Joyce, Marguerite Duras, Camille Claudel, André Gide, Henry de Montherlant, n'ont-ils pas à enseigner la psychanalyse ? Autant de questions qui n'ont cessé d'interroger Lacan et de le mener à de nouvelles conclusions, à recueillir enfin aujourd'hui, vingt ans après sa mort. Philippe Julien, psychanalyste (Paris), écrivain, ancien membre de l'Ecole freudienne de Paris.